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AOB (Alpha Oumar Bah) : la mort du Keynes guinéen !

Date de publication:2016-04-10 23:14:15

2016-04-10 20:33:45

Ado encore rêveur, bouffi d’insouciance et d’intrépidité juvéniles, je sortais du lycée comme la plupart de mes promotionnaires étudiants venus d’un peu partout de la Guinée, le bac juste en poche, pour atterrir en fac d’économie dans cette bourgade de Foulayah. Recluse aux encablures de Kindia de sorte à plus affirmer l’autorité de la ville sur sa périphérie en dépit de l’intérêt de cette dernière, que pour entériner la décision du  Ministère de l’éducation nationale de conserver le rôle de centre de formation, jadis « séminaire de Foulayah », qu’a eu le patelin sous la « Révolution », même plus de 20 ans après.  C’était à l’orée des années 2000.

Un jeune et brillant enseignant, parfaite incarnation des âmes bien nées à la valeur tôt affirmée, professeur de macroéconomie , Alpha Oumar Bah — AOB —, qu’on aurait été plus enclin à prendre pour un condisciple étudiant ou un pote de beuverie, tant il pouvait passer inaperçu, avait surgi en apôtre érudit dans notre existence de lycéens frais émoulus, pour nous épater et insidieusement nous aider à mieux supporter le dépaysement du Kania, l’absence de nos familles, la nostalgie de nos ami(e)s et de nos provenances diverses.

Son génie précoce notoire suscita tout de suite l’unanimité et le respect, y compris chez nos plus exigeants camarades matheux, pourtant esprits avisés et grandes gueules enclins à tourner en bourrique les profs fussent-ils les plus calés, et les affubler de surnoms des plus moqueurs. De par son érudition en économie, entre autres, qu’il nous dispensait d’un brio rare; son humanisme; sa modestie;  AOB ne nous quittera plus…

Le grouillement estudiantin de ‘’ New York ’’ dût-il s’empreindre de l’ardeur la plus studieuse qui soit par le droit de Kandas Condé , la comptabilité de Cherif , la microéconomie de feu Grand C et même l’austère algèbre des anneaux et des corps de Dr Diakité épaulé ou non de son suppléant Ray Zigger, voire la statistique de feu Bangaly Samara , ou je ne sais quel autre cours, la macroéconomie d’AOB avait occupé une place de choix chez Alpha Boubacar , Sadabou, Ibrahima Katty, Thierno, Thierno Ibrahima,  Mister, Imam, Mamadou Yaya, Big Dabo, Amina, Djenabou Kokoumah, Fa’ mata, Kesso, Dalanda, Adama Mory,  Lamarana, la majeure de pro, et les filles.

Le foyer Kosovo eût-il beau embaumer ses habitants, les ‘’ Kosovars ‘’ que nous étions, ou ses autres visiteurs feutrés du soir, d’effluves religieuses à travers la mielleuse voix d’ ‘’Iman bandit’’, Alpha Boubacar Bah.  Que le campus parût hanté des W.-C. par ‘’ Marie claire’’, l’étrange belle aux bois dormants, dans les dortoirs bruyants ou désertés le week-end, Aboubacar  Sidiki Condé (Condé), Malal Sow, p’tit Magass, son cousin Barry, Moro Galvao, Abdoulaye Daffé, Sow court, Toumi’ s club, Chef Mamadouba  avaient prolongé la nuit plus qu’il ne le fallait en de querelles byzantines au tour du revenu transitoire de Keynes qu’AOB nous avait expliqué en cours. 

Qui plus est, jusqu’aux abords de la Nationale, les cantines de fortune, prises d’assaut le soir ou sous le soleil de plomb au zénith, odoriférant de la salade de Bijou, du togué de Marimar, du riz matinal au soumbala fumant en guise de petit déjeuner, résonnaient des prestations magistrales d’AOB.

