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Recensement 2014 Guinée : une explosion démographique régionalement sélective

Date de publication:2016-02-04 20:14:07

2016-02-04 20:09:00

Par le décret  D/2015/229/PRG/SGG en date du 31 décembre 2015 relatif aux résultats du  troisième recensement général de la population et de l’habitation effectué du  1er mars au 2 avril 2014, Alpha Condé a officialisé les chiffres du dernier  recensement général de la population guinéenne et des étrangers résidents en  Guinée. Elle ne concerne pas les Guinéens établis à l’étranger. La Guinée  compterait ainsi 10 523 261 habitants répartis entre les différentes régions et  les préfectures de la manière suivante.

Région administrative de Boké :   1 083 147 Habitants

Préfecture de Boffa : 212 583 habitants

Préfecture de Boké : 450 278 habitants

Préfecture de Fria : 96 700 habitants

Préfecture de Gaoual : 193 612 habitants

Préfecture de Koundara : 129 974 habitants

Région administrative de Conakry :   1 660 973 Habitants

Commune de Dixinn : 135 788

Kaloum : 62 507

Matam : 143 255

Matoto : 666 640

Ratoma : 652 783

Région administrative de Faranah:   941 554 Habitants

Préfecture de Dabola : 181 137

Préfecture de Dinguiraye : 196 469

Préfecture de Faranah : 280 170

Préfecture de Kissidougou : 283 778

Région administrative de Kankan :   1 972 537 Habitants

Préfecture de Kankan : 473 359

Préfecture de Kérouané : 207 547

Préfecture de Kouroussa : 268 630
Préfecture de Mandiana : 335 999

Préfecture de Siguiri : 687 002

Région administrative de Kindia :   1 561 374 Habitants

Préfecture de Coyah : 263 861 habitants

Préfecture de Dubreka : 330 548

Préfecture de Forécariah : 242 942 habitants

Préfecture de Kindia : 439 614 habitants

Préfecture de Télimélé : 284 409

Région administrative de Labé : 994 458  Habitants

Préfecture de Koubia : 100 170 habitants

Préfecture de Labé : 318 938 habitants

Préfecture de Lelouma : 163 069 habitants

Préfecture de Mali : 288 001 habitants

Préfecture de Tougué : 124 280 habitants

Région administrative de Mamou:   731 188 Habitants

Préfecture de Dalaba : 133 677 habitants

Préfecture de Mamou : 318 981 habitants

Préfecture de Pita : 278 530

Région administrative de Nzérékoré :   1 578 030 Habitants

Préfecture de Beyla : 326 082 habitants

Préfecture de Guéckédou : 290 611

Préfecture de Lola : 171 561 habitants

Préfecture de Macenta : 278 456 habitants

Préfecture de Nzérékoré : 396 949 habitants

Préfecture de Yomou : 114 371 habitants

Ces données semblent fantaisistes d’autant que les chiffres figurant dans le décret présidentiel sont différents de ceux fournis à l’issue du recensement par le directeur général de l’Institut national des Statistiques (INS).

Avec le recensement de 2014, en moins de vingt ans, la Haute Guinée, dont Alpha Condé se dit originaire, gagne plus d’un million cinq cent mille habitants (+ 1 500 000), la Guinée maritime, plus d’un million (+1 000 000), Conakry plus de cinq cent mille (+500 000). Avec les 1ères données de l’INS, la région de Nzérékoré  gagnait plus de cent mille habitants (+ 100 000) et la Moyenne Guinée moins de cent mille (-100 000) tandis qu’avec le décret, la Moyenne Guinée gagne moins de cent mille habitants  et la région forestière moins de vingt-cinq mille (-25 000) habitants.

En effet, le 8 juillet 2014, le directeur général de l’Institut national des Statistiques, Aboubacar Kaba avait publié les résultats du recensement général de la population guinéenne.

Selon ces premiers chiffres du recensement, la population était de 10 628 972 habitants qui se répartissaient comme suit : 5 486 884 femmes et 5 142 088 hommes.

