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Le Général Konaté à la CPI : « Je fais ce que je promets, j’assume ce que je dis et fais »

Date de publication:2014-07-16 16:47:56

2014-07-16 16:38:44 

L’histoire de la Guinée est marquée par de longs silences à propos d’événements et de faits qui ont bouleversé des vies et continuent à peser comme hypothèque sur le présent et l’avenir du pays. Il y’a aussi cette indifférence de toujours face à l’horreur et au crime. Dans ces conditions, comment connaître la vérité, rendre justice et assumer notre héritage commun ?

La vérité demande du courage et de la sincérité, la justice appelle de la part de chacun et de tous un engagement de tous les instants, le sens du devoir, de l’honneur et de la responsabilité.

Il est temps et dans notre honneur à tous que la parole, trop longtemps étouffée et brimée dans notre société, se libère pour favoriser les témoignages qui nous permettront enfin de connaître notre histoire à  laquelle on ne semble s’intéresser que lorsqu’elle exalte notre fierté nationale ou célèbre nos héros.

Elle a aussi sa part d’ombre qu’il nous faut connaître, assumer et affronter, par devoir de mémoire certes, mais par respect et reconnaissance aussi   à  tous nos martyrs, le plus souvent victimes innocentes de crimes anonymes et odieux et de violences gratuites.

La Guinée a besoin de justice et de vérité pour se libérer du lourd poids de son passé, libérer également de sa conscience  de tous ces crimes passés et oubliés et ouvrir enfin son cœur à l’amour et au Pardon indispensable à l’émergence d’un guinéen nouveau et meilleur.

J’ai la conviction que chacun doit dire ce qu’il sait de notre histoire commune que personne n’a le droit de falsifier  ou de classer sans suite.

Tout doit être dit sans tabou, sans peur. Notre génération, ainsi que les autres, a ce devoir envers notre pays, surtout ceux d’entre nous qui ont exercé les plus hautes responsabilités dans l’Etat et dans l’administration. C’est pourquoi, moi, personnellement, j’ai décidé de sortir du silence et de la réserve qui ne contribuent ni à la manifestation de la vérité ni à faciliter  le travail de la justice  lorsqu’elle s’engage à punir  les auteurs et complices des crimes avérés contre l’Humanité.

Notre silence est la source de toutes les injustices et de toutes les oppressions  et continue à favoriser l’impunité.

Mon souhait est qu’il y ait des témoignages d’autres responsables sur d’autres crimes comme ceux du 04 juillet 85 et d’autres encore commis à différentes époques de l’évolution de notre pays pour, d’abord, mettre fin au sentiment de frustration liée à une profonde injustice ou à l’impunité, mais aussi pour que cesse aussi le cycle ininterrompu de la violence qui hante la Guinée et continue à faire le malheur de nos compatriotes.

Je crois en la Justice ultime de Dieu qui est la meilleure de toutes, mais je sais aussi qu’ici sur terre, la justice est possible avec les hommes et les femmes décidés et mobilisés pour la prononcer et la défendre. Il faut les aider et les soutenir dans leur action qui est ingrate, parce que les hommes réclament  toujours la justice pour eux, mais la refusent aux autres.

Mais est-ce parce que c’est difficile qu’il faut abandonner ? D’où des questions : quelle justice pour qui ? Où commence l’injustice, où s’arrête la justice ? Qui doit rendre justice à qui, comment, quand et pourquoi ?

Moi, je dis qu’il vaut mieux une justice imparfaite parce que rendue par des hommes, qu’une absence de justice qui ferait que ” l’homme deviendrait un loup pour l’homme”. C’est parce que je crois en la justice et que j’en connais aussi la difficulté et les épreuves voire les limites, qu’il me semble nécessaire d’apporter notre soutien à ceux qui sont chargés de la rendre en notre nom à tous.