Ici et là, en ce lieu névralgique de Foulayah, les gargotes de riz, les bistrots de café, le mirador sous les manguiers que nous envahissions en coupeurs de route peu malveillants et flics débonnaires, mais racoleurs un poil trop, s’étaient mués en amphithéâtre pour prolonger les concepts refilés en macro, que Fawaz («le seul blanc du campus »), ‘’Comment Tobo’’, Djénémory Keita, Sény, Kabinet Sangaré avaient déployé un zèle inouï à apprendre. Chez Amina, Sadabou, I.B, Alya, Ouliane, Sény, Amadou, cela se dût d’être buché comme une prière salvatrice.

Même chez les juristes Gandho, Ibou, Diarré, Fofanah et leurs congénères, nos voisins de palier, pourtant loin d’être des affidés de notions économiques alambiqués saupoudrées de mathématiques, la maestria d’AOB avait fait des échos.

L’année suivante, en 2e année, à Conakry loin de Foulayah et ses misères que les audiences one man show de Rabiakah avaient davantage éloigné encore, nous retrouvâmes AOB toujours aussi brillant à jongler avec les intégrales les plus complexes pour nous démystifier la théorie de consommation de Modigliani, nous initier à l’orthodoxie libérale de Milton Friedman et des Chicago Boys, ou approfondir Keynes.

Une perle rare humainement et socialement au-delà du grand esprit, disparait

Digne représentant de la grande école guinéenne telle qu’on voudrait qu’elle fût, AOB était l’étoile qui brillait dans le ciel peu dégagé de l’université guinéenne, son  porte—étendard parfait, l’élève qui a dépassé son maitre, qui rendait fiers Madame faro, son mentor et protectrice ainsi que son compère Bangaly Condé; l’exception qui enorgueillira encore longtemps l’Éducation nationale. Une perle rare humainement et socialement, au—delà du grand esprit qu’il fut.

Discret et modeste, se tenant loin des trafics de notes avec les étudiantes notamment et autres combines en tous genres, monnaie courante chez certains profs guinéens, qui ne s’en cachent d’ailleurs point, AOB, au pas alerte et aux  grands yeux ceints de kohl naturel semblant fixer des horizons mystiques, religieux, plus lointains du savoir, relève du monde des érudits probes et dévoués. 

Son génie ne souffrant d’aucune contestation, ses preuves suffisamment faites au pays, AOB viendra fourbir ses armes à l’ULB (Université libre de Bruxelles) d’où il repartit non sans justifier toute sa réputation d’excellence avec un DESS en économie et finance en poche, avant de poursuivre sa procession érudite en Angleterre pour un séjour linguistique.

En dépit de compenses réelles pouvant lui permettre de rester en Occident et monnayer son talent, comme bon nombre le font, AOB choisira de retourner en Guinée pour continuer à servir la patrie. Hélas! L’atmosphère sociopolitique empuantie de la présidentielle de 2010 et son corolaire d’abjections dont il se plaignait tant, incitera AOB à son corps défendant à suspendre l’enseignement. L’ignoble politicaillerie nationale privant du coup, une fois de plus, cette jeunesse guinéenne qui a pourtant grand besoin de se former, de compétences réelles. 

Qu’importe, AOB finira plus haut, cadre technique au FMI, comme les cimes et le piédestal ont toujours été son lot.

« Celui qui te donne le savoir, te donne la vie »

Pour moi et bien de jeunes guinéens, AOB, à qui nous resterons redevables pour toujours, demeure une sorte de second géniteur, une référence. Et sa disparition, certainement une perte pour l’Afrique et la Guinée d’un des ses plus brillants économistes, n’équivaudrait sans nul doute qu’à la mort de John Maynard Keynes dont il était adepte jusqu’au mimétisme dans la prodigisioté. Je paie aux mots ma gratitude à AOB parti dans la fleur de l’âge, tôt, trop tôt.