Ces chiffres ont été fournis sans aucune explication quant à la méthode et aux enseignements à en tirer. Aucune indication sur le taux de natalité, de fécondité, de mortalité, densité, migration etc. Le 1er rapport de l’INS qui comportait certaines données comme celles des villes s’est volatilisé de son site Internet.

La 1ère observation que l’on peut faire est que Conakry la capitale, qui abrite le port, les services administratifs, qui concentre les activités économiques et les infrastructures n’est plus la ville (région) la plus peuplée de la Guinée. L’agglomération qui s’étend à vue d’œil aux villes voisines est détrônée par une des régions de la Haute Guinée, Kankan, le fief du président actuel.
Ces statistiques des autorités guinéennes déjouent ainsi toutes les projections du PNUD, de la Banque Mondiale et du Système des Nations Unies qui estimaient la population totale guinéenne à près de 12 millions dont 2 millions à Conakry, soit 40% de la population.

La 2nde observation est que Conakry et Siguiri comptent plus de population masculine que féminine. Mandiana qui comptait également plus d’hommes que de femmes avec les 1eres données de l’INS a finalement plus de femmes que d’hommes avec le décret.

La 3ème observation est que la région de Mamou (Foutah Djallon) est la moins peuplée.

Différences entre les données du décret présidentiel du 31 décembre et les chiffres des statistiques guinéennes.

Le doute quant à l’exactitude des données du recensement trouve échos  dans la différence entre les chiffres fournis par l’Institut national des Statistiques dès la fin du recensement et ceux fournis par le décret présidentiel qui en principe entérine le recensement de 2014.

Avec le décret présidentiel, la population guinéenne estimée   en avril 2014 à 10 628 972  par l’INS a soudainement perdu 105 000 habitants après les réajustements d’Alpha Condé (10 523 261).

Ainsi, à coup de crayon, de stylo ou d’une touche d’un clavier d’ordinateur, il est loisible de gonfler ou de faire évaporer des habitants, conférant ainsi un caractère aléatoire voire arbitraire, au gré des humeurs, amours et désamours aux données de la population guinéenne.

Si le rapport de l’INS de 2014 a subitement disparu de son site, c’est oublier que les données avaient été publiées et reprises par des centaines voire des milliers de média[1]. La présente étude avait été entamée avec les données premières déjà ahurissantes de l’INS, auxquelles vont désormais s’ajouter les nouveaux chiffres présidentiels.

Le décret présidentiel happe une partie de la population de la région forestière. En effet il a réduit de plus de 85 000, les habitants de la région de Nzérékoré. Les plus touchées sont les préfectures de :

-          Yomou (-62 293)

-          Macenta (-19 826)

-          Lola (-3 652)

-          Gueckedou (-1212)

Après la Guinée forestière, c’est la population de la région de Kankan que le décret a tenté de réduire (-13 792 habitants). Cette diminution a concerné les préfectures de :

-          Siguiri (-8 447)

-          Mandiana (-3 528)

-          Kérouané (-3 470)

Ensuite, c’est la capitale Conakry qui a perdu plus de 6800 habitants entre le recensement et le décret. Toutes les communes ont vu une partie de leur population évaporée. La plus importante réduction a touché Matoto (-4 224) et la plus petite Kaloum (-168 habitants).

La région de Labé déjà sous-estimée, a perdu 1256 habitants, des réductions de populations qui ont concerné les préfectures de Koubia (-1001) et de Mali (-2319).

La région de Faranah a aussi été réajustée avec une perte de 1179 habitants qui a principalement touché les préfectures de

-          Faranah (-341)

-          Et Dabola (-1814).

La région de Mamou a vu 929 âmes évanouies dans le néant affectant principalement la préfecture de Dalaba (-2 643)

Seules les régions de Boké et de Kindia ont un solde positif avec le décret mais avec des disparités entre les différentes préfectures. Ainsi si le décret accorde à la région de Boké 1702 habitants de plus, deux de ses préfectures ont vu des centaines de leurs habitants disparaitre, Koundara (-231) et Gaoual (-633). Le décret octroie également 1299 habitants de plus à la région de Kindia tout en réduisant les populations des préfectures de Coyah (-303) et de Forecariah (-1707).

