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Communiqué de l’UFD sur la situation politique en Guinée

Date de publication:2008-05-30 20:37:44

Depuis quelques jours, il se déroule en Guinée des événements d’une gravité exceptionnelle. Si on n’ y prend garde, les affrontements en cours impliquant des factions non identifiées de l’armée, risquent de déboucher sur une véritable guerre civile. Dans un nouvel épisode de la lutte qui oppose depuis quelque temps déjà, la mouvance présidentielle regroupée autour du Général Lansana Conté et la mouvance gouvernementale dirigée par Lansana Kouyaté, celui-ci a été limogé et remplacé par Amadou Tijane Souare, vieux cheval de retour, fidèle du chef de l’Etat.
Après la grève générale et les révoltes populaires de janvier-février 2007, de gros espoirs avaient été placés par le peuple en la capacité du gouvernement dit de consensus, de sortir le pays de la crise politique, économique et sociale dans laquelle il se débat désespérément depuis des décennies.
A ses débuts, le gouvernement de Lansana Kouyate a enregistré des avancées positives dans différents domaines :

  1. Mise à l’écart de la gestion des affaires publiques, les éléments prédateurs et corrompus qui ont mis le pays en coupe réglée depuis que le Général Lansana Conté est arrivé aux affaires ;
  2. Fin des pillages à ciel ouvert des maigres ressources publiques, permettant ainsi

      de stabiliser relativement les finances publiques et de renouer avec les bailleurs             de fonds internationaux ;
3.  Fin de la mainmise des préfets, sous-péfets et gouverneurs sur la vie politique       locale.

Malgré tout, fondamentalement, rien n’a changé dans la vie quotidienne du peuple, bien au contraire. A la faveur de la forte hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires sur les marchés mondiaux, le coût de la vie a atteint un niveau insupportable pour l’écrasante majorité de la population. Pendant ce temps, le revenu des ménages se réduit à sa plus simple expression. Le chômage frappe la majorité de la population active, surtout la jeunesse. Plutôt que de relever l’agriculture vivrière de ses ruines, le gouvernement a continué à se polariser sur l’exploitation minière qui n’a rien apporté au peuple de Guinée depuis 50 ans. Comme par le passé, les services publics essentiels comme la distribution de l’eau potable et de l’électricité ne sont toujours pas assurés. Dans le domaine de la gestion de la chose publique, il a été reproché à l’ancien Premier Ministre, l’utilisation de la corruption pour parvenir à ses fins, sans compter d’autres manquements graves, mettant en cause sa probité.

Mais c’est dans le domaine politique que le bilan est le plus contesté. Plutôt que de travailler à l’approfondissement du changement et à la mise en œuvre d’une politique de reconstruction, Lansana Kouyaté et ses amis se sont lancés ouvertement dans une entreprise frénétique de conquête de la totalité du pouvoir. Sa préoccupation essentielle n’était plus de remplir son contrat et d’assurer le bien être des Guinéennes et des Guinéens, mais plutôt de se bâtir une base politique et financière servant ses ambitions. Il a entrepris de façon sournoise, la réhabilitation du régime sanguinaire du PDG et de son chef. Allant dans le sens des pratiques du régime qui lui sert de modèle, il a recouru aux méthodes dictatoriales qui ne tolèrent aucune critique. Au fur et à mesure que son échec devenait patent, il s’est replié sur sa région d’origine, rompant ainsi le consensus qui avait permis son arrivée aux affaires. Cette attitude n’a fait que raviver les tensions communautaires dans le pays alors que nous savons que l’avenir de la Guinée comme de toute l’Afrique dépend en grande partie de l’unité de toutes les nationalités. L’attitude de Lansana Kouyaté  a largement contribué à rompre l’indispensable unité des syndicats et des forces du changement. Dans ses incessantes bagarres avec le clan présidentiel, il n’a jamais réellement voulu prendre le peuple à témoin. Il n’a sorti les résultats des audits des finances publiques que pour s’en servir dans ses projets personnels et non pour faire œuvre de salubrité publique et de justice. Quant aux enquêtes sur les violations graves des droits humains et des tueries de janvier-février 2007, elles traînent en longueur. Les audits des contrats miniers qui laissent entrevoir des crimes économiques extrêmement graves commis par la précédente équipe sont restés dans le vague. C’est donc un Premier Ministre isolé et affaibli qui a été limogé par un décret du 20 mai 2008. La population n’a pas réellement bougé pour le défendre.   