Ma deuxième visite depuis  le début de cette année à la Cour Pénale Internationale -CPI- et à Madame Fatou Ben Souda, procureure générale de la Cour, se situe dans ce cadre. Elle intervient au lendemain de ma déclaration à propos de la tragédie du 28 septembre 2009 que je souhaite comme toutes celles qui jalonnent l’histoire tourmentée de notre pays ne soit ni oubliée ni impunie.

L’émotion suscitée par mes déclarations, la peur que les uns et les autres  expriment que la vérité soit dite et connue ne m’ébranlent pas dans mes convictions et ne me détourneront pas de mon chemin. Je ne suis pas un homme habitué à des effets d’annonce ou porté à abuser de l’opinion publique. Je fais ce que je promets, j’assume ce que je dis et je fais.

Je réitère solennellement ma volonté, en tant que témoin, sans aucune arrière-pensée, encore moins l’esprit de nuire à qui que ce soit, d’apporter un éclairage utile à la compréhension de ce drame national. Il est vrai qu’il s’agit d’une responsabilité qui incombe à ceux qui, à cette époque, étaient tous aux affaires mais, il est clair que certains sont plus impliqués et directement que d’autres.

A ce propos, je voudrais saluer l’esprit de responsabilité  et de courage de ceux, peu nombreux, qui n’ont pas participé aux tueries et n’ont pas voulu non plus y être associés. Eux,  ils se sont montrés conséquents en démissionnant de leurs différents postes. Quand on n’est pas d’accord, on le fait savoir, si non, on assume.

Or, dans notre pays où on a toujours ” les pieds dans le présent, et la tête dans l’avenir”, on semble d’accord sur tout quand on est en fonction ou on attend un avantage des  décideurs, mais on ne veut rien assumer après avec l’idée que, cette hypocrisie nationale, loin de blanchir des crimes dont on a pu être auteur ou complice, expose à tous les risques, parce que dans cette phase de l’ histoire et de l’ évolution du monde, plus que jamais le silence est coupable et l’irresponsabilité condamnable.

Non seulement, il ne faut pas continuer à se taire pour qui sait quelque chose, mais c’est un devoir d’agir pour qui le peut, même dans une Guinée où le silence  et la résignation sont la chose la mieux partagée.

C’est mon choix que j’assume pleinement. Aujourd’hui et demain.

Que Dieu veuille sur chacun d’entre nous et protège notre pays de ses propres enfants”.

Sékouba Konaté 

Source 
16 Juillet 2014


Commentaires


2014-07-16 16:47:56 Barry

2014-07-16 16:38:44 

L’histoire de la Guinée est marquée par de longs silences à propos d’événements et de faits qui ont bouleversé des vies et continuent à peser comme hypothèque sur le présent et l’avenir du pays. Il y’a aussi cette indifférence de toujours face à l’horreur et au crime. Dans ces conditions, comment connaître la vérité, rendre justice et assumer notre héritage commun ?

La vérité demande du courage et de la sincérité, la justice appelle de la part de chacun et de tous un engagement de tous les instants, le sens du devoir, de l’honneur et de la responsabilité.

Il est temps et dans notre honneur à tous que la parole, trop longtemps étouffée et brimée dans notre société, se libère pour favoriser les témoignages qui nous permettront enfin de connaître notre histoire à  laquelle on ne semble s’intéresser que lorsqu’elle exalte notre fierté nationale ou célèbre nos héros.

Elle a aussi sa part d’ombre qu’il nous faut connaître, assumer et affronter, par devoir de mémoire certes, mais par respect et reconnaissance aussi   à  tous nos martyrs, le plus souvent victimes innocentes de crimes anonymes et odieux et de violences gratuites.

La Guinée a besoin de justice et de vérité pour se libérer du lourd poids de son passé, libérer également de sa conscience  de tous ces crimes passés et oubliés et ouvrir enfin son cœur à l’amour et au Pardon indispensable à l’émergence d’un guinéen nouveau et meilleur.

