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Accord entre le club de Paris et la Guinée

Date de publication:2008-01-26 19:51:29

Les choses  étant ce qu'elles sont  pour la Guinée, je considère que la conclusion de cet accord est  une bonne nouvelle, ce n'est pas  toujours fréquent, pour notre pays car il ne s'agit pas là de pour ou contre un Gouvernement, c'est de la Guinée dont il s'agit. En effet, par delà les équipes gouvernementales qui se suivent, une dette au niveau d'un pays est une charge pour les générations présentes et à venir tant qu'elle n'est pas éteinte. Le fait de savoir à quoi a servi l'endettement de notre pays est une question de fond mais  qui n'efface pas le fait que nous soyons endettés vis-à-vis de l'extérieur et que d'une façon ou d'une autre il faudra un jour rembourser et toute équipe nouvelle gouvernementale trouvera en face ce problème. Aujourd'hui, cette dette de la Guinée  avait atteint un niveau rédhibitoire de tout progrès économique et social.

Tout pays africain et d'ailleurs traînant son lot de dette extérieure,  passer, pour l'économie guinéenne d'une réduction de 415 millions à 37 millions de dollars, le service de la dette due par notre pays aux créanciers du Club de Paris entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2010, est un succès qu'il faut relever. Mais il faut aussitôt ajouter que l'on espère que l'amplitude d'allègement  de charge ainsi enregistrée  et qui de ce fait apparaît sur la période considérée comme "un enrichissement" devra permettre  de faire face à des urgences plutôt  qu'à des frivolités. Du reste, il est dit  selon l'accord que " La Guinée s'est engagée à utiliser les ressources libérées par le présent traitement de sa dette pour les  objectifs prioritaires identifiés dans le cadre de son document stratégique de réduction de la pauvreté". Si d'aventure,  cette nouvelle situation conduit le Gouvernement à préférer consacrer des dépenses à l'organisation des fêtes du cinquantenaire  de l'indépendance, il ne s'agira ni moins ni plus que  d'une démonstration d'inconscience  et d'irresponsabilité devant la montagne de calamités dont est jonché le sol de Guinée.

Beaucoup de guinéens estiment que le pays a d'autres priorités que la fête de 50 années d'une indépendance de larmes, de
sang, de douleur et de milliers de morts pour rien.
D'abord, dans le  cas guinéen, pourquoi ne pas opérer ici une rupture salutaire  avec cette stupide  pratique  de la fête pour la fête, de la commémoration  pour la commémoration Et puis commémorer quoi? L'indépendance ? Oui! Rien ne vaut l'indépendance d'un peuple mais celle que nous avons vécue jusqu'ici, n'est pas de l'indépendance mais une forme de  colonisation d'un peuple par une minorité qui ne s'est maintenue que par la force brutale. Depuis 1958 le colon n'est plus le blanc venu de l'autre côté de l'océan; il est noir comme la plupart des guinéens mais il n'a pas la même perception du noble mot « indépendance » qu'eux. Je  suis convaincu que l'indépendance  soit venue en Guinée en 1958, 1960 ou après elle serait irrémédiablement venue un jour.

On ne connaît pas dans l'histoire de colonisation du type de la nôtre qui ait survécu indéfiniment. A  moins que ce ne soit l'exemple que, entre autres, l’Amérique du Nord a connu: les indigènes y  ont été liquidés par les colons européens, c'est à ce prix que ceux-ci sont devenus propriétaires du sol. Notre colonisation, bien qu'ayant comporté des aspects humainement dégradants n'a pas revêtu la philosophie génocidaire  de la colonisation des Amériques, heureusement pour nous. Donc à partir de là et notamment des bouleversements  de la IIe Guerre mondiale et, après, la présence, face à face de deux blocs antagonistes, l'indépendance des territoires coloniaux  était un fait perceptible dans l'évolution du monde dès l'immédiat après-guerre. C'est pourquoi, je dis qu'il faut relativiser la fixation sur une date mythique, le 28 septembre 1958 qui n'a pas apporté ce que nous guinéens en attendions: la Liberté, la Dignité, le plein épanouissement de notre condition humaine. Au lieu de ces perspectives, beaucoup de nos compatriotes, même analphabètes  ont fait, font toujours mains et pieds pour venir s'installer au pays de l'ancien colonisateur où ils espèrent trouver un peu de bonheur. Un grand nombre de ceux restés au pays connaissent une misère dont on n'a pas  d'équivalent historique  dans le cadre géographique actuel de l'Etat guinéen. Seule une minorité de repus de cette indépendance préfère s'accrocher au mythe du 28 septembre pour justement conserver les avantages qu'ils en tirent pour eux et les leurs. Toute honte bue, on aurait pu se passer d'une telle indépendance. En dehors de cette date mythique  de septembre 1958, je suis absolument convaincu, je le répète  que l'indépendance aurait eu  rendez-vous, un jour  avec le peuple guinéen.

C'est pourquoi, j'ai parlé de rupture avec des mythes, des  commémorations bidons, d'abandon  dans la phase actuelle de nos difficultés, de l'esprit de fête. Des fêtes organisées  à tout propos caractérisent des sociétés en décadence depuis la plus Haute- Antiquité ( voyez Sodome et Gomorrhe, la Rome décadente du puissant  Empire romain et plus près de nous dans les empires coloniaux et  leurs bals des gouverneurs). Dans la typologie internationale des pays, nous guinéens, faisons partie des jeunes nations, celles qui sont en chantiers de construction. Retroussons donc  les manches et au travail ! On en goûtera que mieux les fêtes qui viendront après. Pour l'heure, l'allègement du fardeau  de notre dette extérieure peut, peut-être, pour une toute petite part, aider à atténuer  la pauvreté des guinéens les plus écrasés par la misère mais peut  aussi contribuer  aux coûts d'organisation d'élections aux normes internationales pour une meilleure gestion du pays  et pourquoi pas aussi  à l'organisation de cette conférence nationale tant souhaitée  pour un bilan global des 50 ans d'indépendance, nécessaire à l'apaisement de la Guinée.

                      Ansoumane Doré
                      (Dijon, France)
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