Ce qui est frappant avec ces résultats, que ce soit avec le décret présidentiel ou les premières statistiques fournies au lendemain du recensement, c’est qu’ils bouleversent les données démographiques résultant des recensements de la population de 1983 et de 1996.

Recensement de 2014 au regard de ceux de 1983 et de 1996

Entre 1996 et 2014, la capitale Conakry n’a augmenté que de 574 929 habitants si l’on se réfère aux premières données fournies et encore moins, selon celles du décret présidentiel (+ 568 037). Alors que la Haute Guinée (Kankan et Faranah) qui était  passée de 1983 à 1996 de 928 336 à 1 407 734 habitants (+479 398),  explose en 2014 avec 2 929 062 (INS), 1914 091 (décret) en gagnant plus d’un million cinq cent mille habitants (1 521 328 INS, 1 506 357 décret).

La région du Fouta Djallon (Labé et Mamou) en une vingtaine d’années augmente de moins  de cent mille habitants. Avec les 1ères données de l’INS, elle est la seule des différentes régions qui a une augmentation de moins de 100 000 habitants en 18 ans (88 200 mais  86 000 selon le décret) alors qu’avec le décret, la Guinée forestière est plus désavantagée qu'elle. En effet si suivant les 1ères statistiques, la région de Nzérékoré avait gagné plus de 100 000 habitants par rapport au recensement de 1996, avec le décret d’Alpha Condé elle gagne moins de 22 500 habitants en 18 ans. Avec 1 663 582 habitants (INS), elle  talonnait la capitale Conakry (1 667 864 habitants) mais avec le décret, (1 578 030 habitants), elle est frôlée par  la région de Kindia (1 561 374  habitants)

La Basse Guinée, sans Conakry gagne plus d’un million d’habitants (1 180 053 INS ;

1 183 944 décret).

Au total, entre 1996 et 2014, la population guinéenne a augmenté de 3 472 566 selon les 1ers résultats de l’INS et de 3 366 855 selon le décret présidentiel. Sur ces  près de 3,5 millions d’augmentation, la région des Savanes (Haute Guinée) comptabilise à elle  seule plus de 1,5 millions d’augmentation (soit presque la moitié de la croissance démographique de la totalité des cinq régions de la Guinée).

La Haute Guinée devient ainsi la région la plus peuplée (2 929 062) (2 914 091), suivie de la Guinée Maritime (sans Conakry) (2 640 630) (2 644 521), puis de la Moyenne Guinée (1 727 834) (1 725 646), de la région de Conakry (1 667 864)  (1 660 973) et enfin de la région de Nzérékoré (1 663 582) (1 578 030).

Qu’est ce qui explique cette envolée sélective de la démographie de la Haute Guinée, notamment de la région de Kankan ?
Une immigration massive dont aucun média, ni témoin n’a eu vent ? Les réfugiés Maliens ont plus trouvé asile au Burkina Faso et le  Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) ne mentionne pas la Guinée, particulièrement la Haute Guinée qui jouxte le Mali comme pays ayant accueilli les réfugiés liés à la détérioration sécuritaire au Sahel.

Une ruée vers l’or ? L’orpaillage est une tradition séculaire dans cette région et des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Ghana. Aucune des localités des pays où est exploité le métal précieux n’a connu un attroupement soudain de mains d’œuvre nationales ou étrangères. Anglo Ashanti Gold emploie juste quelques centaines de personnes et son implantation à Siguiri ne saurait expliquer ce miracle démographique. D’ailleurs, la Perspective économique en Afrique (PEA), 2015 note que :
« La Guinée, dont la population est estimée à moins de 11 millions d’habitants, comprend quatre régions naturelles distinctes d’un point de vue agro-écologique. La Guinée Maritime et la Guinée Forestière disposent d’un potentiel agricole et de l’essentiel des projets miniers structurants (bauxite, alumine, fer). En Guinée Maritime, la région de Conakry est la plus développée : le taux de pauvreté y atteint 27.4 % contre 55.2 % au niveau national ».

