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Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djalon - Lettre au président du Burkina-Faso à propos du Capitaine Moussa Daddis Camara

Date de publication:2014-12-21 22:06:06

2014-12-21 22:03:47

New York le 19 Décembre 2014,

À son Excellence, Mr. Michel Kafando,

La révolution populaire qui a mis fin à la dictature au Burkina-Faso est une inspiration et une source d’espoir pour toutes les populations africaines, particulièrement pour nous guinéens, en prise avec un cycle de dictatures depuis plus de 5 décennies. Notre organisation, Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djalon, saisit cette occasion pour saluer le  courage et la détermination du peuple frère du Burkina-Faso. Nous suivons avec intérêt les mesures de transition prises par votre gouvernement pour cimenter la démocratie dans votre pays.

L’objet de  la présente lettre est de vous demander la mise aux arrêts et la traduction en justice du  Capitaine Moussa-Daddis Camara qui est accusé par l’ONU d’avoir instigué avec ses complices l’exécution de crimes contre l’humanité, incluant notamment, des assassinats de citoyens non-armés, de viols de femmes en plein jour, de kidnappings ainsi que de tortures de civils innocents.  Les raisons de notre démarche sont détaillées dans la suite de cette lettre.

Suite à la mort de Lansana Conté, en Décembre 2008, une junte militaire dirigée par le capitaine Moussa Daddis-Camara s’empara du pouvoir en Guinée. En Septembre 2009, la quasi-totalité des organisations de la société civile et des partis politiques, appela à une manifestation pacifique dans le stade principal de Conakry, pour demander l’organisation d’élections et le retour à un pouvoir constitutionnel. La manifestation fut réprimée avec une barbarie qui choqua le monde entier. Environ 200 personnes furent  abattues froidement. Plus de deux cent femmes furent violées au stade. Certaines furent kidnappées par les forces de sécurités et soumises à des abus sexuels et à des tortures des jours durant. Les enquêtes de la commission ad-hoc des droits de l’homme de l’ONU qui suivirent conclurent que les violences sont des crimes imprescriptibles contre l’humanité. Avec Mr. Daddis Camara comme principal instigateur, plusieurs officiers sont accusés d’avoir prémédité et organisé l’exécution des crimes.

Suite à ses soins médicaux au Maroc du fait des blessures par balles par un de ses comparses, Mr. Daddis Camara fut recueilli par Mr. Blaise Compaoré, au Burkina-Faso. Depuis 2010, il bénéficie  d’un exil doré  dans votre pays aux frais des contribuables Burkinabès, en dépit des pétitions multiples adressés par notre organisation pour qu’il soit traduit en justice. Mr. Alpha Condé qui a accédé à la présidence grâce aux sacrifices des victimes guinéennes,  veut en toute évidence empêcher des enquêtes de bonne foi afin de juger les présumés coupables.  Le gouvernement de Mr. Alpha Condé dilue la gravité des crimes dans des amalgames ethno-politiques. Il fait la promotion des comparses de Mr. Daddis Camara dans l’administration et ignore les survivants des massacres et les familles des victimes dans le but de fragiliser le tissu social guinéen. Ce déni cynique de justice sur les crimes de Septembre 2009 a été  dénoncé par de nombreuses organisations internationales.

Le Burkina-Faso est en train de vivre des temps cruciaux de son histoire. La liquidation des vestiges de décennies de régime dictatorial est un processus complexe qui, pour aboutir,  doit être fondé sur le principe de justice pour tous. C’est à ce prix que peuvent être endiguées les pratiques politiques qui auront perpétué l’impunité de tant de dictateurs au détriment des sacrifices énormes des peuples africains. Rares auront été les demandes d’extradition ou de jugements de présidents africains déposés par de nouveaux gouvernements en Afrique. Parmi les plus récentes, figure le cas de Hissène Habré dont l’inculpation - malgré les  interférences politiques - va aboutir à un procès, grâce à la détermination des organisations des victimes tchadiennes. De la même manière, en dépit du déni de justice de la part du gouvernement guinéen, notre organisation appuyée par de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme n’est que plus résolue à ce que les responsables des crimes en Guinée soient jugés.  Entre autres activités, nous avons lancé une campagne pour que la CPI se saisisse du dossier des crimes de Septembre 2009.  Pendant que le processus de la saisine de la CPI suit son cours,  nous voudrions rappeler à votre gouvernement son obligation d’appliquer les dispositions internationales pour combattre l’impunité. En tant que signataire de la charte des Droits de l’Homme de l’ONU, il est de votre devoir de mettre à exécution la résolution de  2001/22 de la Commission sur les Droits de l’Homme qui, expressément, mandate tout état membre de coopérer à la détection, l’arrestation, l’extradition et la punition de toutes personnes responsables de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. En outre, le principe de la compétence universelle qui vise à punir les crimes contre l’humanité, fait obligation à tous les états, d’entamer des poursuites judiciaires contre leurs auteurs,  sans considération de  l’endroit où le crime a été commis, de la nationalité de l’auteur ou des victimes et surtout si les auteurs résident dans le pays en question. Ces résolutions et principes, auxquels s’ajoute la volonté manifeste du gouvernement de Mr. Alpha Condé de denier la justice aux victimes guinéennes, constituent des bases légales suffisantes pour justifier l’arrestation et le procès de Mr. Daddis Camara par votre gouvernement. 

