chers lecteurs de guineepresse.info, votre site est en pleine mue pour mieux vous servir en alliant confort de lecture, sécurité et intégration des dernières technologies en la matière. Il est de nouveau en ligne, mais ceci n'est encore qu'un désigne provisoire. Vous le verrez très bientôt dans son nouveau costume définitif. Merci encore de votre patience.

Vous êtes aux archives de guineepresse.info

 

Une histoire de justice et un risque de conflit social !

Date de publication:2007-12-03 07:48:41
Comme dans tous les secteurs de l'administration guinéenne, il y a des cadres compétents et intègres. Mais les Malinkés disent que si vous avez la bouche pleine de bonnes arachides, il  suffirait une seule graine pourrie pour que vous soyez obligé de cracher la totalité. En réalité même cela ne suffit pas souvent: il faut se rincer la bouche en plus. C'est la situation amère dans laquelle le peuple guinéen vit depuis l'indépendance.
 
Tout récemment, les hommes en blouse noire dénonçaient les abus à l'encontre des avocats. Ces abus, selon eux, sont un facteur de remise en cause de l'Etat de droit et du bon fonctionnement du système judiciaire guinéen. Paradoxalement, même ces "braves" combattants pour l'Etat de droit évitent soigneusement de toucher le vrai problème de la justice guinéenne: celui des juges corrompus et professionnellement inconscients qui font la honte de la blouse noire et du système judiciaire dans son ensemble. Nous vous faisons vivre une histoire qui illustre parfaitement cette situation. Le risque est grand mais il faut que nous commencions à dire "NON" à ces pratiques qui génèrent des frustrations sociales et augmentent les risques de conflits sociaux dans un pays en plaine mutation politique.
 
Sékou Barry parle
 
« Mon grand frère feu Sergent Mohamed Barry (Aviation militaire) a acheté un terrain en juin 2002 à Sonfonia. L'achat fut conclu avec les frères Salifou et son aîné Elhadj Lamina Camara. Tous ont signé et les papiers officiels furent établis au niveau des autorités locales. Le vieux Lamina qui est le doyen égorgea en personne le mouton sacrifice qui marqua le début des travaux de soubassement. Ses épouses et celles de son petit frère Salifou aidèrent activement à préparer les repas avec la moitié du mouton. L'autre moitié fut répartie entre les présents et les voisins, dont la même famille Camara en grande partie. Après le repas, le même vieux Lamina eut l'honneur de clôturer la cérémonie par des bénédictions. »
 
La famille Barry est plus que contente: tout part bien pour un bon voisinage ! Ils sont si ouverts et gentils ces gens-là, se dit-on !
 
Pour les travaux, la famille Barry renonça à son choix initial pour engager Abdoulaye Camara, le petit frère des deux (Salifou et Elhadj Lamina Camara) comme maçon. Cela renforce les liens des deux familles, se dit-on !
 
Malheureusement, le Sergent Mohamed Barry tombe malade et décède en septembre 2002, laissant deux enfants (2 et 5 ans) derrière lui. Son petit frère S. Barry continue les travaux mais les arrête un moment pour cause d'absence à Conakry. L'un des vendeurs, Salifou Camara décède à son tour. Un beau jour, S. Barry qui passe voir le terrain et envoie un chargement de sable pour continuer les travaux est interpellé par le vieux Lamina qui lui dit d'arrêter d'abord les travaux sur le terrain parce que selon lui, il y a un petit problème à régler d'abord. Les voisins l’informent que le vieux a revendu le terrain à une famille peuhle pendant son absence. Il constate que les bornes ont été déplacées et une partie du terrain, celle qui contient le puits que lui-même a fait creuser, est récupérée par la famille du vieux Lamina Camara avant de chercher à vendre l’autre côté.
 
La famille lui demande de porter immédiatement plainte. Devant les autorités, le vieux Lamina présente sa nièce M'Baliya comme la propriétaire du terrain. Il prétend qu'il avait offert la partie à sa nièce et ignorait qu'elle ne savait pas pour la vente !
C’est bien le vieux musulman et père de grande famille, Elhadj Lamina Camara, qui a vendu le terrain et dirigé les sacrifices pour le démarrage des travaux de construction qui parle ainsi ! Ferait-il le carême en ce moment ? Que dit-il à Dieu en se mettant sur son tapis de prière ?
 
La famille Barry suit les démarches avec l’huissier Maître Konaté et l’avocat Maître Barry. Le dossier arrive au tribunal 1.ère instance Conakry 2.
 
Références:
 
RP 354 Numéro d'inscription: 70
Deuxième cabinet (Conakry II TPI)
MPC / Mohamed Lamine Camara et M'Baliya Camara
 
Stellionat
 
PC A. Sékou Barry
 
Juge d'inscription chargé du dossier:    Mr. Mamadou Traoré
 
En juillet 2007, la vieille maman de feu Sergent Mohamed Barry, une femme qui se résigne difficilement devant l’injustice et qui continue encore à souffrir de la mort de son fils, quitte la Guinée profonde pour venir réclamer justice. Guidée par l’émotion et profondément blessée, elle fait des démarches personnelles et va demander justice pour ces deux petits enfants au PM Lansana Kouyaté en personne. Ce dernier l’aurait rassurée qu’ayant les preuves officielles que le terrains appartient à son defunt fils, elle retrouverait son terrain sans problème avant de l’envoyer au ministre de l'Habitat pour que l’on s’occupe de l’affaire. Et le Premier Ministre et celui de l’Habitat ont été très rassurants et gentils avec la vieille. « Les temps ont changé et personne ne peut vous renier la propriété du terrain avec ces documents officiels », lui dit-on. Rassurée, la maman retourne à l’intérieur du pays et laisse S. Barry suivre le dossier.
 