Le camp présidentiel n’a jamais fait mystère de son intention de reprendre par tous les moyens, les pouvoirs qu’il a perdus à la suite des accords du 27 janvier 2007. Considérant sans doute que ce jour-là, face au peuple en quête de changement pour une vie meilleure, il n’avait perdu qu’une bataille et non la guerre, il a mené sans relâche une bataille de tranchées avec le gouvernement, pour empêcher coûte que coûte que le changement amorcé ne devienne irréversible. Ainsi, en décembre 2007, un décret a redonné à la présidence le contrôle de la Banque centrale. Tous les hauts fonctionnaires contrôlant les ministères sont restés en place sans que le Premier Ministre n’ y puisse rien. Le Ministre de l’Information Justin Morel Junior a été limogé par le Général Lansana Conté sans réaction notable du Premier Ministre.
Le limogeage de Lansana Kouyaté en dehors du cadre des accords du 27 janvier 2007 est donc un coup de force, un de plus du Général Lansana Conté. Cet acte a montré jusqu’à quel point les accords du 27 janvier 2007 patronnés par les syndicats étaient inadaptés et inappropriés pour résoudre la crise politique dans laquelle le pays se débattait.   
Dès la nomination de Amadou Tijane Souare, on a vu une multitude d’ « opposants » se précipiter pour saluer l’événement et réclamer à cors et à cris la formation d’un gouvernement d’union nationale. Il est clair que ces politiciens dont la plupart sont largement discrédités, ne défendent pas les intérêts du peuple de Guinée, mais plutôt leur tube digestif. L’UFD, fidèle à son engagement de travailler avant tout au bonheur du peuple de Guinée et non pour les intérêts de ses dirigeants, n’est pas intéressée par un tel gouvernement.
A la faveur du limogeage de Lansana Kouyate, des mutineries ont de nouveau éclaté dans les casernes. Des hommes en tenue sont encore sortis dans les quartiers, brutalisant, tuant et pillant les paisibles citoyens, dans une tradition horrible, hélas désormais bien établie. Le Ministre de la Défense, le Général Baïlo Diallo, a été limogé à la demande des mutins. Malgré la satisfaction de toutes les revendications des mutins, l’agitation continue. Les domiciles des membres de la haute hiérarchie militaire n’échappent pas à la furie des soldats révoltés. Chaque concession faite aux mutins amène une nouvelle revendication. De multiples groupes de soldats, parfois cagoulés, semblent s’agiter, à l’instigation de gens tapis dans l’ombre et qui tirent les ficelles. A Conakry la capitale, la situation n’est pas loin de l’anarchie. Si la spirale insurrectionnelle actuelle continue, il est à craindre que l’armée guinéenne n’éclate en morceaux, obéissant aux différents clans qui se disputent le pouvoir, conduisant inéluctablement à une guerre civile. 
Dans les conditions actuelles, l’urgence est de bâtir un consensus minimum permettant au peuple de Guinée d’aller aux élections avant la fin de l’année 2008, afin de choisir librement ses représentants au parlement en fin de mandat depuis juin 2007. Dans l’intervalle, une équipe restreinte composée d’hommes et de femmes honnêtes, non-partisans et compétents, doit être formée, dans un cadre consensuel, après consultation de toutes les forces vives du pays : partis politiques, syndicats, société civile, congrégations religieuses, armée. Nous réaffirmons notre engagement de travailler la main dans la main avec toutes les forces du changement, mais restons indépendants. Aucune alliance ou aucun autre parti ne parle à notre nom.

Les soldats doivent être encouragés à rentrer dans leurs casernes, à respecter la loi, à protéger la population plutôt qu’à l’agresser et à appuyer le processus consensuel de sortie de crise. Les graves problèmes qui minent l’armée guinéenne ne trouveront pas de solution heureuse en dehors du changement démocratique pour lequel nous luttons. Comme nous l’avons toujours dit, un coup d’Etat militaire, un de plus, n’est pas la solution au problème guinéen.
Les signaux on ne peut plus clairs qui ont été donnés lors de l’installation du nouveau locataire de la Primature sont suffisants parlants pour que personne ne s’y trompe : nous sommes dans un processus de restauration du pouvoir d’avant 2007. Le peuple de Guinée épris de paix et de justice et qui a consenti de lourds sacrifices pour le changement après cinquante années de dictatures et de misère, n’acceptera pas le retour aux affaires des caciques corrompus, adeptes de l’idéologie dictatoriale et prédatrice qui a prévalu avant 2007.
Nous appelons nos militantes, nos militants et tout le peuple de Guinée à rester mobilisés et vigilants, prêts à lutter pour parachever le changement et empêcher tout retour à la situation d’avant 2007. La jeunesse doit être prête de nouveau à se lever comme un seul homme et à défendre ses droits à un avenir meilleur dans une Guinée plus juste, réconciliée, unie, démocratique, marchant résolument vers la renaissance économique, sociale et culturelle.  
                                                                                   
Conakry, le 29 mai 2008

Pour l’UFD,
Le Président
Mamadou BAH Baadikko


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