Repose en paix et pour toujours au paradis éternel, AOB! Nous nous reverrons certainement un jour…

Oury Baldé


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2016-04-10 23:14:15 Anonymous

2016-04-10 20:33:45

Ado encore rêveur, bouffi d’insouciance et d’intrépidité juvéniles, je sortais du lycée comme la plupart de mes promotionnaires étudiants venus d’un peu partout de la Guinée, le bac juste en poche, pour atterrir en fac d’économie dans cette bourgade de Foulayah. Recluse aux encablures de Kindia de sorte à plus affirmer l’autorité de la ville sur sa périphérie en dépit de l’intérêt de cette dernière, que pour entériner la décision du  Ministère de l’éducation nationale de conserver le rôle de centre de formation, jadis « séminaire de Foulayah », qu’a eu le patelin sous la « Révolution », même plus de 20 ans après.  C’était à l’orée des années 2000.

Un jeune et brillant enseignant, parfaite incarnation des âmes bien nées à la valeur tôt affirmée, professeur de macroéconomie , Alpha Oumar Bah — AOB —, qu’on aurait été plus enclin à prendre pour un condisciple étudiant ou un pote de beuverie, tant il pouvait passer inaperçu, avait surgi en apôtre érudit dans notre existence de lycéens frais émoulus, pour nous épater et insidieusement nous aider à mieux supporter le dépaysement du Kania, l’absence de nos familles, la nostalgie de nos ami(e)s et de nos provenances diverses.

Son génie précoce notoire suscita tout de suite l’unanimité et le respect, y compris chez nos plus exigeants camarades matheux, pourtant esprits avisés et grandes gueules enclins à tourner en bourrique les profs fussent-ils les plus calés, et les affubler de surnoms des plus moqueurs. De par son érudition en économie, entre autres, qu’il nous dispensait d’un brio rare; son humanisme; sa modestie;  AOB ne nous quittera plus…

Le grouillement estudiantin de ‘’ New York ’’ dût-il s’empreindre de l’ardeur la plus studieuse qui soit par le droit de Kandas Condé , la comptabilité de Cherif , la microéconomie de feu Grand C et même l’austère algèbre des anneaux et des corps de Dr Diakité épaulé ou non de son suppléant Ray Zigger, voire la statistique de feu Bangaly Samara , ou je ne sais quel autre cours, la macroéconomie d’AOB avait occupé une place de choix chez Alpha Boubacar , Sadabou, Ibrahima Katty, Thierno, Thierno Ibrahima,  Mister, Imam, Mamadou Yaya, Big Dabo, Amina, Djenabou Kokoumah, Fa’ mata, Kesso, Dalanda, Adama Mory,  Lamarana, la majeure de pro, et les filles.

Le foyer Kosovo eût-il beau embaumer ses habitants, les ‘’ Kosovars ‘’ que nous étions, ou ses autres visiteurs feutrés du soir, d’effluves religieuses à travers la mielleuse voix d’ ‘’Iman bandit’’, Alpha Boubacar Bah.  Que le campus parût hanté des W.-C. par ‘’ Marie claire’’, l’étrange belle aux bois dormants, dans les dortoirs bruyants ou désertés le week-end, Aboubacar  Sidiki Condé (Condé), Malal Sow, p’tit Magass, son cousin Barry, Moro Galvao, Abdoulaye Daffé, Sow court, Toumi’ s club, Chef Mamadouba  avaient prolongé la nuit plus qu’il ne le fallait en de querelles byzantines au tour du revenu transitoire de Keynes qu’AOB nous avait expliqué en cours. 

Qui plus est, jusqu’aux abords de la Nationale, les cantines de fortune, prises d’assaut le soir ou sous le soleil de plomb au zénith, odoriférant de la salade de Bijou, du togué de Marimar, du riz matinal au soumbala fumant en guise de petit déjeuner, résonnaient des prestations magistrales d’AOB.