Au-delà de ces obligations juridiques universellement acceptées, des considérations morales, puissantes et décisives pour l’avenir du Burkina-Faso et celui de la Guinée sont ici en jeu. La volonté du Burkina-Faso de faire la lumière sur l’héritage  de Mr. Compaoré et notre requête s’inscrivent dans une même logique. Les deux démarches procèdent  d’une action citoyenne motivée par la quête de la justice pour des peuples qui en ont été privés. Elles sont inspirées par des  volontés ferventes et irrépressibles de démocratisation des pratiques politiques africaines dépravées par la corruption. Une prompte action  de la part du gouvernement du Burkina-Faso sur les horribles crimes commis par Mr.  Daddis Camara et ses complices constituera un message sans équivoque  au monde sur votre engagement à mettre fin à la gangrène de l’impunité et à jeter les bases d’un avenir solide pour votre nation. Elle donnera aux gouvernements de votre pays  - présent et à venir - une légitimité morale encore plus considérable dans le processus de réparation des torts commis durant le long règne de Mr. Compaoré. Votre gouvernement a une opportunité historique pour signifier à l’Afrique et au monde, des générations actuelles et futures,  la volonté du «PAYS DES HOMMES INTÈGRES» d’enrayer, par la justice républicaine,  le spectre de pseudo-démocrates qui ont confisqué la souveraineté des peuples africains  et qui participent à entériner le retard économique du continent. 

Après 22 ans de lutte, le cas de  Mr. Hissène Habré est en passe de trouver une issue favorable aux victimes. Ce cas doit nous servir tous de leçon. Il montre que les citoyens africains n’accepteront plus l’impunité qui a soutenu  la succession des dictatures sur le continent. À l’instar de toute l’Afrique, des défis considérables attendent votre pays. Tolérer l’exil doré de  Mr. Daddis Camara a le potentiel de créer une perception de double-standard ou de duplicité. Cette situation pourrait conforter des clans d’aventuriers politiques en quête de règlements de comptes au détriment  de la stabilité dont le Burkina-Faso a besoin durant sa transition vers la démocratie. 

Basée aux États-Unis, Pottal Fii-Bhantal Fouta-Djallon est une organisation guinéenne à but non lucratif avec des sections  à travers le monde. Notre organisation a mis en place  un programme spécial, JUSTICE EN GUINÉE, dédié à l'éradication de l'impunité chronique qui a fait de notre pays une nation en faillite où l’injustice institutionnalisée crée de sérieux risques de guerre civile. Les faits et l’objet de notre lettre montrent, si besoin en est, l’imbrication des destins de nos peuples respectifs. Les citoyens guinéens, ne ménageront aucun effort pour soutenir toute volonté de coopération de votre gouvernement sur le dossier des crimes du 28 septembre 2009. De la même manière, comme le montrent nos campagnes continues contre la léthargique complicité du gouvernement guinéen, nous  restons fermes sur notre engagement  à mener toutes les actions nécessaires afin de combattre tous les manquements à la justice dans notre pays. Ceci inclut ceux des autorités de tout pays dans lequel sont réfugiés des présumés coupables de crimes qui ont secoué la conscience de notre nation.  

Nous restons à votre disposition pour vous communiquer toutes les informations et procédures de nature à favoriser une meilleure poursuite de notre demande.

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire  à nos sentiments de très haute distinction.

La Commission Centrale de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon.

Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon 3396 Third Avenue 1st Floor BRONX, NY 11456-Tel: 718-879-6697

Ampliations :

  • Mme Fatou Bensouda, Procureur de la CPI
  • Mr. Phakiso Mochochoko - Division de la coopération de la CPI chef de la complémentarité et
  • Mr. Michel de Smedt - chercheur en chef de la CPI
  • Mr. Désiré Ouédraogo Kadré, Président de la Commission de la CEDEAO
  • Mr. John Dramani Mahama, Président du Ghana et Président en exercice de la CEDEAO
  • Représentants des Membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU
  • Conseil de Sécurité et de paix et de l'Union africaine
  • Mr. M. Alhassane Ouattara, Président de la Côte d'Ivoire,
  • Mr. Macky Sall, Président du Sénégal
  • Ellen Johnson Sirleaf, Présidente du Liberia
  • Ernest Bai Koroma, Président de la Sierra Leone
  • Mr. Ibrahim Boubacar Keïta, Président du Mali
  • Commissaire Droits de l'Homme de l'ONU
  • Commission des Nations Unies contre la violence sur les femmes
  • M. Léon Tanoh, représentant de la CEDEAO à l'ONU
  • Représentant de l'Union européenne en Guinée, Ambassade de France, Ambassade des États-Unis, Ambassade d'Angleterre, Ambassade de Chine et de l'ambassade de Russie en Guinée
  • Système de justice mondiale du département d'État américain
  • Commission du droit de l'Assemblée nationale de la Guinée
  • Ministre de la Justice  et Ministre des droits de l’homme de la Guinée
  • Ambassades de la Guinée auprès des Nations Unies et les États-Unis
  • FIDH
  • OGDH
  • Association Guinéenne des Victimes: AVIPA, AFADIS, AGORA
  • HUMAN RIGHT WATCH
  • HUMAN RIGHT FIRST
  • INTERNATIONAL CRISIS GROUP
  • Représentant de l'Union européenne à l'ONU

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