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A propos d'André Lewin

Date de publication:2008-01-30 21:44:37

Je comprends la réplique de Mamadou Billo Sy Savané à M. André Lewin même si je ne partage pas tous les termes

Vous avez lu ces jours derniers cette réplique. Je voudrais seulement y apporter quelques observations.
M. André LEWIN est connu de nombreux guinéens pour avoir été Ambassadeur de France en Guinée de 1975 à1979. Il est reconnu comme un africaniste et ami de la Guinée à laquelle il a consacré une importante production intellectuelle de qualité. Il a notamment publié sur notre pays, un " Que sais-je? - La Guinée", Paris, PUF, 1984,127 p. ; une remarquable biographie: "Diallo Telli - Le tragique destin d'un grand Africain" avec une préface du regretté Siradiou Diallo, Edition Jeune Afrique, Paris 1990, 225 p.; de nombreux articles sur la Guinée  et sur d'autres pays africains.

Par cette importante production intellectuelle sur la Guinée et l'Afrique, M. Lewin peut être rangé parmi ceux que Jean de la Guérivière appelle "Les fous d'Afrique" dans son livre qui porte justement ce titre "Les fous d'Afrique - Histoire d'une passion française", Editions du Seuil, Paris, 2001.

Toutefois, aux yeux de bien des intellectuels guinéens, M. Lewin présente sur les questions guinéennes une position qui leur apparaît comme ambivalente: d'une part, une  amitié pour un dictateur et ses héritiers politiques qu'il n'a pourtant pas manqué, parfois, de critiquer sans pour autant prendre ses distances avec eux et, d'autre part, une position méfiante vis-à-vis  d'intellectuels guinéens, notamment de la diaspora, jugés sans doute, trop critiques à l'égard du pouvoir guinéen mais avec certains desquels il n'a pas coupé les ponts. Ce fut, à partir d'un moment  le cas de feu  Siradiou Diallo à Jeune Afrique. Je reviendrai  sur ce côté ambivalent.

Je n'ai  rencontré M. Lewin qu'une fois. C'était dans les années 80, à la Faculté de Droit et de Science politique de Dijon, il y était venu dans le cadre d'une conférence à l'Institut des Relations Internationales. En voisin, de la Faculté de Droit (j'appartenais à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion), j'avais également été invité à cette conférence. J'y ai donc fait la connaissance de M. Lewin et je l'ai trouvé chaleureux bien que j'étais animé d'un sentiment d'appréhension envers lui sans l'avoir auparavant rencontré. Ce sentiment était largement partagé à l'époque par  bon nombre de mes compatriotes en raison de l'amitié qui l'avait lié à Sékou Touré. C'est d'ailleurs feu Siradiou Diallo qui exprime avec clarté cette appréhension quand M. Lewin lui avait demandé d'écrire la préface de sa biographie sur Diallo Telli. Siradiou commence cette préface en écrivant: "J'étais, je l'avoue, de ceux qui manifestèrent quelque appréhension, pour ne pas dire une certaine réticence, devant le projet d'André Lewin qui voit aujourd'hui le jour. Comment, m'étais-je dit, un homme qui fut, plus qu'un simple diplomate, un proche, sinon un ami, de Sékou Touré, pourrait-il écrire un livre crédible consacré à Diallo Telli ? ..."

Cette interrogation  était celle de beaucoup d'entre nous avant d'avoir lu le livre mais si Siradiou a tout de même écrit cette préface c'est qu'il a trouvé en M. Lewin, un homme d'esprit ouvert et à l'analyse chaleureuse et humaine et ce sont ces sentiments que j'ai découverts à la lecture de cette biographie.

Quand j'ai parlé ci-dessus d'ambivalence, cela tient au fait que quelqu'un comme M. André Lewin qui, de par son itinéraire familial  et de par sa culture aurait dû, son travail de diplomate accompli ( et qui a comporté un énorme pan humanitaire: avoir sauvé des vies), prendre ses distances avec Sékou Touré et ses héritiers politiques sans pour autant épouser la cause de "ceux qui se sont installés dans la critique de leurs pays" (cette expression est de moi), des admirateurs de Sékou Touré, comme le journaliste français Jacques Vignes  l'ont fait. M. Lewin connaissait suffisamment les profondeurs de la dictature de Sékou Touré pour une prise de distance avec ses héritiers qui ont accepté qu'existent, sous la IIe République,  des formations politiques qui s'appellent encore PDG.