Ici et là, en ce lieu névralgique de Foulayah, les gargotes de riz, les bistrots de café, le mirador sous les manguiers que nous envahissions en coupeurs de route peu malveillants et flics débonnaires, mais racoleurs un poil trop, s’étaient mués en amphithéâtre pour prolonger les concepts refilés en macro, que Fawaz («le seul blanc du campus »), ‘’Comment Tobo’’, Djénémory Keita, Sény, Kabinet Sangaré avaient déployé un zèle inouï à apprendre. Chez Amina, Sadabou, I.B, Alya, Ouliane, Sény, Amadou, cela se dût d’être buché comme une prière salvatrice.

Même chez les juristes Gandho, Ibou, Diarré, Fofanah et leurs congénères, nos voisins de palier, pourtant loin d’être des affidés de notions économiques alambiqués saupoudrées de mathématiques, la maestria d’AOB avait fait des échos.

L’année suivante, en 2e année, à Conakry loin de Foulayah et ses misères que les audiences one man show de Rabiakah avaient davantage éloigné encore, nous retrouvâmes AOB toujours aussi brillant à jongler avec les intégrales les plus complexes pour nous démystifier la théorie de consommation de Modigliani, nous initier à l’orthodoxie libérale de Milton Friedman et des Chicago Boys, ou approfondir Keynes.

Une perle rare humainement et socialement au-delà du grand esprit, disparait

Digne représentant de la grande école guinéenne telle qu’on voudrait qu’elle fût, AOB était l’étoile qui brillait dans le ciel peu dégagé de l’université guinéenne, son  porte—étendard parfait, l’élève qui a dépassé son maitre, qui rendait fiers Madame faro, son mentor et protectrice ainsi que son compère Bangaly Condé; l’exception qui enorgueillira encore longtemps l’Éducation nationale. Une perle rare humainement et socialement, au—delà du grand esprit qu’il fut.

Discret et modeste, se tenant loin des trafics de notes avec les étudiantes notamment et autres combines en tous genres, monnaie courante chez certains profs guinéens, qui ne s’en cachent d’ailleurs point, AOB, au pas alerte et aux  grands yeux ceints de kohl naturel semblant fixer des horizons mystiques, religieux, plus lointains du savoir, relève du monde des érudits probes et dévoués. 

Son génie ne souffrant d’aucune contestation, ses preuves suffisamment faites au pays, AOB viendra fourbir ses armes à l’ULB (Université libre de Bruxelles) d’où il repartit non sans justifier toute sa réputation d’excellence avec un DESS en économie et finance en poche, avant de poursuivre sa procession érudite en Angleterre pour un séjour linguistique.

En dépit de compenses réelles pouvant lui permettre de rester en Occident et monnayer son talent, comme bon nombre le font, AOB choisira de retourner en Guinée pour continuer à servir la patrie. Hélas! L’atmosphère sociopolitique empuantie de la présidentielle de 2010 et son corolaire d’abjections dont il se plaignait tant, incitera AOB à son corps défendant à suspendre l’enseignement. L’ignoble politicaillerie nationale privant du coup, une fois de plus, cette jeunesse guinéenne qui a pourtant grand besoin de se former, de compétences réelles. 

Qu’importe, AOB finira plus haut, cadre technique au FMI, comme les cimes et le piédestal ont toujours été son lot.

« Celui qui te donne le savoir, te donne la vie »

Pour moi et bien de jeunes guinéens, AOB, à qui nous resterons redevables pour toujours, demeure une sorte de second géniteur, une référence. Et sa disparition, certainement une perte pour l’Afrique et la Guinée d’un des ses plus brillants économistes, n’équivaudrait sans nul doute qu’à la mort de John Maynard Keynes dont il était adepte jusqu’au mimétisme dans la prodigisioté. Je paie aux mots ma gratitude à AOB parti dans la fleur de l’âge, tôt, trop tôt.

