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Le coup (fourré) d’Etat en Gambie et les retombées alentour

Date de publication:2015-01-05 18:05:00

2015-01-05 18:02:32

Coup d’Etat ou coup (fourré) d’Etat en Gambie ?

L’action violemment ébauchée par le capitaine Lamine Sannneh et ses coéquipiers, dans la nuit du 29 au 30 décembre 2014, est diversement comprise par les analystes, les diplomates et les opposants gambiens en exil. Des lectures croisées et/ou contrastées qui renvoient aux préparatifs, aux péripéties et à l’épilogue d’un assaut au format quasiment suicidaire. Trois étapes hâtées qui blindent la thèse d’une conspiration bâclée, noyautée et sabotée par le chef futé et féroce d’un régime, plus enclin à gonfler son budget de renseignement qu’à alimenter un fonds national d’investissements. 

Si les trois officiers dissidents (Jagne, Njie et Sanneh) ont lancé l’attaque contre le Palais présidentiel, à la tête d’un commando d’assaillants lourdement armés mais numériquement légers, c’est parce qu’ils ont eu la certitude d’enfourcher vite un cheval de Troie (un allié au cœur de la citadelle) et de faire jonction, sans retard, avec un comité d’accueil formé de soldats hostiles à Yaya Jammeh. Ancien membre de la protection rapprochée du chef de l’Etat, l’exilé Lamine Sanneh a fondé son optimisme opérationnel sur sa connaissance des lieux et la solidité de la toile de soutiens qu’il a tissée à distance. Pourtant, ces putschistes constitués d’anciens éléments du bataillon gambien de l’ECOMOG, au Libéria, auraient dû savoir qu’on ne contrôle pas une capitale de 450 000 habitants, sans la liesse populaire et sans le basculement, au moins, du tiers des effectifs militaires stationnés dans ou aux abords de Banjul. Enfin, les assaillants ont curieusement négligé l’ossature diola d’une armée plus ethnique que nationale qu’ils ont quand même  commandée, jadis. Ça  a été un péché fatal.

L’autre malheur pour les planificateurs de l’attaque, découle du manque flagrant de vigilance, car les complices et les relais qui ont joué cyniquement leurs partitions durant plusieurs semaines, en Gambie, ont été et sont restés des pions du Président. Yaya Jammeh est-il diplômé de l’école de Sékou Touré et de Mobutu qui demandaient périodiquement à un fidèle collaborateur doté d’un budget conséquent, d’animer à Bruxelles ou à Paris, une opposition de façade, avec le diabolique dessein d’identifier et de recenser les opposants purs et durs, afin de les décimer ? En tout cas, le « tout policier » est tel que les meilleurs espions du régime gambien sont, eux-mêmes, espionnés et trucidés par des hommes de main appartenant aux innombrables polices parallèles.

Ainsi, de hauts responsables des services secrets gambiens (NIA) sont passés à la trappe : Ngor Secka (ex-numéro de la Police politique), Kemo Balajo, Buba Saho et le capitaine Foday Barry ex- chef des opérations de la NIA. Pour la petite histoire, ce dernier avait arrêté dans un hôtel de Banjul, notre compatriote et non moins journaliste Soumaïla Aïdara, grand reporter au magazine « Les Afriques ». Preuve que la machine à broyer indistinctement les coupables, les suspects et les innocents, tient tous les Gambiens en respect.

Peu importe la sémantique relative au tumulte assimilable ou non à un coup d’Etat ! Ce n’est pas la réflexion qui est à l’ordre du jour, à Banjul. C’est plutôt la répression occasionnée par une très opportune secousse qui affecte l’Etat gambien. Du pain bénit pour un dictateur qui a besoin d’une montée (contrôlée) des périls pour serrer davantage la vis, justifier les excès à l’intérieur du pays et, in fine, corser son éternel agenda de méfiance et de défiance à l’égard du Sénégal. De très bonnes sources signalent que Yaya Jammeh trépigne de joie lugubre, au cours des audiences qu’il enchaine avec des visiteurs parmi lesquels les mouchards bavards sont plus nombreux que les ministres affolés. L’ordinateur du capitaine Lamine Sanneh (mort au combat) est téléchargé et vidé de son contenu, avec soin. Aux dernières nouvelles, l’ordinateur a « craché » des choses stupéfiantes, en volume d’informations comme en détails précis.  Voilà  pourquoi l‘heure des épurations dans le Parti au pouvoir, des rafles dans la rue et des crispations dans le voisinage a sonné. En un mot, l’homme fort de Banjul va faire d’une pierre, plusieurs coups.

Dans cette perspective immédiate, le Sénégal fait figure de parfait bouc émissaire. Car, en effet, la géographie accuse et accable le Sénégal. On la voit à peine, néanmoins la réalité est patente : la Gambie n’est pas un Etat voisin, mais un pays dans le ventre voire dans l’estomac du Sénégal. Il faut aller jusqu’au Lesotho – pays totalement enveloppé par l’Afrique du Sud – pour voir un cas analogue. Par conséquent, les Gambiens qui cherchent le pouvoir, par les armes et non par les urnes, évoluent préalablement sur le sol ou dans l’espace aérien du Sénégal ; ou alors dans les eaux territoriales inextricablement mêlées des deux pays. Les dirigeants qui perdent le pouvoir là-bas, se replient également au pays de la Téranga. Daouda Diawara renversé, en juillet 1981, avait repris le pouvoir à partir de Dakar. Evincé, une seconde fois, par le coup d’Etat réussi de Yaya Jammeh, en juillet 1994, Sire Daouda avait été accueilli au port puis installé provisoirement à la résidence de Médina devenue Maison de la Culture Douta Seck. Même hospitalité pour l’ancien Vice-président Bakary Dabo qui avait négocié, à partir du Sénégal et avec l’appui du Sénégal, un emploi à la BID, en Arabie Saoudite.    

