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Guinée : Les impressions d’un enfant du pays sur la situation socio- politique

Date de publication:2009-09-08 22:45:35

2009-09-09 00:44:24

Première Partie : Voir Conakry et pleurer ou les méfaits d’une folle transition.

Le  vécu sur le terrain d’un temps de vacances durant le mois d’août 2009 m’a permis d’observer la situation guinéenne avec le regard d’un historien. Mais bien plus, c’est le guinéen que je suis qui a observé, cherché, fouillé, interrogé et dialogué pour se faire sa  propre opinion sur la réalité qui prévaut dans son pays.

Les impressions que je voudrais livrer au lecteur, après  les quelques mois de silence que j’ai délibérément observé, sont à percevoir comme un devoir patriotique et une dette morale. Plus clairement, il est impensable que je laisse les innombrables griots du système militaro- militaire occuper le terrain et intoxiquer les Guinéens tant de l’intérieur que de l’Etranger et la communauté internationale.

Par conséquent, mes impressions sont à l’antipode de celles des commis- voyageurs qui nous ont compté une Guinée illuminée, sécurisée et où des escortes policières vous attendent. Je ne parlerai pas moi, de bagagistes qui vous accompagnent à domicile ni des bonnes actions de Dadis et du CNDD parce qu’il n’y en pas. Prétendre le contraire est tout simplement un acte apatride !

Mes impressions seront impartiales,  objectives, véridiques, patriotiques et engagées dans le sens de l’Histoire. Je les inscris dans l’optique du changement démocratique et de l’instauration d’un Etat de droit dans notre pays à tous. A ce titre, je ne laisserai pas de quartier au système politico- maffiosi issu de la révolution de palais du 23 décembre 2008.
Dorénavant, je préviens les nostalgiques, les opportunistes, les imbéciles, les fourbes, les faux- guinéens qui lèchent les bottes, pour ne pas dire le C… du CNDD, vous aurez compris, qu’ils en auront pour leur compte.

Je déconseille vivement les ethno- claniques de lire cet article. J’ai inventé ce terme (un néologisme) parce que je considère qu’il est plus parlant qu’ethnocentrique. Il est l’adjonction ou l’association de deux visions étriquées du monde et du devenir des nations. Cette mise en garde me permet d’aborder le premier point du compte- rendu de mon voyage au pays qui m’a vu naître. Ce pays  auquel, chers lecteurs, vous et moi, devons tout !Une trilogie d’apparence antinomique, mais complémentaire, règne en Guinée. Plus précisément à Conakry. Elle est composée de soldats, de moustiques et d’obscurité. Si on y ajoute la pluie, les  égouts à ciel ouvert, les embouteillages, on comprend aisément la misère qui en découle.

Les deux premiers éléments de la trilogie ont, malgré la loi naturelle, quelle que chose de commun. Ils sont tous les deux nuisibles. Cela permet de dresser une certaine symétrie, une certaine ressemblance entre eux. Autant les moustiques sont nuisibles à la santé, autant les soldats le sont pour le moral, la quiétude, le bien- être et la sécurité des citoyens. A se demander si les moustiques ne sont pas plus tolérables que les soldats tant il est vrai que ces diptères ne sont visibles que la nuit alors que les kaki pullulent nuit et jour. Cette omniprésence d’hommes en tenue qui se comportent en véritables hors- la- loi agace à plus d’un titre le Guinéens.

Il ya une réelle phobie de l’uniforme en Guinée. Je m’en suis rendu compte le lendemain de mon arrivée. Ayant volontairement pris un taxi d’un quartier qui jouxte le Camp Alpha Yaya, le lieu de réclusion du CNDD, pour me rendre à Kaloum, quel ne fut mon étonnement de voir à quel point le Guinéen a horreur des bidasses. Notamment des Dadistons. Entendez les bérets rouges qui font la pluie et le beau temps dans la capitale guinéenne.  Et il ya de quoi !
Un exemple parmi tant d’autres. Le 9 août 2009, j’étais au carrefour de Matoto, au niveau du marché de la commune quand j’entendis soudainement  des sirènes. Le temps de tourner la tête, je vis une quinzaine d’hommes en armes descendre d’une pic- up double cabine et se mêler entre les voitures en bousculant, injuriant, chassant les piétons et les véhicules perdus dans un embouteillage monstre. La pic- up était surmontée d’une mitraillette alors que ses occupants avaient bandoulières, pistolets, kalanichkov et matraques.