Repose en paix et pour toujours au paradis éternel, AOB! Nous nous reverrons certainement un jour…

Oury Baldé

2016-04-10 23:14:32 Anonymous
2016-04-10 23:14:15 Fatou BALDE YANSANE

2016-04-10 20:33:45

Ado encore rêveur, bouffi d’insouciance et d’intrépidité juvéniles, je sortais du lycée comme la plupart de mes promotionnaires étudiants venus d’un peu partout de la Guinée, le bac juste en poche, pour atterrir en fac d’économie dans cette bourgade de Foulayah. Recluse aux encablures de Kindia de sorte à plus affirmer l’autorité de la ville sur sa périphérie en dépit de l’intérêt de cette dernière, que pour entériner la décision du  Ministère de l’éducation nationale de conserver le rôle de centre de formation, jadis « séminaire de Foulayah », qu’a eu le patelin sous la « Révolution », même plus de 20 ans après.  C’était à l’orée des années 2000.

Un jeune et brillant enseignant, parfaite incarnation des âmes bien nées à la valeur tôt affirmée, professeur de macroéconomie , Alpha Oumar Bah — AOB —, qu’on aurait été plus enclin à prendre pour un condisciple étudiant ou un pote de beuverie, tant il pouvait passer inaperçu, avait surgi en apôtre érudit dans notre existence de lycéens frais émoulus, pour nous épater et insidieusement nous aider à mieux supporter le dépaysement du Kania, l’absence de nos familles, la nostalgie de nos ami(e)s et de nos provenances diverses.

Son génie précoce notoire suscita tout de suite l’unanimité et le respect, y compris chez nos plus exigeants camarades matheux, pourtant esprits avisés et grandes gueules enclins à tourner en bourrique les profs fussent-ils les plus calés, et les affubler de surnoms des plus moqueurs. De par son érudition en économie, entre autres, qu’il nous dispensait d’un brio rare; son humanisme; sa modestie;  AOB ne nous quittera plus…

Le grouillement estudiantin de ‘’ New York ’’ dût-il s’empreindre de l’ardeur la plus studieuse qui soit par le droit de Kandas Condé , la comptabilité de Cherif , la microéconomie de feu Grand C et même l’austère algèbre des anneaux et des corps de Dr Diakité épaulé ou non de son suppléant Ray Zigger, voire la statistique de feu Bangaly Samara , ou je ne sais quel autre cours, la macroéconomie d’AOB avait occupé une place de choix chez Alpha Boubacar , Sadabou, Ibrahima Katty, Thierno, Thierno Ibrahima,  Mister, Imam, Mamadou Yaya, Big Dabo, Amina, Djenabou Kokoumah, Fa’ mata, Kesso, Dalanda, Adama Mory,  Lamarana, la majeure de pro, et les filles.

Le foyer Kosovo eût-il beau embaumer ses habitants, les ‘’ Kosovars ‘’ que nous étions, ou ses autres visiteurs feutrés du soir, d’effluves religieuses à travers la mielleuse voix d’ ‘’Iman bandit’’, Alpha Boubacar Bah.  Que le campus parût hanté des W.-C. par ‘’ Marie claire’’, l’étrange belle aux bois dormants, dans les dortoirs bruyants ou désertés le week-end, Aboubacar  Sidiki Condé (Condé), Malal Sow, p’tit Magass, son cousin Barry, Moro Galvao, Abdoulaye Daffé, Sow court, Toumi’ s club, Chef Mamadouba  avaient prolongé la nuit plus qu’il ne le fallait en de querelles byzantines au tour du revenu transitoire de Keynes qu’AOB nous avait expliqué en cours. 

Qui plus est, jusqu’aux abords de la Nationale, les cantines de fortune, prises d’assaut le soir ou sous le soleil de plomb au zénith, odoriférant de la salade de Bijou, du togué de Marimar, du riz matinal au soumbala fumant en guise de petit déjeuner, résonnaient des prestations magistrales d’AOB.