Et le Document Stratégie de réduction de la pauvreté 2013  rédigé par les mêmes autorités qui ont effectué ce recensement aux données différentes estimait que :

« La démographie de la Guinée est caractérisée par  une croissance rapide de la population et marquée par de fortes disparités régionales. En effet, la population totale est passée de 9,7 millions habitants en 2007 à environ 11,3 millions habitants en 2012, soit un taux de croissance annuel moyen de 3,1% (équivalant à un doublement tous les 22,5 ans). Elle est constituée en majorité de femmes (52%). La répartition par âge met en évidence une proportion importante de jeunes. En effet, 22 % de femmes et 23 % d’hommes sont âgés de 15-19 ans. Environ 18 % de  femmes et 17 % d’hommes appartiennent au groupe d’âges 20-24 ans ». 
Ce même document ajoute s’agissant de l’énergie que :

« Le taux de couverture est extrêmement faible, notamment en Guinée Forestière et en Haute Guinée. Le pays apparaît comme étant « énergétiquement coupé en deux », la limite étant un axe Nord-Sud Ouré-Kaba/Tougué, avec, à l’Ouest de cet axe, une desserte électrique qui avoisine 30% alors que, à l’Est du même axe, le taux de desserte ne dépasse guère 5% ».

En fait, il faut chercher certaines motivations dans ces explications hors de son domaine de la Commission électorale nationale indépendante, dans son rapport de synthèse de l’élection présidentielle de 2010. La CENI écrit alors :

« D’après les données du dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), la République de Guinée compterait de nos jours près de 11 millions d’habitants avec une forte concentration dans la capitale Conakry, dans la Région forestière (N’Zérékoré, Gueckédou) et dans les zones minières de la Haute Guinée (Siguiri, Kérouané) et de la Basse côte (Fria, Boké) ».

Dans ses affirmations qui datent de 2010 même si le rapport a été produit en 2011, la CENI occulte ostensiblement la Moyenne Guinée.  Et contrairement à ses allégations, le recensement auquel il peut se référer comme lui étant antérieur est celui de 1996 et alors la population n’avoisinait pas encore les 11 millions que même avec le dernier recensement elle n’atteint apparemment pas. L’Enquête démographique et de Santé de 2012, observe que :

« D’après les estimations de l’Institut National de la Statistique, La Guinée comptait, en 2012,  11 663  627 habitants soit, une densité moyenne de 47 habitants au Km2. Cette population est très mal répartie entre les régions administratives du pays. La région de N’Zérékoré abrite 19 % de la population totale tandis que les régions de Mamou et Faranah ne comptent chacune qu’un peu plus de 8 % de la population totale. Conakry qui est la région la moins étendue abrite 15 % de la population totale ».

Elle ajoute que :

« La répartition de la population selon l’ethnie montre que les Peuls (34 % des femmes et 27 % des hommes), les Malinkés (31 % des femmes et 26 % des hommes) et les Soussous (19 % des femmes et 22 %des hommes) sont les ethnies majoritaires. Les autres ethnies représentent toutefois des proportions non négligeables : les Guerzé (6 % des femmes et 7 % des hommes), les Kissi (5 % des femmes et 5 % des hommes) et les Toma (3 % des femmes et 3 % des hommes ».

En conclusion l’envol de la population de la Haute Guinée relève en réalité de la virtuosité des dirigeants actuels à faire virevolter les chiffres au gré de leurs envies, passions et émotions. Habités qu’ils sont par l’irrationnel qui sur leur raison a emprise pris. 

La Guinée, une et indivisible ? Si telle est la visée, toutes les régions, hors de toute considération électoraliste, ont besoin d’importants investissements qui accompagnent des programmes murement réfléchis pour construire ou réhabiliter les infrastructures, développer l’agriculture et les services, ce qui peut réduire l’exode rural vers les principales villes notamment Conakry et l’exil. Ces investissements qui devraient en premiers puiser sur nos ressources et l’aide internationale doivent équitablement être distribués entre les différentes régions et ne pas négliger les zones rurales.

 

Hassatou Baldé

 

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Avec nos félicitations à Hassatou Baldé pour son travail de fourmis.

Au lien suivant, vous pouvez accéder à l’article original bien traité et avec des tableaux illustratifs. Nous avons reproduit seulement les parties textuelles ici pour avoir la substance au cas où le texte original ne serait pas accessible un jour.


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