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Le coup de poker infernal de Me Abdoulaye Wade

Date de publication:2014-12-22 18:59:49

2014-12-22 18:52:42 

« La guerre est un acte de violence destiné à contraindre l’ennemi à accepter notre volonté » théorisait et pratiquait le Général prussien Carl Von Clausewitz.

Abdoulaye Wade a-t-il dans sa bibliothèque, les ouvrages de l’ancien directeur de l’Ecole de Guerre de Berlin, en 1818 ? Je n’en sais rien. En revanche, il est clair que le meeting du 21 novembre dernier (place de l’Obélisque) est une déclaration de guerre psychologique contre l’adversaire Macky Sall.

Objectif évident et bien mis en évidence par Me Wade : contraindre son successeur à desserrer l’étau judiciaire autour de Karim Wade et de ses co-accusés.

La politique étant le prolongement de la guerre par d’autres moyens, le leader du PDS use délibérément de l’arme psychologique, parfois plus létale dans le champ politique que la Kalachnikov dans le champ de bataille.

Voilà l’explication de cette orgie de violences verbales que le segment libéral de l’opposition injecte dans ses discours à tonalité insurrectionnelle. Et, aussi, le pourquoi de cette panoplie d’armes qu’elle brandit et/ou emploie.

Toutefois, la démarche est millimétrée et les mots d’ordre sont teintés de contrastes : « Je peux déloger Macky Sall du Palais, mais je ne le ferai pas » (l’opposant Abdoulaye Wade dixit).

Même l’ultimatum – décliné avec fermeté – est resté habilement évasif dans les délais. Bref, le stratège Wade tape sur toutes les touches du clavier politique  correspondant aux différentes options de la guerre psychologique : séquence offensive, séquence belliqueuse et séquence provocante. Sans oublier la séquence dégradante qui consiste à culbuter Macky Sall du piédestal (moral) de la fameuse gouvernance officiellement vertueuse.

Tel est le sens de l’éclatement des bombes à fragmentations (Arcelor Mittal et Pétro-Tim) décidé au moment opportun par le grenadier en chef Abdoulaye Wade qui, manifestement, donne l’assaut final. Pétards mouillés ou bombes explosives ? Dans les deux affaires citées supra, Wade charge et surcharge le gouvernement de tous les péchées d’Israël. Et de quelle manière ? Avec sa capacité légendaire à impressionner puis à piloter l’imagination des foules, l’ancien Président de la république est en voie de gagner la bataille de l’opinion, malgré la vigoureuse contre-attaque du Premier Mohamed Boune Abdallah Dionne.

Pour l’instant, le débat est vif dans la classe politique, l’exploitation est effrénée dans les journaux, la controverse est nourrie à l’échelle du pays, et le brouillard squatte l’esprit du citoyen promptement indigné, en temps de crise économique. A juste raison. D’abord, les deux dossiers sont nés sous des auspices gris, c’est-à-dire presque à cheval sur le crépuscule du régime de Wade et  l’aube du mandat de l’actuel Président de la république. Donc entre chien et loup. Ensuite, les Sénégalais moyens, nombreux et non experts ne retiennent de ce double écheveau (Arcelor Mittal et Pétro-Tim) aux facettes minière, pétrolière, judiciaire et financière, que l’hermétisme des questions soulevées, le clair-obscur des transactions effectuées et, surtout, l’imprudence démesurée – je ne dis pas le tort – du petit frère de Macky Sall, en l’occurrence Alioune Sall.

A cet égard, la très pointue « Lettre du Continent » recense les « nombreuses opacités de l’affaire Arcelor Mittal » et fournit une information de taille et de nature scandaleuses. Selon cette publication spécialisée, la somme de 72,2 milliards CFA – dégagée par Arcelor Mittal – a été virée sur le compte de l’avocat français Me François Meyer. Question impossible à refouler : le compte bancaire de l’avocat (français) de l’Etat sénégalais est-il une excroissance ou une succursale du Trésor public du Sénégal ? Même si elle est en transit dans le compte de Me Meyer, la colossale somme enrichit subsidiairement le barreau parisien, à travers les intérêts que rafle l’établissement bancaire

Ce sont là des signes patents de disfonctionnements que provoquent soit l’incompétence, soit l’urgence (besoin impérieux de fonds au niveau de l’Etat), soit la malhonnêteté. Il s’y ajoute que l’effacement effarant de l’agent judiciaire de l’Etat n’arrange rien. Bien au contraire, elle embrume tout. Cependant,  empressons-nous d’ajouter que « La Lettre du Continent » éditée à Paris n’est ni la lettre de Dieu ni la missive de Moïse. Bien qu’elle fasse autorité dans l’actualité confidentielle en Afrique, comme son nom et sa vocation l’indiquent clairement.