Ici et là, en ce lieu névralgique de Foulayah, les gargotes de riz, les bistrots de café, le mirador sous les manguiers que nous envahissions en coupeurs de route peu malveillants et flics débonnaires, mais racoleurs un poil trop, s’étaient mués en amphithéâtre pour prolonger les concepts refilés en macro, que Fawaz («le seul blanc du campus »), ‘’Comment Tobo’’, Djénémory Keita, Sény, Kabinet Sangaré avaient déployé un zèle inouï à apprendre. Chez Amina, Sadabou, I.B, Alya, Ouliane, Sény, Amadou, cela se dût d’être buché comme une prière salvatrice.

Même chez les juristes Gandho, Ibou, Diarré, Fofanah et leurs congénères, nos voisins de palier, pourtant loin d’être des affidés de notions économiques alambiqués saupoudrées de mathématiques, la maestria d’AOB avait fait des échos.

L’année suivante, en 2e année, à Conakry loin de Foulayah et ses misères que les audiences one man show de Rabiakah avaient davantage éloigné encore, nous retrouvâmes AOB toujours aussi brillant à jongler avec les intégrales les plus complexes pour nous démystifier la théorie de consommation de Modigliani, nous initier à l’orthodoxie libérale de Milton Friedman et des Chicago Boys, ou approfondir Keynes.

Une perle rare humainement et socialement au-delà du grand esprit, disparait

Digne représentant de la grande école guinéenne telle qu’on voudrait qu’elle fût, AOB était l’étoile qui brillait dans le ciel peu dégagé de l’université guinéenne, son  porte—étendard parfait, l’élève qui a dépassé son maitre, qui rendait fiers Madame faro, son mentor et protectrice ainsi que son compère Bangaly Condé; l’exception qui enorgueillira encore longtemps l’Éducation nationale. Une perle rare humainement et socialement, au—delà du grand esprit qu’il fut.

Discret et modeste, se tenant loin des trafics de notes avec les étudiantes notamment et autres combines en tous genres, monnaie courante chez certains profs guinéens, qui ne s’en cachent d’ailleurs point, AOB, au pas alerte et aux  grands yeux ceints de kohl naturel semblant fixer des horizons mystiques, religieux, plus lointains du savoir, relève du monde des érudits probes et dévoués. 

Son génie ne souffrant d’aucune contestation, ses preuves suffisamment faites au pays, AOB viendra fourbir ses armes à l’ULB (Université libre de Bruxelles) d’où il repartit non sans justifier toute sa réputation d’excellence avec un DESS en économie et finance en poche, avant de poursuivre sa procession érudite en Angleterre pour un séjour linguistique.

En dépit de compenses réelles pouvant lui permettre de rester en Occident et monnayer son talent, comme bon nombre le font, AOB choisira de retourner en Guinée pour continuer à servir la patrie. Hélas! L’atmosphère sociopolitique empuantie de la présidentielle de 2010 et son corolaire d’abjections dont il se plaignait tant, incitera AOB à son corps défendant à suspendre l’enseignement. L’ignoble politicaillerie nationale privant du coup, une fois de plus, cette jeunesse guinéenne qui a pourtant grand besoin de se former, de compétences réelles. 

Qu’importe, AOB finira plus haut, cadre technique au FMI, comme les cimes et le piédestal ont toujours été son lot.

« Celui qui te donne le savoir, te donne la vie »

Pour moi et bien de jeunes guinéens, AOB, à qui nous resterons redevables pour toujours, demeure une sorte de second géniteur, une référence. Et sa disparition, certainement une perte pour l’Afrique et la Guinée d’un des ses plus brillants économistes, n’équivaudrait sans nul doute qu’à la mort de John Maynard Keynes dont il était adepte jusqu’au mimétisme dans la prodigisioté. Je paie aux mots ma gratitude à AOB parti dans la fleur de l’âge, tôt, trop tôt.

