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QUI POUR CONSTRUIRE NABAYA

Date de publication:2008-05-26 13:01:20

A ceux qui s´intéressent de prés à "l´état de santé" de la société guinéenne  , je propose de régarder du côté de la Haute-Guinée en  général et plus particulièrement Kankan . Cette localité de plus de 200.000 habitants, capitale de la haute guinée est aujourd'hui un laboratoire idéal qui se prête à une analyse "comprimée" des effets pervers des transformations et mutations sociales dans les espaces périurbains et urbains de la guinée. Kankan demande ses fils .
Jadis, la marque principale du village fut l´homogénéité sociale et culturelle de ses populations. Des origines communes réelles ou imaginées, une conformité des convictions, des interprétations de la réalité, des conduites et pratiques communes avaient étés les conditions favorables déterminantes à la formation d´une forte communauté morale et sociale. Les habitants de Kankan, partagés entre plusieurs activités (agriculture, maraîchage, commerce, transport, employés de bureau…etc.) vivaient une vie simple, loin des tumultes aliénants de la capitale conakry. Gagner sa vie honnêtement, bâtir un foyer heureux et stable, éduquer ses enfants, pratiquer sa religion, ses loisirs sains, participer aux activités collectives et civiques étaient à la portée de tout un chacun.
Aussi les mécanismes de production et de diffusion de comportements et de modes d´action référentiels et intégrateurs fonctionnaient bien ; si bien qu´ils devinrent avec le temps une partie prenante de l´habitus social des populations. Chacun dans le village se faisait dans l´action quotidienne et le discours symbole vivant et gardien des valeurs communautaires. On pouvait parler d´une éthique kankanaise du comportement de soi, et du comportement de soi à l´endroit d´autrui. Reconnus et respectés ici et ailleurs à cause de leur haute probité morale et de leurs performances exemplaires dans leurs domaines d´activités respectifs, nos pères et nos mamans constituaient la fierté de la localité. Ils étaient ceux qui tiraient le village moralement et socialement vers le haut. A Kankan, chacun se vanter à raison d´être un authentique .Parmi les jeunes du village, beaucoup s´étaient engagés dans des projets académiques et/ou professionnels rigoureux, soutenant et légitimant leurs ambitions et espoirs de réussite sociale. Des situations qui leurs offraient toutes les raisons d´éviter ce qui pourrait en compromettre la réalisation. La déviance sociale était encore un phénomène marginal et de ce fait "invisible .Aujourd'hui la localité n´est plus ce qu´elle fut. On a l´impression que ce qui jadis constituait l´éthique kankanaise s´est effrité peu à peu jusqu´à ne plus représenter que de vagues réminiscences dans nos esprits. La localité additionne les handicaps sociaux qui s´accroissent de jour en jour. Son environnement se dégrade. L´influence des valeurs communautaires et des normes sociales sur les individus s´érodent. Les habitants découvrent le dénuement social et moral. Que s´est - il donc passé ? . Comment rendre compte de tous ces basculements négatifs qui s´opèrent sous nos yeux ? Comment expliquer la fulgurance de leurs dynamiques ?.
Situé non loin du centre géographique de la guinée , kankan est victime de sa proximité avec les autres pays. Aussi est–il devenu dans l´espace périurbain guinéen, un important carrefour des routes de l´exode rurale et de celles des mouvements de populations à l´intérieur de la région. Ces déplacements massifs de populations venues d´ailleurs combinés à une forte natalité locale ont entre autres engendré dans une courte durée un surpeuplement de la localité. Une explosion démographique à laquelle la ville ne s´était pas préparée demeure aujourd'hui un facteur inquiétant quant à l´avenir de la ville. Kankan est aujourd'hui sur occupé. Des populations aux moyens et possibilités chroniquement insuffisants s´entassent dans un espace réduit ; espace où il manque presque du tout..