J’ai la conviction que chacun doit dire ce qu’il sait de notre histoire commune que personne n’a le droit de falsifier  ou de classer sans suite.

Tout doit être dit sans tabou, sans peur. Notre génération, ainsi que les autres, a ce devoir envers notre pays, surtout ceux d’entre nous qui ont exercé les plus hautes responsabilités dans l’Etat et dans l’administration. C’est pourquoi, moi, personnellement, j’ai décidé de sortir du silence et de la réserve qui ne contribuent ni à la manifestation de la vérité ni à faciliter  le travail de la justice  lorsqu’elle s’engage à punir  les auteurs et complices des crimes avérés contre l’Humanité.

Notre silence est la source de toutes les injustices et de toutes les oppressions  et continue à favoriser l’impunité.

Mon souhait est qu’il y ait des témoignages d’autres responsables sur d’autres crimes comme ceux du 04 juillet 85 et d’autres encore commis à différentes époques de l’évolution de notre pays pour, d’abord, mettre fin au sentiment de frustration liée à une profonde injustice ou à l’impunité, mais aussi pour que cesse aussi le cycle ininterrompu de la violence qui hante la Guinée et continue à faire le malheur de nos compatriotes.

Je crois en la Justice ultime de Dieu qui est la meilleure de toutes, mais je sais aussi qu’ici sur terre, la justice est possible avec les hommes et les femmes décidés et mobilisés pour la prononcer et la défendre. Il faut les aider et les soutenir dans leur action qui est ingrate, parce que les hommes réclament  toujours la justice pour eux, mais la refusent aux autres.

Mais est-ce parce que c’est difficile qu’il faut abandonner ? D’où des questions : quelle justice pour qui ? Où commence l’injustice, où s’arrête la justice ? Qui doit rendre justice à qui, comment, quand et pourquoi ?

Moi, je dis qu’il vaut mieux une justice imparfaite parce que rendue par des hommes, qu’une absence de justice qui ferait que ” l’homme deviendrait un loup pour l’homme”. C’est parce que je crois en la justice et que j’en connais aussi la difficulté et les épreuves voire les limites, qu’il me semble nécessaire d’apporter notre soutien à ceux qui sont chargés de la rendre en notre nom à tous.

Ma deuxième visite depuis  le début de cette année à la Cour Pénale Internationale -CPI- et à Madame Fatou Ben Souda, procureure générale de la Cour, se situe dans ce cadre. Elle intervient au lendemain de ma déclaration à propos de la tragédie du 28 septembre 2009 que je souhaite comme toutes celles qui jalonnent l’histoire tourmentée de notre pays ne soit ni oubliée ni impunie.

L’émotion suscitée par mes déclarations, la peur que les uns et les autres  expriment que la vérité soit dite et connue ne m’ébranlent pas dans mes convictions et ne me détourneront pas de mon chemin. Je ne suis pas un homme habitué à des effets d’annonce ou porté à abuser de l’opinion publique. Je fais ce que je promets, j’assume ce que je dis et je fais.

Je réitère solennellement ma volonté, en tant que témoin, sans aucune arrière-pensée, encore moins l’esprit de nuire à qui que ce soit, d’apporter un éclairage utile à la compréhension de ce drame national. Il est vrai qu’il s’agit d’une responsabilité qui incombe à ceux qui, à cette époque, étaient tous aux affaires mais, il est clair que certains sont plus impliqués et directement que d’autres.

A ce propos, je voudrais saluer l’esprit de responsabilité  et de courage de ceux, peu nombreux, qui n’ont pas participé aux tueries et n’ont pas voulu non plus y être associés. Eux,  ils se sont montrés conséquents en démissionnant de leurs différents postes. Quand on n’est pas d’accord, on le fait savoir, si non, on assume.