Repose en paix et pour toujours au paradis éternel, AOB! Nous nous reverrons certainement un jour…

Oury Baldé

2016-04-10 23:14:32 Fatou BALDE YANSANE
2016-04-10 23:14:15 baldewin

2016-04-10 20:33:45

Ado encore rêveur, bouffi d’insouciance et d’intrépidité juvéniles, je sortais du lycée comme la plupart de mes promotionnaires étudiants venus d’un peu partout de la Guinée, le bac juste en poche, pour atterrir en fac d’économie dans cette bourgade de Foulayah. Recluse aux encablures de Kindia de sorte à plus affirmer l’autorité de la ville sur sa périphérie en dépit de l’intérêt de cette dernière, que pour entériner la décision du  Ministère de l’éducation nationale de conserver le rôle de centre de formation, jadis « séminaire de Foulayah », qu’a eu le patelin sous la « Révolution », même plus de 20 ans après.  C’était à l’orée des années 2000.

Un jeune et brillant enseignant, parfaite incarnation des âmes bien nées à la valeur tôt affirmée, professeur de macroéconomie , Alpha Oumar Bah — AOB —, qu’on aurait été plus enclin à prendre pour un condisciple étudiant ou un pote de beuverie, tant il pouvait passer inaperçu, avait surgi en apôtre érudit dans notre existence de lycéens frais émoulus, pour nous épater et insidieusement nous aider à mieux supporter le dépaysement du Kania, l’absence de nos familles, la nostalgie de nos ami(e)s et de nos provenances diverses.

Son génie précoce notoire suscita tout de suite l’unanimité et le respect, y compris chez nos plus exigeants camarades matheux, pourtant esprits avisés et grandes gueules enclins à tourner en bourrique les profs fussent-ils les plus calés, et les affubler de surnoms des plus moqueurs. De par son érudition en économie, entre autres, qu’il nous dispensait d’un brio rare; son humanisme; sa modestie;  AOB ne nous quittera plus…

Le grouillement estudiantin de ‘’ New York ’’ dût-il s’empreindre de l’ardeur la plus studieuse qui soit par le droit de Kandas Condé , la comptabilité de Cherif , la microéconomie de feu Grand C et même l’austère algèbre des anneaux et des corps de Dr Diakité épaulé ou non de son suppléant Ray Zigger, voire la statistique de feu Bangaly Samara , ou je ne sais quel autre cours, la macroéconomie d’AOB avait occupé une place de choix chez Alpha Boubacar , Sadabou, Ibrahima Katty, Thierno, Thierno Ibrahima,  Mister, Imam, Mamadou Yaya, Big Dabo, Amina, Djenabou Kokoumah, Fa’ mata, Kesso, Dalanda, Adama Mory,  Lamarana, la majeure de pro, et les filles.

Le foyer Kosovo eût-il beau embaumer ses habitants, les ‘’ Kosovars ‘’ que nous étions, ou ses autres visiteurs feutrés du soir, d’effluves religieuses à travers la mielleuse voix d’ ‘’Iman bandit’’, Alpha Boubacar Bah.  Que le campus parût hanté des W.-C. par ‘’ Marie claire’’, l’étrange belle aux bois dormants, dans les dortoirs bruyants ou désertés le week-end, Aboubacar  Sidiki Condé (Condé), Malal Sow, p’tit Magass, son cousin Barry, Moro Galvao, Abdoulaye Daffé, Sow court, Toumi’ s club, Chef Mamadouba  avaient prolongé la nuit plus qu’il ne le fallait en de querelles byzantines au tour du revenu transitoire de Keynes qu’AOB nous avait expliqué en cours. 

Qui plus est, jusqu’aux abords de la Nationale, les cantines de fortune, prises d’assaut le soir ou sous le soleil de plomb au zénith, odoriférant de la salade de Bijou, du togué de Marimar, du riz matinal au soumbala fumant en guise de petit déjeuner, résonnaient des prestations magistrales d’AOB.