Le ministère de l’Habitat envoie des agents sur le terrain pour mener ses propres enquêtes. Les cadres de ce ministère découvrent qu’effectivement, le terrain enregistré officiellement au nom de Mohamed Barry ne répond plus à ses dimensions initiales qui se trouvent dans les dossiers et que la partie du puits était bien inclue. Ils retracent les limites et font un rapport là-dessus. « Si le problème ne se trouvait pas au tribunal, l’Habitat aurait tranché en remettant le terrain intégral aux deux enfants de feu Mohamed Barry », déclare un haut cadre du ministère.
 
On propose donc de joindre le rapport au dossier judiciaire et laisser la justice faire son travail comme dans tout Etat de droit. Ce n’est plus qu’une question de procedure, dit-on à la famille Barry. Paradoxalement, ce rapport n’est pas transmis à la justice ! Pourtant, l’Habitat a bien fait son travail.
 
C’est au tribunal que la procédure administrative prend toute autre tournure que normale : le juge Mr. Mamadou Traoré, après avoir étudié le dossier, convoque S. Barry. Il lui demande de donner quelque chose pour que la procédure aille vite et qu’il décide de restituer le terrain sans la possibilité d’appel.
S. Barry demande combien ? Il répond, « il faut voir là bas, ce que vous pouvez donner ! ».
S. Barry répond : 500 milles ! Le juge s’étonne et déclare : « Vous êtes entrain de donner beaucoup d’argent aux avocats alors que c’est moi le juge qui ai la décision en main. J’aurais demandé 5 millions en principe si vous n’aviez pas un bon dossier et des preuves irréfutables. Compte tenu de ces faits, je vous demande donc 2 millions. C’est au moins ça ou rien. Il ne faut pas penser que c’est une corruption. Je suis vieux et, dans tous les cas, vous devez me donner aussi à manger ! »
 
S. Barry se concerte avec la famille. Cette dernière lui demande de parler avec l’Huissier et l’avocat. Ces deux font leur recommandation :
 
« Nous attendons de ce nouveau gouvernement, un changement dont nous devons nous-même être acteurs. Alors soyons conséquents avant d’être exigeants avec le gouvernement ! Favorisons le changement de mentalité. Ne cherchons pas à acheter le jugement. C’est le conseil que je peux vous donner moi. De toute façon, le juge ne peut que prononcer le droit et la raison ici. », déclare Mr. Barry
 
« Ce que vous allez faire, c’est de ne pas payer le juge pour qu’il fasse son travail. Sinon, le plus payant remporterait de toutes les façons. Or, le vieux Lamina aurait déjà encaissé 20 millions sur le prix de la vente. Il pourrait donner plus lors que le même juge lui parlerait de vos 2 millions. », dit à son tour Mr. Konaté
 
Ainsi, la famille se concerte et décide ce qui suit : on laisse le juge trancher en toute conscience. S’il juge sans se laisser corrompre, on lui dit « Merci » et l’encourage dans cette façon de faire en lui donnant le double de ce qu’il demande. Mais pas question de payer son jugement !
Ainsi, tout le monde attend ; le juge Mr. Mamadou Traoré aussi.
 
Choqué de ne plus entendre de la famille Barry, il se prononce en violant la procédure : pas d’audience, pas de confrontation des partis malgré le récit de S. Barry et des témoignages du quartier. Il rejette simplement la plainte en donnant raison aux voleurs, par une ordonnance !
 
Entre temps, le premier preneur aurait désisté. Le vieux Lamina et son frère Maçon Abdoulaye Camara aurait maintenant cherché un nouveau preneur, fort du jugement scandaleux de Mamadou Traoré.
 
Nous avons décidé de relater les faits dans l’ensemble. Car, ces comportements irresponsables de certains juges, dans des cas aussi sensibles et à des moments aussi critiques peuvent avoir des conséquences sociales incalculables. La Famille Barry croit encore en la justice malgré cette déception. Mais elle est décidée à ne pas céder dans cette affaire et à en découdre avec le groupe du vieux Lamina directement si nécessaire.
 
A défaut d’une justice, cette affaire peut déboucher sur des affrontements qui pourraient entraîner deux grandes familles, avec les risques que cela comporte en ce moment. Car, malgré le fait que certains membres de la famille Camara désapprouvent ouvertement l’acte « honteux et déshonorant » du vieux Lamina, un conflit avec un tel père de famille déboucherait forcément à la solidarité parentale de part et d’autre.
 
Une chose est sure : ce vieux septuagénaire Lamina Camara a gravement empoisonné le climat de bon voisinage entre les deux familles. Espérons que la famille Barry saurait se rappeler qu’il a été désavoué par même certains de ces propres enfants dans cette affaire et que c’est un de ses propres frères qui a averti S. Barry du déplacement des bornes et du projet de vente.
 
La Justice guinéenne peut et doit se reformer elle-même. Ces détournements de terrain sont devenus trop fréquents et de plus en plus révoltants. Il faut minimiser les risques de conflits sociaux en encourageant les populations à plutôt recourir à la loi qu’aux règlements personnels.
 
 
SADIO BARRY

Commentaires


Retour: http://guineepresse.info/index.php/archives

Imprimer   E-mail

Publish modules to the "offcanvs" position.