Or, dans notre pays où on a toujours ” les pieds dans le présent, et la tête dans l’avenir”, on semble d’accord sur tout quand on est en fonction ou on attend un avantage des  décideurs, mais on ne veut rien assumer après avec l’idée que, cette hypocrisie nationale, loin de blanchir des crimes dont on a pu être auteur ou complice, expose à tous les risques, parce que dans cette phase de l’ histoire et de l’ évolution du monde, plus que jamais le silence est coupable et l’irresponsabilité condamnable.

Non seulement, il ne faut pas continuer à se taire pour qui sait quelque chose, mais c’est un devoir d’agir pour qui le peut, même dans une Guinée où le silence  et la résignation sont la chose la mieux partagée.

C’est mon choix que j’assume pleinement. Aujourd’hui et demain.

Que Dieu veuille sur chacun d’entre nous et protège notre pays de ses propres enfants”.

Sékouba Konaté 

Source 
16 Juillet 2014

2014-07-16 16:48:36 Barry
2014-07-16 16:47:56 Bouba

2014-07-16 16:38:44 

L’histoire de la Guinée est marquée par de longs silences à propos d’événements et de faits qui ont bouleversé des vies et continuent à peser comme hypothèque sur le présent et l’avenir du pays. Il y’a aussi cette indifférence de toujours face à l’horreur et au crime. Dans ces conditions, comment connaître la vérité, rendre justice et assumer notre héritage commun ?

La vérité demande du courage et de la sincérité, la justice appelle de la part de chacun et de tous un engagement de tous les instants, le sens du devoir, de l’honneur et de la responsabilité.

Il est temps et dans notre honneur à tous que la parole, trop longtemps étouffée et brimée dans notre société, se libère pour favoriser les témoignages qui nous permettront enfin de connaître notre histoire à  laquelle on ne semble s’intéresser que lorsqu’elle exalte notre fierté nationale ou célèbre nos héros.

Elle a aussi sa part d’ombre qu’il nous faut connaître, assumer et affronter, par devoir de mémoire certes, mais par respect et reconnaissance aussi   à  tous nos martyrs, le plus souvent victimes innocentes de crimes anonymes et odieux et de violences gratuites.

La Guinée a besoin de justice et de vérité pour se libérer du lourd poids de son passé, libérer également de sa conscience  de tous ces crimes passés et oubliés et ouvrir enfin son cœur à l’amour et au Pardon indispensable à l’émergence d’un guinéen nouveau et meilleur.

J’ai la conviction que chacun doit dire ce qu’il sait de notre histoire commune que personne n’a le droit de falsifier  ou de classer sans suite.

Tout doit être dit sans tabou, sans peur. Notre génération, ainsi que les autres, a ce devoir envers notre pays, surtout ceux d’entre nous qui ont exercé les plus hautes responsabilités dans l’Etat et dans l’administration. C’est pourquoi, moi, personnellement, j’ai décidé de sortir du silence et de la réserve qui ne contribuent ni à la manifestation de la vérité ni à faciliter  le travail de la justice  lorsqu’elle s’engage à punir  les auteurs et complices des crimes avérés contre l’Humanité.

Notre silence est la source de toutes les injustices et de toutes les oppressions  et continue à favoriser l’impunité.

Mon souhait est qu’il y ait des témoignages d’autres responsables sur d’autres crimes comme ceux du 04 juillet 85 et d’autres encore commis à différentes époques de l’évolution de notre pays pour, d’abord, mettre fin au sentiment de frustration liée à une profonde injustice ou à l’impunité, mais aussi pour que cesse aussi le cycle ininterrompu de la violence qui hante la Guinée et continue à faire le malheur de nos compatriotes.

Je crois en la Justice ultime de Dieu qui est la meilleure de toutes, mais je sais aussi qu’ici sur terre, la justice est possible avec les hommes et les femmes décidés et mobilisés pour la prononcer et la défendre. Il faut les aider et les soutenir dans leur action qui est ingrate, parce que les hommes réclament  toujours la justice pour eux, mais la refusent aux autres.