Voici un petit exemple qui montre que M. Lewin connaissait parfaitement la nature profonde du dictateur dont il est resté lié par l'amitié. Dans un document de Jeune Afrique Plus, il  raconte que lors d'une sortie  en voiture avec Sékou Touré, dans la ville de Conakry, celui lui aurait montré une fille disant "Tu vois cette fille chante mes louanges bien qu'elle sache que j'ai fait arrêter son père...". Que fallait-il de plus pour comprendre le degré d'inhumanité de ce régime ? J'ajoute donc que toute cette expérience du pouvoir dictatorial  guinéen à la source n’a pas semblé interpeller M. Lewin sur son itinéraire familial. C'était, je crois en 1938, ses parents  installés à Francfort-sur-le-Main en Allemagne sentent monter la bête brune des Nazis sur tout le pays et émigrent en France. Même quand on n'a que 4 ans, c'est des choses qui marquent  un esprit par ce que la famille en a retenu la  mémoire collective.

Quitter un pays à cause d'une dictature raciste  et devenir 37 ans plus tard  ami d'un dictateur sanguinaire  et de ses héritiers  qui font appel à vous comme label de sérieux de leurs différentes commémorations, ça ne se voit  heureusement pas souvent.

J'en arrive à l'autre aspect de l'ambivalence  que j'ai signalée. Après notre  rencontre de Dijon, j'ai gardé un bon souvenir de M. Lewin. Quand j'ai publié mon livre  "Economie et société en République de Guinée 1958-1984 et perspectives..." en 1986, je lui ai envoyé un exemplaire et il m'en a remercié  dans une lettre datée du 1er juin 1986 où il m'écrit:

"Cher Monsieur,
C'est avec plaisir que j'ai reçu l'ouvrage sur "Economie et société en République de Guinée" et c'est avec le plus intérêt que je l'ai déjà parcouru, tout en trouvant votre titre modeste par rapport à son contenu qui embrasse vraiment toute l'évolution de la Guinée dans tous ses aspects".

A cette date M. Lewin était occupé par la mise en place d'un projet France-Brésil et ne pouvait donc pas en dire plus mais il ajoutait:

"Mais la précision de vos analyses et la profondeur des réflexions pour les quelques thèmes que j'ai quand même lus dans votre livre, m'ont réellement impressionné."

Je sais bien la part de mondanité qu'il y a dans ce genre de compliments mais je croyais  que ce qu'il m'avait  écrit était sincère. Cependant quelques années plus tard, écrivant la préface de "La Guinée" de Muriel Devey, livre  publié aux Editons Khartala, M. Lewin dit  que ce qu'écrivent les Guinéens est trop souvent "polémique" (c'est moi qui utilise ce terme), autrement  dit peu crédible. Cela revient à dire qu'une appréciation dans  la  lettre privée que j'ai reçue,  n'est pas  aussi voyante qu'une appréciation  dans la  préface du livre de Muriel Devey. Et de fait Muriel Devey était parfois d'une complaisance  sans borne vis-à-vis des autorités guinéennes dans son livre. Il y a donc là une position ambiguë.

Enfin, M. Lewin vient d'écrire l'éditorial du numéro des "Guides Ecofinance pour l'information de l'investisseur" consacré à "La Guinée équatoriale et son potentiel économique" (Jeune Afrique - Les cent pays où investir). J'ai  vu lors d'un passage rapide  en 1974, la Guinée équatoriale qui  était alors un des pays les plus sous-développés du continent africain. A consulter la brochure que je viens de citer on prend la mesure, à l'importance des chantiers en cours, de la bataille du développement économique et social que livre ce petit  pays. L'image d'eldorado surgi de la forêt vierge est saisissante. La Guinée équatoriale fêtera en cette année 2008, le quarantième anniversaire de son indépendance. Il y a de quoi fêter une croissance du PIB exponentielle sur plusieurs années, des progrès dans tous les domaines sociohumains, une urbanisation moderne.

Comparer aujourd'hui Malabo, la capitale équato-guinéenne, à Conakry, c'est comme si vous compariez, pour ceux qui sont en France, le château de Versailles à un immeuble HLM dégradé d'une banlieue parisienne, à la différence que dans ce dernier cas l'eau courante et l'électricité fonctionnent tout de même 24h/24h etc.

M. Lewin connaît tout cela, lui qui doit avoir en mains des éléments de comparaisons des équipes gouvernementales africaines. Alors le voir se prêter à la tactique de "l'habileté" qu'ont toujours su pratiquer les héritiers politiques de Sékou Touré pour se maintenir au pouvoir et aller jusqu'à accepter  d'être membre du comité chargé de préparer les manifestations du 50e anniversaire  de la Guinée-Conakry, sans demander aux amis qui l'ont sollicité ce qu'ils vont fêter, voilà qui constitue un des motifs de la réplique de Mamadou Billo Sy Savané et que nombre de guinéens doivent approuver. Moi je l'approuve. Pour nous, les hommes d'où qu'ils viennent  et  qui cautionnent les marionnettistes et les m'as-tu vu qui vivent sur la misère du peuple guinéen, ne nous apparaîtront jamais comme des vrais amis de la Guinée. 
                         

Ansoumane  Doré
 (Dijon, France)
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