Au plan des retombées de la secousse gambienne, la décision la plus rude sera le gel du chantier relatif au pont sur le fleuve Gambie. Bref, un retour au statu quo ante qui prouvera encore et encore que la construction d’une large route de contournement de la Gambie et de désenclavement de Casamance est plus prioritaire que l’inauguration prochaine des autoroutes électoralo-spirituelles desservant Tivaouane et Touba. Bref, si le gouvernement part du postulat que la Gambie est un caillou logé dans la panse du Sénégal, il doit prendre en compte les inévitables convulsions et les permanentes douleurs qui en sont subséquentes. Gouvernance anticipatrice.

De ce point de vue, la prospective politique (un meilleur arrimage de la Casamance frustrée) et la prévision stratégique (une riposte à une agression extérieure) commandent la construction d’infrastructures invulnérables aux humeurs incontrôlables de Yaya Jammeh ou de son successeur. Ne serait-ce que pour rendre fluide la chaine logistique de notre armée en direction du Sud bordé par les deux Guinée, il urge – vu nos capacités navales très limitées – de trouver une parade totalement autonome et, surtout, efficace contre les aléas gambiens. Malheureusement, le personnel politique est plus friand de sondage électoral que de prospective géostratégique.

Il est donc d’une grande importance – à la lumière des évènements en cours – de passer au crible la perpétuelle posture de l’Etat du Sénégal qui doit être plus que regardant voire intéressé par ce qui se joue en Gambie. Dont l’issue conditionne la stabilité ou l’instabilité de la Casamance. Ce n’est pas une analyse, mais une évidence. Le Président Macky Sall est élu pour défendre urbi et orbi les intérêts vitaux du Sénégal. Cependant, il y a l’art et la manière. Dans tous les pays du monde, circulent des opposants en provenance de pays voisins ou lointains. Tous surveillés et, parfois, parrainés de façon souterraine. Le hic dangereux et contre-productif a été de laisser l’opposant Cheikh Sidya Bayo, discourir violemment, parader sans arrêt, et revendiquer par voie médiatique, un coup d’Etat en live.  Du jamais vu dans le monde qui met en équation le savoir-faire des décideurs et le professionnalisme de certains organes spécialisés de l’Etat. Un gouvernement doué et rodé n’adoube pas un tel énergumène (Cheikh Sidya Bayo) dont l’irresponsabilité n’a d’égale que le brouillard qui enveloppe sa personne. Du reste, la doctrine de Macky Sall a manqué de cohérence ; puisque le Gambien Kukoï Samba Sagna a été expulsé, sans hésitations, vers Bamako (où il mourut) et le Tchadien et blogueur Makaïla Nguébla dirigé manu militari sur Conakry.   

L’autre déversoir des retombées du putsch manqué est la Guinée-Bissau où les rescapés des représailles sanglantes se sont réfugiés. Leur sort oscille entre l’exil et l’extradition. De fortes et opposées pressions s’exercent sur le Président José Mario Bissau. Yaya Jammeh les réclame ; tandis que la société civile guinéenne freine des quatre fers. Un citoyen sénégalais, très bien introduit à Bissau, a sensibilisé son ami Riga Agnelo, ancien directeur de la radio Bombolong et actuel ministre de l’Information. Ce dernier a obtenu le sursis salvateur pour les fuyards. Pour combien de temps ?

L’inflexibilité du chef de l’Etat de Guinée-Bissau n’est pas durablement garantie. En effet, les rapports entre Yaya Jammeh et Mario Vaz sont discrètement étroits. Pour les besoins de la récente cérémonie d’investiture du Président José Mario Vaz, le protocole d’Etat de la Guinée-Bissau a reçu des limousines (l’une d’elles est blindée) débarquées par un bateau angolais dans un port gambien. Luanda a ainsi contourné la présence gênante de la CEDEAO à Bissau. Il s’y ajoute que le Président José Mario Vaz ne passe jamais moins de huit jours en Gambie, à l’occasion de ses jours privés. Un axe Banjul-Bissau-Luanda en gestation qui pourrait, sur la balance des intérêts tripartites, peser plus lourd que les quatre officiers en fuite. 

PS : l’opposant – avec ou sans guillemets – Cheikh Sidya Bayo revendique une « gambianité » contestable et contestée. Cheikh Sidya Bayo est le fils (né sur le sol français) de feu le Consul Honoraire de Gambie en France, dans les années 70-80, sous le régime de Daouda Diawara. Sa mère Maïssa Cissé, originaire de Sédhiou a été l’assistante de Sidate Diop, haut-fonctionnaire à l’UNESCO et futur ministre des Affaires Etrangères du Président Yaya Jammeh. Formé en France, le très francophone Cheikh Sidya Bayo est propriétaire d’une entreprise de locations et de loisirs dont l’une des clientes VIP a été, à un moment donné, la Première Dame de Gambie, d’origine guinéo-marocaine. Des accointances qui fondent la méfiance d’un segment de l’opposition gambienne. Toutefois, le Sénégal doit l’expulser vers une destination clémente et non l’envoyer vers l’abattoir à Banjul.


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