Mais est-ce parce que c’est difficile qu’il faut abandonner ? D’où des questions : quelle justice pour qui ? Où commence l’injustice, où s’arrête la justice ? Qui doit rendre justice à qui, comment, quand et pourquoi ?

Moi, je dis qu’il vaut mieux une justice imparfaite parce que rendue par des hommes, qu’une absence de justice qui ferait que ” l’homme deviendrait un loup pour l’homme”. C’est parce que je crois en la justice et que j’en connais aussi la difficulté et les épreuves voire les limites, qu’il me semble nécessaire d’apporter notre soutien à ceux qui sont chargés de la rendre en notre nom à tous.

Ma deuxième visite depuis  le début de cette année à la Cour Pénale Internationale -CPI- et à Madame Fatou Ben Souda, procureure générale de la Cour, se situe dans ce cadre. Elle intervient au lendemain de ma déclaration à propos de la tragédie du 28 septembre 2009 que je souhaite comme toutes celles qui jalonnent l’histoire tourmentée de notre pays ne soit ni oubliée ni impunie.

L’émotion suscitée par mes déclarations, la peur que les uns et les autres  expriment que la vérité soit dite et connue ne m’ébranlent pas dans mes convictions et ne me détourneront pas de mon chemin. Je ne suis pas un homme habitué à des effets d’annonce ou porté à abuser de l’opinion publique. Je fais ce que je promets, j’assume ce que je dis et je fais.

Je réitère solennellement ma volonté, en tant que témoin, sans aucune arrière-pensée, encore moins l’esprit de nuire à qui que ce soit, d’apporter un éclairage utile à la compréhension de ce drame national. Il est vrai qu’il s’agit d’une responsabilité qui incombe à ceux qui, à cette époque, étaient tous aux affaires mais, il est clair que certains sont plus impliqués et directement que d’autres.

A ce propos, je voudrais saluer l’esprit de responsabilité  et de courage de ceux, peu nombreux, qui n’ont pas participé aux tueries et n’ont pas voulu non plus y être associés. Eux,  ils se sont montrés conséquents en démissionnant de leurs différents postes. Quand on n’est pas d’accord, on le fait savoir, si non, on assume.

Or, dans notre pays où on a toujours ” les pieds dans le présent, et la tête dans l’avenir”, on semble d’accord sur tout quand on est en fonction ou on attend un avantage des  décideurs, mais on ne veut rien assumer après avec l’idée que, cette hypocrisie nationale, loin de blanchir des crimes dont on a pu être auteur ou complice, expose à tous les risques, parce que dans cette phase de l’ histoire et de l’ évolution du monde, plus que jamais le silence est coupable et l’irresponsabilité condamnable.

Non seulement, il ne faut pas continuer à se taire pour qui sait quelque chose, mais c’est un devoir d’agir pour qui le peut, même dans une Guinée où le silence  et la résignation sont la chose la mieux partagée.

C’est mon choix que j’assume pleinement. Aujourd’hui et demain.

Que Dieu veuille sur chacun d’entre nous et protège notre pays de ses propres enfants”.

Sékouba Konaté 

Source 
16 Juillet 2014

2014-07-16 16:48:36 Bouba
2014-07-16 16:47:56 Oury Diallo

2014-07-16 16:38:44 

L’histoire de la Guinée est marquée par de longs silences à propos d’événements et de faits qui ont bouleversé des vies et continuent à peser comme hypothèque sur le présent et l’avenir du pays. Il y’a aussi cette indifférence de toujours face à l’horreur et au crime. Dans ces conditions, comment connaître la vérité, rendre justice et assumer notre héritage commun ?

La vérité demande du courage et de la sincérité, la justice appelle de la part de chacun et de tous un engagement de tous les instants, le sens du devoir, de l’honneur et de la responsabilité.

