Le "Transguinéen" serait-il abandonné par le Président Alpha Condé?

La visite officielle du Président Alpha Condé en Côte d'Ivoire a pris fin le 27 avril dernier. Elle s'est conclue par un communiqué final dont le passage suivant, noyé sans doute intentionnellement dans un long texte, passe inaperçu, mais qui pourtant doit avoir une importance capitale pour les guinéens:

« Les Présidents CONDE et OUATTARA ont, en outre, décidé de mener à terme les projets d'intégration en cours, à savoir, les axes interconnexion routière, notamment le bitumage des 40 kilomètres du tronçon Lola-frontière ivoirienne, ainsi que l'interconnexion électrique entre la Côte d'Ivoire, le Liberia et la Guinée. Ils ont également évoqué le projet de construction du chemin de fer devant relier le Port de San Pedro à la zone minière du mont Nimba et son prolongement, à terme, jusqu'à Conakry ».

Ainsi donc, selon la dernière phrase de ce paragraphe, le Président Alpha Condé envisagerait de faire exporter le minerai de fer de Nimba par le port ivoirien de San Pedro et non plus par le chemin de fer transguinéen jusqu'à un port guinéen comme cela a toujours été clamé par les différents gouvernements guinéens.

Ce passage du communiqué final nous donne enfin les clefs des récents mystérieux voyages entre Paris-Conakry-Abidjan-Paris, de l'ancien Président français Nicolas Sarkozy, qui a repris son manteau d'avocat d'affaires, accompagné de l'homme d'affaires franco-israélien Beny Steinmetz, fondateur de la société BSGR, société poursuivie par Conakry en 2013 pour corruption et acquisition frauduleuse de permis miniers sur les blocs 1 et 2 de Simandou. Les relations entre le Président Alpha Condé et Monsieur Steinmetz étaient si exécrables que jusque là tout rapprochement entre les deux positions était inimaginable. Faut-il voir dans l'entrée en scène du Président Sarkozy dans cette affaire la main de l'avocat Robert Bourgi, ami commun aux deux Présidents (Alpha Condé et Sarkozy)?

Le projet d'exporter le minerai de fer par le port de San Pedro indique qu'un nouveau deal semble s'être noué entre Monsieur Alpha Condé et Monsieur Beny Steinmetz pour une reprise des blocs 1 et 2 et leur mise en exploitation dans un bref délai. On sait Monsieur Alpha Condé pris par la fringale des mines depuis son arrivée au pouvoir. Après le pétrole, le blé et la drogue, c'est le domaine le plus lucratif. Aussi des objectifs politiques en Guinée forestière ne sont pas absents dans ce subit rapprochement avec le patron de la BSGR, l'ennemi d'hier. Offrir un mirage aux populations de cette région assez rapidement dans la perspective de son projet de référendum sur une nouvelle Constitution est sa préoccupation du moment.

Toutefois le Président Alpha Condé n'est pas le premier homme politique à vouloir torpiller le Transguinéen. Feu Jean-Marie Doré fut un ardent avocat du port Buchanan au Liberia pour les exploitations de Simandou et Nimba. Pour des raisons de géopolitique et de sécurité le Président Lansana Conté ne lui prêta pas une oreille attentive. C'était la raison fondamentale du désaccord entre les deux hommes.

Il faut se souvenir que c'est en avril 1974 qu'un premier accord entre la Guinée et la société japonaise „Nippon Joel Co.Ltd“ fut signé pour l'étude du tracé du chemin de fer Transguinéen dans le cadre de l'important projet „Mifergui-Nimba“. Ce projet du Transguinéen a varié dans le temps avec différents partenaires. Sous le Président Alpha Condé il est relancé avec un grand renfort de publicité, avec la construction d'un port minier tantôt à Benty , tantôt à Morebayah (Préfecture Forécariah) par la société RIO TINTO, pour enfin tomber dans les oubliettes comme tant d'autres projets annoncés toujours à des fins politiques.

Si ce projet de Monsieur Alpha Condé d'exporter le minerai de fer de Simandou-Nimba par le port de San Pedro voyait le jour, il serait alors fort à parier que la construction du „Transguinéen“ dont les guinéens on tant rêvé serait sérieusement compromise. A moins que...

Ansoumani Camara


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