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Sur « le libéralisme : une utopie dangereuse» , commentaires annexes sur la Guinée

Date de publication:2014-05-25 09:04:46

Aux lecteurs des observations faites sur le texte d'Alpha Sidoux Barry, je vous dois un grand merci. C'est à ce genre d'occasion qu'on se rend compte, qu'avec joie en même temps qu'avec tristesse que notre pays, la Guinée, a une potentialité importante de ressources humaines. C'est la part de la joie. La tristesse tient au fait qu'il ne s'est pas trouvé encore des hommes d'Etat, capables, au delà des contingences politiciennes d'utiliser, pour le plein développement du pays, ces ressources humaines, généralement jeunes et formées au standard international des diverses technologies si utiles aujourd'hui à un pays comme le nôtre. Comme il se doit, je vais procéder dans ce qui suit à des regroupements de commentaires:

Tout d'abord sur les remarques d'Alpha Sidoux Barry; je dois dire que j'ai distingué libéralisme politique et libéralisme économique pour être clair et je pense qu'il fallait le faire. Mais je n'ai pas écrit qu'il n' y avait pas de lien entre ces termes. Relisez attentivement, j'ai même écrit qu'il pouvait, dans certains contextes, y avoir opposition entre libéralisme politique et libéralisme économique. Une dictature peut brider les libertés publiques (libéralisme politique) et favoriser une situation de libéralisme économique. On peut en citer de nombreux exemples en Afrique , il en fut ainsi aussi du franquisme en Espagne, du Chili de Pinochet, etc. Quant à la contestation d'Alpha Sidoux que la Chine n'est pas entrée dans un certain libéralisme, parce que le Parti communiste gouverne le pays, il ne faut pas être dupe. Alpha Sidoux n'a-t-il pas perçu que les Chinois ont sûrement tiré les leçons de « la marmite bouillonnante » soviétique que Mikhaïl Gorbatchev a trouvée en 1985 en devenant Secrétaire général du P.C.U.S. et dont il a ouvert le couvercle, précipitant l'éclatement de l'URSS ( 1991)? On peut lire ou relire sur cette question, l'ouvrage de l'historienne Hélène Carrère d'Encausse :L'Empire éclaté , Paris , Flammarion , 1978, où elle prédisait la fin proche du l'URSS, compte tenu des bouillonnements internes des peuples divers qu'elle avait observés. On peut d'ailleurs noter que l'éclatement viendra plus rapidement de pays satellites (Pologne, Allemagne de l'Est) que de l'intérieur de l'URSS. Ces mêmes types de bouillonnements exitent à l'intérieur de l'immense Chine ( voir la contestation au Tibet , les attentats anti-Chinois d'islamistes ouïghours dans la région de Xinjiang). Les forces centrifuges bouillonnent dans le pays profond chinois, ceci ne se dit pas officiellement. Sans un puissant parti communiste en place, l'Etat, comme tel aurait déjà éclaté après Mao. A mon tour, je maintiens donc que le système d'« Economie socialiste de marché» est ce qu'il y a de réaliste pour pratiquer une nouvelle forme de libéralisme : dictature du Parti sur les libertés publiques et pratiques des libertés économiques, pour ne pas être à la traîne économiquement de petits pays d'Asie. Cela se perçoit dans le commerce international, les conquêtes de marchés extérieurs de matières premières, les flux de touristes chinois pour l'étranger, et aussi de petits commerçants chinois sur certaines grandes villes africaines.