Il est temps et dans notre honneur à tous que la parole, trop longtemps étouffée et brimée dans notre société, se libère pour favoriser les témoignages qui nous permettront enfin de connaître notre histoire à  laquelle on ne semble s’intéresser que lorsqu’elle exalte notre fierté nationale ou célèbre nos héros.

Elle a aussi sa part d’ombre qu’il nous faut connaître, assumer et affronter, par devoir de mémoire certes, mais par respect et reconnaissance aussi   à  tous nos martyrs, le plus souvent victimes innocentes de crimes anonymes et odieux et de violences gratuites.

La Guinée a besoin de justice et de vérité pour se libérer du lourd poids de son passé, libérer également de sa conscience  de tous ces crimes passés et oubliés et ouvrir enfin son cœur à l’amour et au Pardon indispensable à l’émergence d’un guinéen nouveau et meilleur.

J’ai la conviction que chacun doit dire ce qu’il sait de notre histoire commune que personne n’a le droit de falsifier  ou de classer sans suite.

Tout doit être dit sans tabou, sans peur. Notre génération, ainsi que les autres, a ce devoir envers notre pays, surtout ceux d’entre nous qui ont exercé les plus hautes responsabilités dans l’Etat et dans l’administration. C’est pourquoi, moi, personnellement, j’ai décidé de sortir du silence et de la réserve qui ne contribuent ni à la manifestation de la vérité ni à faciliter  le travail de la justice  lorsqu’elle s’engage à punir  les auteurs et complices des crimes avérés contre l’Humanité.

Notre silence est la source de toutes les injustices et de toutes les oppressions  et continue à favoriser l’impunité.

Mon souhait est qu’il y ait des témoignages d’autres responsables sur d’autres crimes comme ceux du 04 juillet 85 et d’autres encore commis à différentes époques de l’évolution de notre pays pour, d’abord, mettre fin au sentiment de frustration liée à une profonde injustice ou à l’impunité, mais aussi pour que cesse aussi le cycle ininterrompu de la violence qui hante la Guinée et continue à faire le malheur de nos compatriotes.

Je crois en la Justice ultime de Dieu qui est la meilleure de toutes, mais je sais aussi qu’ici sur terre, la justice est possible avec les hommes et les femmes décidés et mobilisés pour la prononcer et la défendre. Il faut les aider et les soutenir dans leur action qui est ingrate, parce que les hommes réclament  toujours la justice pour eux, mais la refusent aux autres.

Mais est-ce parce que c’est difficile qu’il faut abandonner ? D’où des questions : quelle justice pour qui ? Où commence l’injustice, où s’arrête la justice ? Qui doit rendre justice à qui, comment, quand et pourquoi ?

Moi, je dis qu’il vaut mieux une justice imparfaite parce que rendue par des hommes, qu’une absence de justice qui ferait que ” l’homme deviendrait un loup pour l’homme”. C’est parce que je crois en la justice et que j’en connais aussi la difficulté et les épreuves voire les limites, qu’il me semble nécessaire d’apporter notre soutien à ceux qui sont chargés de la rendre en notre nom à tous.

Ma deuxième visite depuis  le début de cette année à la Cour Pénale Internationale -CPI- et à Madame Fatou Ben Souda, procureure générale de la Cour, se situe dans ce cadre. Elle intervient au lendemain de ma déclaration à propos de la tragédie du 28 septembre 2009 que je souhaite comme toutes celles qui jalonnent l’histoire tourmentée de notre pays ne soit ni oubliée ni impunie.

L’émotion suscitée par mes déclarations, la peur que les uns et les autres  expriment que la vérité soit dite et connue ne m’ébranlent pas dans mes convictions et ne me détourneront pas de mon chemin. Je ne suis pas un homme habitué à des effets d’annonce ou porté à abuser de l’opinion publique. Je fais ce que je promets, j’assume ce que je dis et je fais.