L’autre avatar découlant de l’autre affaire (Pétro-Tim) est la sortie de l’édile de Golf-Sud. Sur un ton sincère et solidaire, Mme Aida Sow Diawara a affirmé, en substance, que les attaques de l’ex-Président Wade et le brouhaha médiatique ont fait perdre un salaire de 15 millions CFA, à Alioune Sall. Salaire versé par les Américains, selon elle. Evidemment, l‘homme d’affaires Alioune Sall (il n’est plus fonctionnaire) a le droit de gagner de l’argent et beaucoup d’argent. Mais, en pleine saison des soupçons et dans un contexte de paupérisation chronique, pareille révélation tombée des lèvres d’une responsable de l’APR, fait plus dégât collatéral que défense avisée des intérêts du maire de Guédiawaye, désormais homme politique ciblé et cité nommément par Abdoulaye Wade dans un dossier pétrolier qui a une triple odeur d’intermédiation, de courtage et de délit d’initié. Mais odeur n’est pas synonyme de preuve.  

A l’arrivée, l’image du régime de Macky Sall est hachurée par le doute et le soupçon. Le lit d’une mauvaise perception de tous les efforts gouvernementaux est ainsi fait. En clair, l’ancien Président Abdoulaye Wade a psychologiquement gagné dans cet affrontement dont il a pris l’initiative, fixé la date du déclenchement et assuré la configuration sous forme de boxe totale et non en fleuret moucheté. Preuve que le numéro un du PDS fait de la politique ; tandis que ces adversaires font…de la Police. N’est-ce pas le Garde des Sceaux et ministre de la Justice, Maitre Sidiki Kaba, qui déclare que Wade est passible de poursuites ? Pourtant, le Premier Magistrat du pays, Macky Sall, a déjà dit qu’il ne peut pas se battre contre un vieillard de 90 ans. C’est classique : un extrémiste tombe d’un extrême dans l’autre. Hier, croisé véhément – et brillant – des droits de l’homme, Sidiki Kaba est, aujourd’hui, un dragon déchaîné de la Raison d’Etat.

A ne pas perdre de vue que toute cette confrontation se déroule sur fond de traque (des biens mal acquis) en plein vaudou. Avec des moments alternés de transe et d’abattement. En période d’hystérie, les tenants de la traque sortent des chiffres astronomiques (plus de 100 milliards CFA) dissipés par Karim Wade qui – on a tendance à l’oublier – fut « ministre du Ciel et de la Terre ». Mais, il n’a jamais été ministre de l’Economie et des Finances. Le titulaire inamovible de ce département, Abdoulaye Diop, est à l’air libre. Durant, les heures de soupir (le vaudou est convulsif et stagnant) les porte-voix de la traque signalent 40 millions CFA de bijoux. Sans abuser de l’humour, on peut dire que la traque s’auto-traque mortellement. « A force de caresser un cercle, il devient vicieux » enseignait Ionesco.

Le pic du poker étant atteint, que reste-t-il à faire ? En politique, l’autre versant de la tension s’appelle l’apaisement qui est l’antichambre de la paix. Pour cela, il faut prendre le cap voire carrément la route des concessions réciproques qui, aux yeux de certains observateurs, sont plus indiquées que les procès à la CREI. C’est, au demeurant, tout le sens du bellicisme subit de Wade. A défaut d’évolutions, des frémissements sont enregistrés. Entre Walf Grand’Place qui affirme catégoriquement, et Le Témoin quotidien qui s’interroge de façon appuyée autour de la libération prochaine et provisoire de Karim Wade, il n’y a pas d’intervalle pour un hasard. Tout comme la navette de Cellou Dallein Diallo (missi dominici du Président Alassane Ouattara) entre Macky Sall et Me Wade n’est pas fortuite. D’autant moins fortuite que le même Cellou Dallein Diallo a quitté Libreville et le Président Ali Bongo, 24 heures avant l’arrivée de Macky Sall au Gabon, le 8 décembre.

Silence ! On s’escrime à trouver une issue. Après tout, la politique, c’est le cheminement entre les grands principes et les petits arrangements. Depuis l’aube des temps. Dans cette optique-là, un poker politique peut être successivement infernal et fructueux. Le futur immédiat confirmera ou infirmera.

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