Ici et là, en ce lieu névralgique de Foulayah, les gargotes de riz, les bistrots de café, le mirador sous les manguiers que nous envahissions en coupeurs de route peu malveillants et flics débonnaires, mais racoleurs un poil trop, s’étaient mués en amphithéâtre pour prolonger les concepts refilés en macro, que Fawaz («le seul blanc du campus »), ‘’Comment Tobo’’, Djénémory Keita, Sény, Kabinet Sangaré avaient déployé un zèle inouï à apprendre. Chez Amina, Sadabou, I.B, Alya, Ouliane, Sény, Amadou, cela se dût d’être buché comme une prière salvatrice.

Même chez les juristes Gandho, Ibou, Diarré, Fofanah et leurs congénères, nos voisins de palier, pourtant loin d’être des affidés de notions économiques alambiqués saupoudrées de mathématiques, la maestria d’AOB avait fait des échos.

L’année suivante, en 2e année, à Conakry loin de Foulayah et ses misères que les audiences one man show de Rabiakah avaient davantage éloigné encore, nous retrouvâmes AOB toujours aussi brillant à jongler avec les intégrales les plus complexes pour nous démystifier la théorie de consommation de Modigliani, nous initier à l’orthodoxie libérale de Milton Friedman et des Chicago Boys, ou approfondir Keynes.

Une perle rare humainement et socialement au-delà du grand esprit, disparait

Digne représentant de la grande école guinéenne telle qu’on voudrait qu’elle fût, AOB était l’étoile qui brillait dans le ciel peu dégagé de l’université guinéenne, son  porte—étendard parfait, l’élève qui a dépassé son maitre, qui rendait fiers Madame faro, son mentor et protectrice ainsi que son compère Bangaly Condé; l’exception qui enorgueillira encore longtemps l’Éducation nationale. Une perle rare humainement et socialement, au—delà du grand esprit qu’il fut.

Discret et modeste, se tenant loin des trafics de notes avec les étudiantes notamment et autres combines en tous genres, monnaie courante chez certains profs guinéens, qui ne s’en cachent d’ailleurs point, AOB, au pas alerte et aux  grands yeux ceints de kohl naturel semblant fixer des horizons mystiques, religieux, plus lointains du savoir, relève du monde des érudits probes et dévoués. 

Son génie ne souffrant d’aucune contestation, ses preuves suffisamment faites au pays, AOB viendra fourbir ses armes à l’ULB (Université libre de Bruxelles) d’où il repartit non sans justifier toute sa réputation d’excellence avec un DESS en économie et finance en poche, avant de poursuivre sa procession érudite en Angleterre pour un séjour linguistique.

En dépit de compenses réelles pouvant lui permettre de rester en Occident et monnayer son talent, comme bon nombre le font, AOB choisira de retourner en Guinée pour continuer à servir la patrie. Hélas! L’atmosphère sociopolitique empuantie de la présidentielle de 2010 et son corolaire d’abjections dont il se plaignait tant, incitera AOB à son corps défendant à suspendre l’enseignement. L’ignoble politicaillerie nationale privant du coup, une fois de plus, cette jeunesse guinéenne qui a pourtant grand besoin de se former, de compétences réelles. 

Qu’importe, AOB finira plus haut, cadre technique au FMI, comme les cimes et le piédestal ont toujours été son lot.

« Celui qui te donne le savoir, te donne la vie »

Pour moi et bien de jeunes guinéens, AOB, à qui nous resterons redevables pour toujours, demeure une sorte de second géniteur, une référence. Et sa disparition, certainement une perte pour l’Afrique et la Guinée d’un des ses plus brillants économistes, n’équivaudrait sans nul doute qu’à la mort de John Maynard Keynes dont il était adepte jusqu’au mimétisme dans la prodigisioté. Je paie aux mots ma gratitude à AOB parti dans la fleur de l’âge, tôt, trop tôt.

Repose en paix et pour toujours au paradis éternel, AOB! Nous nous reverrons certainement un jour…

Oury Baldé

2016-04-10 23:14:32 baldewin
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