Je réitère solennellement ma volonté, en tant que témoin, sans aucune arrière-pensée, encore moins l’esprit de nuire à qui que ce soit, d’apporter un éclairage utile à la compréhension de ce drame national. Il est vrai qu’il s’agit d’une responsabilité qui incombe à ceux qui, à cette époque, étaient tous aux affaires mais, il est clair que certains sont plus impliqués et directement que d’autres.

A ce propos, je voudrais saluer l’esprit de responsabilité  et de courage de ceux, peu nombreux, qui n’ont pas participé aux tueries et n’ont pas voulu non plus y être associés. Eux,  ils se sont montrés conséquents en démissionnant de leurs différents postes. Quand on n’est pas d’accord, on le fait savoir, si non, on assume.

Or, dans notre pays où on a toujours ” les pieds dans le présent, et la tête dans l’avenir”, on semble d’accord sur tout quand on est en fonction ou on attend un avantage des  décideurs, mais on ne veut rien assumer après avec l’idée que, cette hypocrisie nationale, loin de blanchir des crimes dont on a pu être auteur ou complice, expose à tous les risques, parce que dans cette phase de l’ histoire et de l’ évolution du monde, plus que jamais le silence est coupable et l’irresponsabilité condamnable.

Non seulement, il ne faut pas continuer à se taire pour qui sait quelque chose, mais c’est un devoir d’agir pour qui le peut, même dans une Guinée où le silence  et la résignation sont la chose la mieux partagée.

C’est mon choix que j’assume pleinement. Aujourd’hui et demain.

Que Dieu veuille sur chacun d’entre nous et protège notre pays de ses propres enfants”.

Sékouba Konaté 

Source 
16 Juillet 2014

2014-07-16 16:48:36 Oury Diallo
2014-07-16 16:47:56 J. Koly

2014-07-16 16:38:44 

L’histoire de la Guinée est marquée par de longs silences à propos d’événements et de faits qui ont bouleversé des vies et continuent à peser comme hypothèque sur le présent et l’avenir du pays. Il y’a aussi cette indifférence de toujours face à l’horreur et au crime. Dans ces conditions, comment connaître la vérité, rendre justice et assumer notre héritage commun ?

La vérité demande du courage et de la sincérité, la justice appelle de la part de chacun et de tous un engagement de tous les instants, le sens du devoir, de l’honneur et de la responsabilité.

Il est temps et dans notre honneur à tous que la parole, trop longtemps étouffée et brimée dans notre société, se libère pour favoriser les témoignages qui nous permettront enfin de connaître notre histoire à  laquelle on ne semble s’intéresser que lorsqu’elle exalte notre fierté nationale ou célèbre nos héros.

Elle a aussi sa part d’ombre qu’il nous faut connaître, assumer et affronter, par devoir de mémoire certes, mais par respect et reconnaissance aussi   à  tous nos martyrs, le plus souvent victimes innocentes de crimes anonymes et odieux et de violences gratuites.

La Guinée a besoin de justice et de vérité pour se libérer du lourd poids de son passé, libérer également de sa conscience  de tous ces crimes passés et oubliés et ouvrir enfin son cœur à l’amour et au Pardon indispensable à l’émergence d’un guinéen nouveau et meilleur.

J’ai la conviction que chacun doit dire ce qu’il sait de notre histoire commune que personne n’a le droit de falsifier  ou de classer sans suite.

Tout doit être dit sans tabou, sans peur. Notre génération, ainsi que les autres, a ce devoir envers notre pays, surtout ceux d’entre nous qui ont exercé les plus hautes responsabilités dans l’Etat et dans l’administration. C’est pourquoi, moi, personnellement, j’ai décidé de sortir du silence et de la réserve qui ne contribuent ni à la manifestation de la vérité ni à faciliter  le travail de la justice  lorsqu’elle s’engage à punir  les auteurs et complices des crimes avérés contre l’Humanité.

Notre silence est la source de toutes les injustices et de toutes les oppressions  et continue à favoriser l’impunité.

