chers lecteurs de guineepresse.info, votre site est en pleine mue pour mieux vous servir en alliant confort de lecture, sécurité et intégration des dernières technologies en la matière. Il est de nouveau en ligne, mais ceci n'est encore qu'un désigne provisoire. Vous le verrez très bientôt dans son nouveau costume définitif. Merci encore de votre patience.

Vous êtes aux archives de guineepresse.info

27 août 1977 : devoir de mémoire

Date de publication:2009-08-27 17:16:07

2009-08-27 19:15:03

Il y a 32 ans que la population guinéenne, avec les femmes à l’avant-garde, s’était soulevée pour la première fois contre les exactions du régime du PDG (Parti Démocratique de Guinée du Président Sékou Touré). 

Dans cette situation de crise politique que traverse le pays de nos jours, l’évènement passe presque inaperçu, aucun média guinéen ne semble s’y intéresser. En fait, depuis les dernières années du régime Conté, le 27 aoút n’est plus une grande fête, le pouvoir a pris ses distances. Et pourtant cette date avait été sacrée fête nationale des femmes par le CMRN, la junte militaire qui prit le pouvoir après la mort de Sékou Touré en 1984, remplaçant ainsi la date du 9 février qui était la fête officielle des femmes sous le régime défunt. Il n’y a que l’Association des Victimes du Camp Boiro (AVCC) qui mène la lutte contre l’oubli, contre vents et marées. Lire leur déclaration sous ce lien : http://www.guineenews.org/articles/article.asp?num=200982520303
 
Le 9 février 1955 mourait à Tondon (préfecture de Dubréka en Basse-Guinée) Mbalia Camara dans des conditions non encore élucidées. Il s’agissait probablement d’un soulèvement contre le système colonial qui vivait ses dernières années mais le rôle de Mbalia Camara est controversé. De l’avis de certains doyens de la localité contactés sur place par un ami dans les années 80, elle était une pauvre paysanne soussou qui ne comprenait rien à la politique et dont le seul tord avait été d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Elle sera mortellement fauchée par une balle. Le PDG en fera une héroïne du peuple « lâchement assassinée par les suppôts du colonialisme français ». Aux historiens de chercher la vérité. Toujours est-il qu’après l’indépendance, le 9 février deviendra la fête nationale de la femme guinéenne.
 
En 1977, les Guinéens suffoquaient sous le quadrillage de tout le pays par les diverses polices du régime. Une d’entre elles, la Police Économique (PE) semait la terreur dans les marchés et même dans les rues. Il suffisait des fois d’être surpris portant une montre d’une certaine valeur ou une simple radio transistor pour être interpellé. La Police Économique harcelait impitoyablement les commerçants. Abus et exactions étaient courantes. Beaucoup de familles ne mangeaient plus à leur faim alors que le régime les abreuvait matin et soir de discours creux. En ce 27 août 1977 éclate une altercation entre une vendeuse et un policier au Marché Madina, l’un des plus grands marchés de la capitale. L’altercation dégénère en révolte, de plus en plus de manifestants, surtout des femmes, se joignant au mouvement. Des symboles de l’État, comme les commissariats de police, sont mis à sac, des policiers molestés par la population. Dans les rues, des femmes scandent des slogans hostiles au Président Sékou Touré comme « Président, vous avez violé le contrat conclu avec votre peuple en 1958 (année de l’indépendance) ! » en langue soussou. Le président convoque un meeting au Palais du Peuple pour le lendemain, espérant calmer la fronde une fois de plus par un des ces discours enflammés dont il avait le secret. Mais cette fois-ci le stratagème ne marche pas. Il est hué par les femmes mais, habile tacticien, Sékou Touré se ressaisit après un premier choc et annonce la suppression de la Police Économique. Du coup, cette dernière devient le bouc émissaire pour tous les errements économiques du régime dans le discours officiel.
 
Le pouvoir de Sékou Touré fut ébranlé mais ne s’écroula pas. Cependant l’étau se desserrera peu à peu à partir de cette date. Une timide libéralisation économique sera amorcée. Pour les femmes et pour toute la population de Guinée, ce fut une grande victoire contre le totalitarisme qui mérite d’être célébrée.
 
Oumar Bah

Commentaires

Retour: http://guineepresse.info/index.php/archives

Imprimer   E-mail

Publish modules to the "offcanvs" position.