Influences de la désorganisation sociale sur l´économie psychique des populations .Les rues de la localités, jadis lieux sociaux de la convivialité, de la cordialité, de la célébration et de mise en scène permanente des liens de parenté, de voisinage, des affinités et amitiés, sont devenues aujourd'hui des aires dominées par les relations marchandes et politiques . Prises en possession par un secteur informel aux contours chaotiques et des populations cherchant à fuir l´inactivité, les rues de la localité sont des espaces où, selon les mots de Adam Smith "chacun est commerçant". La permissivité y est très grande ; ceci aussi bien au niveau des actes que celui de la rhétorique. Devenus des espaces de la violence, ces lieux sont pour une grande partie de la population locale, une source constante d´inquiétude et de peur : la peur de se faire humilier, de se faire violenter, de se faire détrousser de ses biens. A certaines heures de la nuit, certains de ces espaces se transforment en d'opération  ; c´est à dire des lieux où l´on ne peut pas être présent sans risquer sa vie. Un bon nombre des acteurs et groupes d´acteurs qui y sont présents développent des comportements et des modes d´action marqués par le plaisir de l´attaque et la provocation, le défi, l´excès et la transgression volontaire. Une libération des instincts et effets qui semblent disposer chez beaucoup de personnes d´une haute valeur d´affirmation identitaire : je transgresse, je suis. La peur de cette violence et l´angoisse qu´elle entretient ont amené un bon nombre des habitants de la localité à se doter de moyens défensifs et offensifs de la violence. .
Le lien stratégique entre l´abandon chez chaque citoyen d´une partie de ses libertés et l´accomplissement par l´Etat d´une fonction de protection s´en trouve rompu. Cet engagement des citoyens n´est valable qu´aussi longtemps que l´Etat est en mesure de les protéger, de les préserver de l´angoisse et de la peur de violence de tous contre tous ; car, comme le faisait remarquer Thomas Hobbes dans son « Leviathan » protéger sa vie, celle de sa famille et ses biens est un droit naturel qu´aucun droit, qu´aucune législation ne peut suspendre.
La détérioration extrême des conditions de vie dans la localité tarde à susciter un véritable processus de mobilisation collectifs. Les populations sont encore incapables de transformer leurs difficultés quotidiennes en ressources de l´action. Ceux qui devraient rendre une telle prise de conscience, une telle mobilisation possible refusent de prendre leurs responsabilités. Je pense ici aux élites locales. Ces fils et filles de la localités sont dans les dispositions intellectuelles, morales et sociales de penser et d´organiser les actions nécessaire à la formation d´un être ensemble et d´un vivre ensemble nouveaux, plus conformes à la vie communautaire et à l´élargissement des chances d´émergence du village.
Malheureusement certains de ces individus préfèrent quitter les lieux pour s´installer sous d´autres cieux plus conformes à leurs aspirations et statuts. Parmi ceux qui restent ou sont restés beaucoup cultivent la distanciation volontaire ou l´insensibilité et l´indifférentisme. Ce qui me fait penser à Norbert Elias. Dans son texte "La solitude des mourants" le sociologue allemand (parlant des sociétés occidentales) note : "ce qui caractérise le rapport entre les vivants et les mourants, c´est l´incapacité des premiers à établir une relation d´empathie avec les seconds (…)
Les êtres humains qui ont à faire aux mourants ne sont plus en mesure de leur apporter un soutien, un réconfort en leur procurant leur attachement et leur tendresse". A mon avis l´unité entre l´état actuel du village et la situation décrite par Elias est plus q´une vue de l´esprit ; elle est manifeste. Si bien que mon souhait est de voir les habitants et les ressortissants de kankan de  prendre leurs responsabilités.
C´est à dire réinsérer dans leurs préoccupations quotidiennes le passé, le présent et l´avenir de la localité. Mon souhait est de voir les nabayakas prêter une attention préventive accrue aux problèmes et préoccupations des populations et parmi ces dernières celles qui dans la localité, ne sont plus maîtres de leurs destins.
Fils de nabaya,voyons l'avenir de kankan en face et au dessus de toute chose.

Sidimé Alpha Kabinet
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DAKAR


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