Mon souhait est qu’il y ait des témoignages d’autres responsables sur d’autres crimes comme ceux du 04 juillet 85 et d’autres encore commis à différentes époques de l’évolution de notre pays pour, d’abord, mettre fin au sentiment de frustration liée à une profonde injustice ou à l’impunité, mais aussi pour que cesse aussi le cycle ininterrompu de la violence qui hante la Guinée et continue à faire le malheur de nos compatriotes.

Je crois en la Justice ultime de Dieu qui est la meilleure de toutes, mais je sais aussi qu’ici sur terre, la justice est possible avec les hommes et les femmes décidés et mobilisés pour la prononcer et la défendre. Il faut les aider et les soutenir dans leur action qui est ingrate, parce que les hommes réclament  toujours la justice pour eux, mais la refusent aux autres.

Mais est-ce parce que c’est difficile qu’il faut abandonner ? D’où des questions : quelle justice pour qui ? Où commence l’injustice, où s’arrête la justice ? Qui doit rendre justice à qui, comment, quand et pourquoi ?

Moi, je dis qu’il vaut mieux une justice imparfaite parce que rendue par des hommes, qu’une absence de justice qui ferait que ” l’homme deviendrait un loup pour l’homme”. C’est parce que je crois en la justice et que j’en connais aussi la difficulté et les épreuves voire les limites, qu’il me semble nécessaire d’apporter notre soutien à ceux qui sont chargés de la rendre en notre nom à tous.

Ma deuxième visite depuis  le début de cette année à la Cour Pénale Internationale -CPI- et à Madame Fatou Ben Souda, procureure générale de la Cour, se situe dans ce cadre. Elle intervient au lendemain de ma déclaration à propos de la tragédie du 28 septembre 2009 que je souhaite comme toutes celles qui jalonnent l’histoire tourmentée de notre pays ne soit ni oubliée ni impunie.

L’émotion suscitée par mes déclarations, la peur que les uns et les autres  expriment que la vérité soit dite et connue ne m’ébranlent pas dans mes convictions et ne me détourneront pas de mon chemin. Je ne suis pas un homme habitué à des effets d’annonce ou porté à abuser de l’opinion publique. Je fais ce que je promets, j’assume ce que je dis et je fais.

Je réitère solennellement ma volonté, en tant que témoin, sans aucune arrière-pensée, encore moins l’esprit de nuire à qui que ce soit, d’apporter un éclairage utile à la compréhension de ce drame national. Il est vrai qu’il s’agit d’une responsabilité qui incombe à ceux qui, à cette époque, étaient tous aux affaires mais, il est clair que certains sont plus impliqués et directement que d’autres.

A ce propos, je voudrais saluer l’esprit de responsabilité  et de courage de ceux, peu nombreux, qui n’ont pas participé aux tueries et n’ont pas voulu non plus y être associés. Eux,  ils se sont montrés conséquents en démissionnant de leurs différents postes. Quand on n’est pas d’accord, on le fait savoir, si non, on assume.

Or, dans notre pays où on a toujours ” les pieds dans le présent, et la tête dans l’avenir”, on semble d’accord sur tout quand on est en fonction ou on attend un avantage des  décideurs, mais on ne veut rien assumer après avec l’idée que, cette hypocrisie nationale, loin de blanchir des crimes dont on a pu être auteur ou complice, expose à tous les risques, parce que dans cette phase de l’ histoire et de l’ évolution du monde, plus que jamais le silence est coupable et l’irresponsabilité condamnable.

Non seulement, il ne faut pas continuer à se taire pour qui sait quelque chose, mais c’est un devoir d’agir pour qui le peut, même dans une Guinée où le silence  et la résignation sont la chose la mieux partagée.

C’est mon choix que j’assume pleinement. Aujourd’hui et demain.

Que Dieu veuille sur chacun d’entre nous et protège notre pays de ses propres enfants”.

Sékouba Konaté 

Source 
16 Juillet 2014

2014-07-16 16:48:36 J. Koly
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