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Guinée : pourquoi les militaires voulaient-ils exercer les fonctions de juges à la place des magistrats

Date de publication:2009-08-13 11:35:36

 2009-08-13 13:33:59

Le 10 février 2009, lors de sa rencontre avec les hauts cadres de l’administration, le chef de la junte Moussa Dadis Camara a fait lever deux magistrats pour les humilier et leur apprendre qu’ils sont radiés de l’administration guinéenne. Puis, il demande à son ministre de la justice, un militaire, de radier tous les magistrats en grève. 

Si beaucoup d’entre nous avons critiqué le comportement de Dadis, c’est pour le principe et contre un acte digne d’un garçon sans culture ni éducation qui, non seulement bafoue la fonction du chef‘de l’Etat en Guinée mais véhicule également une image négative de notre pays dans le monde. Sinon, la justice est le secteur le plus pourri de l’administration guinéenne après l’armée. Il est de coutume d’entendre dans les couloires de la justice guinéenne : « Ah, on n’a presque rien gagné aujourd’hui », comme s’il s’agissait d’un magasin de vente. A tous les niveaux (Greffiers, Procureurs, Juges comme Avocats), les justiciables sont appelés « clients » en Guinée.
 
«Chez moi, il n’y a que deux articles : Article premier, c’est la vérité et l’article 2, c’est le mensonge, terre à terre ….(Lire 1)
 
Par la faute des magistrats, l’auteur de cette phrase a pu avoir le rang de Ministre de la Justice en Guinée ! A cause de leurs magouilles et de leur corruption, les populations ne croient plus en la justice guinéenne et la "robe noire" n’est plus respectée. C’est ce que traduit le comportement de Moussa Dadis Camara, qui est instinctif et rendu soûl par le pouvoir, à l’égard des magistrats, comme il l’a eu à l’égard des Généraux corrompus et irresponsables de l’armée. Dadis citera d’ailleurs la tentative de détournement du domaine de feu Siradio Diallo avec la complicité de ces magistrats. Des cas pareils sont nombreux en Guinée.
 
La justice est le secteur lucratif où l’on peut le plus réaliser le gain facile après celui de la drogue en Guinée. Les militaires contrôlaient déjà le secteur de la drogue depuis au temps de Lansana Conté. Maintenant ils veulent récupérer celui de la justice grâce au CNDD.
 
Le plus grave, c’est la transformation des secrétaires (Greffiers ou Greffières) en magistrats par arrêté ou décret. C’est surtout ce qui a tué l’appareil judiciaire guinéen. « Si l’on appelle tous les magistrats guinéens à présenter leurs diplômes de maîtrise de Droit, on n’aura même pas la moitié de ceux qui exercent aujourd’hui », déclare un cadre de la justice.
 
Un exemple que l’on peut citer ici est le cas de Doura Chérif qui éleva sa secrétaire Kalissa au rang de magistrat à Conakry. Pour ceux qui ne le savent pas, Doura Chérif est le magistrat qui présida la cour d’assise lors du procès « Mathias Léno ».
 
Quel homme de droit ou magistrat a-t-il dénoncé ces faits graves pour notre Etat ?
 
S’ils ont donc osé se soulever contre le Lt. Issa Camara, Secrétaire d’Etat chargé des conflits, ce n’est nullement pour l’image de la profession mais il s’agissait plutôt d’une lutte d’intérêts (Ce qu'on aurait souhaité de la part des partis politiques aussi, au moins). D’ailleurs, c’est Claude Pivi qui a sa propre cour de justice au camp Alpha Yaya Diallo avec son personnel exclusivement forestier. Mais personne n’a osé parler de ce dernier !
 
Quelques exemples de failles au niveau de la justice guinéenne
 
- Jusqu’en 1999 / 2000, le président de la cour de justice de Dixinn s’appelait Abou Touré. C’est ce magistrat qui prit la décision de radier des étudiants grévistes en 1996. En 2000, il est nommé à la même fonction à Labé sous le nom de Abou Camara. En 2001, il est nommé ministre de la justice à Conakry. Labé n’aura été qu’un transit pour passer de Abou Touré à Abou Camara.
 
- Charles Pascal Tolno est leader d’un parti politique en Guinée. Dans les années 90, il fut gouverneur de la ville de Conakry, puis ministre de l’Enseignement supérieur.
 
En 2002/3, un minibus de transport appelé Magbana fut impliqué dans un accident de circulation à Conakry. Lors du jugement, la responsabilité du propriétaire de ce véhicule fut établie. Il s’agissait de Pascal Tolno. La loi stipule qu’en cas d’accident de circulation, le propriétaire est responsable civil si le véhicule n’est pas assuré. Le conducteur lui n’est responsable que sur le plan pénal.
Pascal Tolno est venu présenter une de ses enfants mineures comme propriétaire pour fuir ses responsabilités. Il utilise ses relations pour que seul le conducteur soit rendu coupable sur le plan civil comme sur le plan pénal, le "propriétaire" étant mineur. La justice guinéenne cautionna cette manœuvre !
 
- En Guinée, la loi favorise les nationaux et les encourage à créer et gérer des entreprises, comme cela se fait partout dans le monde. Il est prescrit qu’une société SA doit avoir au moins un dirigeant de nationalité guinéenne à sa tête.
 
Quand Abou (Touré) Camara était ministre de la justice, un Libanais fut obligé de venir parler au tribunal au nom de sa société qui était impliquée dans une affaire portée devant la justice.
 
Le propriétaire officiel convoqué était un Guinéen de nom de Diallo. Après vérification faite par un employé de la justice, on trouve que ce M. Diallo n’est qu’un docker parmi les employés du Libanais. Quand l’agent porta l’affaire au niveau des magistrats, ces derniers étouffèrent le problème avec l’argument que le ministre Abou "Camara" a interdit de convoquer ses amis Libanais à la justice.
 
- Il y a un réseau de voleurs et d’usurpateurs de terrains connus dans les tribunaux de Conakry. Ses principaux acteurs sont : Ali Conté, Mama Asta Conté, Elhadj Lamina Camara de Sonfonia et une de ses nièce qui s’appelle M'Baliya. Ils ont été plusieurs fois dénoncés sous Abou "Camara" mais jamais inquiétés par la justice. Quand certains d’entre eux furent une fois interpellés, c’est le ministre Abou "Camara" qui les a sortis en personne avec l’argument qu’il s’agit des demi-frères du président Conté. Jusqu’à présent, ce réseau continue ses opérations en Guinée avec une certaine complicité des magistrats (Lire 2).
 
Quel homme de droit ou magistrat a-t-il dénoncé ces faits graves qui discréditent la justice ?
 
Comme un de mes beaux-frères le dit, les lois ne valent que les personnes chargées de les appliquer. 

Les magistrats ont une grande part de responsabilité dans le pourrissement de la situation de l’Etat guinéen actuel. Les recommandations du président ou du ministre de la justice remplacent les codes de loi qui sont leurs outils de travail.

Désormais, nous les aurons sous la loupe. 

 
 
SADIO BARRY

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