Quand Alpha Sidoux souhaite que les PMA ( pays les moins avancés) du Tiers-Monde empruntent une autre voie que le libéralisme, je ne conteste pas cet avis . Mais quelle voie, puisque tout le monde et partout s'est engouffré dans un libéralisme incontrôlé? A mon avis, l'Etat étant, dans ces cas , le secteur institutionnel le plus puissant du pays comme c'est le cas en Guinée, il doit activement être présent dans le développement économique et social . Mais il ne faut pas que cela conduise à un «communisme primaire » comme sous la Première république (1958-1984). En effet, dans l' exemple guinéen, il s'est plus agi de mettre sous couvercle, l'ensemble de la population que de recherche d'un véritable développement économique. Les plans guinéens de développement, (plan triennal 1960-1963, plan septennal 1964-1971, plan quinquennal 1973-1978, plan quinquennal 1981-1985), n'ont pas laissé de traces de réalisations solides. Le plan triennal 1960-1963 qui avait réussi un début d'industrialisation légère (agro-alimentaire,principalement), n'a pas été consolidé par les plans suivants. En 1984, les industries diverses et agro-alimentaires guinéennes n'étaient plus qu'un vaste champ de ruines que le pouvoir en place (Parti-Etat de Guinée) avait envisagé de restaurer , sous les avis des institutions financières internationales . Cette restauration avait été précédée d'une vaste enquête de la situation des entreprises guinéennes. J'ai pu obtenir, à Conakry en mai 1984, un exemplaire du rapport établi à partir de cette enquête (voir , République de Guinée-Ministère de l'industrie – Rapport sur la situation du secteur industriel , avril 1984, renéoté.). Qu'il s'agisse de production ou de capacité de production des machines, qu'il s'agisse de charges liées à l'activité ou de l'approvisionnement en matières premières , on assistait déjà à l'accentuation de la dégradation de l'appareil productif sur la période 1969-1983. Sans tenir en compte le secteur minier aux mains des firmes multinationales ,seule l' Entreprise Nationale du Tabac et des Allumettes , (ENTA), était une réussite. Je l'ai visitée au lieu d'implantation, dit Wassa-Wassa, à 24 km de Kaloum.


 C'est donc un champ de ruines industrielles que les responsables miltaires du CMRN, après le coup d'Etat du 3 avril 1984, se sont précipités, sous les auspices du FMI,  de brader. A partir de là, un libéralisme sauvage s'est abattu sur la Guinée avec l'aide des responsables politiques. La Guinée ne s'en est pas encore relevée. Tout ce commentaire ne constitue pas de simples radotages .Mais au contraire, il faut y revenir et encore jusqu' à un changement de mentalités, car en Guinée l'obstacle essentiel pour un changement réside là. Et on revient à la question de ce qu'il faut donc faire?


A l'arrivée du gouvernement du RPG-Arc-en-ciel en 2010, il aurait fallu que l'Etat entreprenne impérativement un certain nombre d'actions dont je ne ferai que citer,ici, quelques pistes: (voir ma communication au colloque de l'Association des Jeunes Guinéens de France (AJGF), tenu à Paris en février 2008,in « La Guinée  face à la mondialisation », L'Harmattan, Paris, 2008). Ces pistes sont:

a) Redéfinir le rôle de l'Etat en Guinée qui ne soit pas l'accaparement de tout et dans tous les domaines,

b) Identifier les causes d'une croissance économique faible ou inexistante face à une importante croissance démographique . Les cadres et conditions de vie des Guinéens à l'horizon 2050, se préparent  dans les années en cours ,

c) Tenir en compte le rôle de la société civile guinéenne et l'encourager à amplifier ses actions ,

d) Reconnaître la place et aider à la promotion du secteur privé, de manière à constituer un solide tissu de petites et moyennes entreprises de toutes activités, substrat de l'économie guinéenne,

e) Accorder une importance à l'intégration spatiale sous-régionale,

f) Bénéficier à bon escient du rôle d'organisations internationales, etc.

Enfin je précise à Alpha Sidoux Barry que je n'ai recommandé nulle part dans mes observations de suivre la voie du libéralisme. Je n'ai fait que des constats sur l'état du monde sur cette question.

Sur l'ensemble des autres commentaires, je ne vais pas reprendre tous les auteurs nominalement quand ils soulèvent les mêmes thématiques. Bien des commentaires se centrent sur les grandes problématiques du développement économique et social de la Guinée. Je vais donc tenter d'esquisser quelques éléments de réponse à M. S. Diallo/Londres, Gandhi, Doya Malal, Fela Barry, A.O.T. Certains ont discuté de la couverture sociale pour regretter que les Africains ne semblent pas encore comprendre que cette question est un volet essentiel du développement des nation. Elle conduit au plein épanouissement de la condition humaine. Mais la couverture sociale résulte, à n'en pas douter , du travail des habitants des pays où existe cette couverture. A cet égard et en étendant la discussion , des Guinéens éprouvent une grande déception face la tendance de la main tendue à d'autres nations pour qu'elles viennent à notre aide. Plus de 50 ans après notre indépendance, nous sommes tellement habitués à tendre la sébile que cela ne pose même plus de problème à personne que l'Etat compte avant tout sur ceux qu'on appelle les bailleurs de fonds étrangers. Il en est ainsi même pour de simples puits de villages , des ONG étrangères sont sollicitées. Il s'agit de comportements qui datent de l'indépendance et qui ont été poursuivis et amplifiés d'année en année. Dès l'année 1960, l'Etat guinéen a eu recours à la technique de planification pour un dévelppement économique et social rapide du pays mais en comptant plus sur des sources étrangères de financement des plans. Ainsi se sont succédés quatre plans de 1960 à 1984: plan triennal 1960-1963; plan septennal 1964-1971; plan quinquennal 1973-1978; plan quinquennal 1981-1985. Quelles sources de financement avait-on prévues? Pour le plan triennal, le seul qui ait eu des résultats tangibles, les sources de financement prévues étaient les suivantes: sources nationales   20%, sources étrangères  80%; pour le plan de 1964-1971, respectivement 18% et 82%; pour le plan de 1973-1978, respectivement 32% et 68%, etc. Les cinq plans ont eu plus de résultas d'embrigadement politique que de volume de productions économiques.

Faut-il reparler de l'expérience de la Deuxième République (1984-2008)?... Pillages économiques et ruées sur les finances publiques, tout le monde connaît la chanson.

Le rappel fait ici a pour objet d'insister sur le fait que le recours à l'étranger qui a toujours cours en Guinée est aussi vieux que la République et que ce ne sont pas des slogans vagues de «gagnant-gagnant», pour camoufler l'impuissance de gouvernants sans stratégie qui changeront la mentalité du recours à l'étranger pour acclimater le cours du libéralisme à la société guinéenne comme d'autres l'ont fait, notamment en Asie. Nous en sommes loin encore quand on note le tapage fait par le gouvernement guinéen, il y a peu de temps, autour de l'achèvement de l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) du FMI ou bien autour du déblocage en faveur de la Guinée du Fonds européen de développement (FED).

Madina fait bien fait d'ailleurs de citer l'exemple ghanéen de ne plus vouloir compter que sur soi.

Tout cela a été écrit et rabâché par des Guinéens et il faudra en tenir compte pour une rédemption de certaines valeurs dans notre pays. Rédemption de la valeur du travail et condamnation de la facilité et de la tricherie, exaltation de la fraternité guinéenne et condamnation de l'ethnocentrisme , ce mal que des pouvoirs en place ont entretenu, en sous main . Toutes ces considérations qui peuvent mener à un libéralisme politique et économique «maîtrisé» en ce XXI e siècle, auraient pu valablement constituer des chantiers dignes de l'action de gouvernants patriotes et bâtisseurs d'une jeune nation jetée trop tôt dans des égouts immondes. Les avis  flatteurs et intéressés de soit disants amis étrangers pour donner bonne conscience sur la gestion publique de petits autocrates médiocres, ne résisteront pas le moment venu, au premier souffle de l'harmattan.

J 'en viens rapidement à des commentaires particuliers comme celui de Mamadou qui relève des points intéressants mais qui a voulu en faire trop: fonction Cobb-Douglas, économistes de la zone CFA, etc. Quant à sa remarque sur Keynes, je veux lui dire qu'en economie qui est une science de l'homme, on n'est pas, (est-il besoin de le préciser ), en sciences exactes comme en biologie , physiçque, ou mathmatiques. Dire, comme il le fait, que certaines certitudes de Keynes, n'ont pas résisté au test de la pratique, c'est oublier qu'on n'est pas dans une science exacte. Voyez le cas de la courbe de W. Phillip (1914-1975) qui établit une relation négative chômage-inflation (1958). Cette courbe a été vérifiée à une époque donnée pour une économie nationale et pas à d'autres après. . Bref, l'exemple d'étalage, fourre-tout auquel se livre Mamadou, ici sur un site grand public, ne me paraît pas judicieux pour apporter du savoir à plus de monde.

Kouyaté s'attaque à l'importante question des cycles liés à l'étude de la croissance économique. Il parle de cycles de 100 ans … Je n'en connais pas, les économistes spécialistes des cycles situent leurs variations de plus d'une année à dix ou douze années.

Partis du libéralisme, voilà où des commentaires ont mené la discussion. Mais par delà tout positionnement doctrinal, des dirigeants politiques socialistes ou libéraux ont partout pris conscience que le libéralisme économique ne peut plus, ne doit plus fonctionner comme par le passé.

 

Ansoumane Doré, Dijon, France.
24 mai 2014

Commentaires

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