Avant même de demander à mon voisin de quoi il s’agit, j’entendis dire en bon Soussou : 
«  Nyangamadi, sôry sôfalè ! » C’est- à- dire, fils de bâtard ! Maudits soldats ! N’ayant pas compris ce qui se passait, on me dit à ma demande : « C’est quelqu’un du CNDD qui arrive. » Je laissais éclater ma surprise en disant que j’avais cru à une révolte !

Une passagère me dit d’un ton grave : Ah ! Mon frère, tu as vu un soldat guinéen se révolter contre un pouvoir ? Elle apporta elle- même la réponse en disant : « Ces salauds ne se révoltent que contre les cadavres. Tu étais là non en 1984 et 2008 ? Conté serait vivant qu’ils auraient encore leurs fusils entre les jambes, renchérit- elle. Tout le taxi s’esclaffa !
Un autre passager se mit à imiter Dadis en ces termes : « Attention madame ! On s’est sacrifié le 23 décembre. Qui s’est sacrifié si ce n’est moi Dadis et le Général Sékouba, mon frère ? Encore des éclats de rire fusèrent ! C’était prématuré car un autre ajouta la moquerie qui failli faire déraper la voiture : « Ma sœur, oublie- tu que Dadis est un spécialiste des héritages ? Tu crois qu’il a épousé sa femme en première noce ? Ma sœur, là aussi, il a attendu la mort de quelqu’un et devine ! » Je crus que des gorges allaient se déchirer tellement les rires se  déployaient.

Les bérets rouges passèrent en laissant la place aux invocations. Que Dieu nous débarrasse de ces  gens entendait- on dans le taco qui me menait à Kaloum.
En dépit de tout, les policiers postés au carrefour affluèrent pour faire le manche. Près d’une vingtaine dans le même endroit, imaginez- vous le nombre de mains tendues par jour pour demander carrément mille francs guinéens. Je répondis à celui qui m’a interpellé : « Patron, toi aussi mile francs seulement » qu’il faisait son travail et c’est à l’Etat de lui donner de l’argent et non moi. Il se mit en colère et le chauffeur lui tendit un billet.

Je fais observer que chez nous chacun est « Patron, El Hadj, Hadja, Docteur, Excellence, Honorable, Chef. » Point de monsieur ou madame au bureau car ces titres pompeux ont tout remplacé. Attention, l’omission d’un de ces titres peut être considérée comme une offense et peut coûter très cher.

Quoi d’étonnant dans un pays où un paysan venu des confins du Fouta gratifie Dadis du titre de Général et qu’un griot de journaleux s’en fait l’écho ? Quoi d’étonnant dans un pays où des soldats déshabillent impunément un Général et le bastonnent comme un malfrat ? 
Continuant mon chemin, j’arrive, après une heure d’embouteillage au pont du 8 novembre. Ce lieu à la double histoire macabre : les pendus de 1971 et les massacres de janvier 2007 y ont imprimés des lettres de sang.

Au niveau de ce pont, du côté de l’ancien Silly Cinéma, quelques policiers y stationnent comme un peu partout dans Conakry. Là aussi, le frou- frou du sifflet fait arrêter les voitures. Si tu ne mets pas la main dans la poche, expression consacrée qui veut dire sortir l’argent pour corrompre, tu y passeras ta matinée ou ton après-midi.

Le troisième chauffeur que j’ai pris montra à son tour que sa poche n’était pas trouée et nous passâmes. Je ne pus m’empêcher de faire observer que tout le monde est devenu mendiant dans ce pays. Je m’interrogeais également sur le fait que les policiers continuent d’escroquer les gens dans un pays où on parle de lutte conte la corruption. Un policier en civil qui était dans la voiture n’hésita pas de me conter leurs déboires et la marginalisation de son corps au profit de la gendarmerie et des bérets rouges. J’y reviendrai.

Nous perdîmes une demi- heure entre le pont et le rond point du port où nous trouvâmes d’autres policiers à l’affût. Cette perte de temps est due à l’état du tronçon entre Coronthie et le port.. Vrai cimetière de voiture, du reste comme la plupart des voies routières de Conakry, cette piste est transformée en trois, parfois quatre voies. Le conducteur guinéen  peut faire passer sa voiture dans le trou d’une aiguille tant il s’est manœuvrer. Tant pis pour la voiture.
Le port est comparable à une rue passante de Bombay en inde. Le monde qui y entre et en sort dépasse tout entendement. Là encore, des kakis partout. Armes au point, ils font les maîtres des lieux.  Ils houspillent, engueulent à qui va.

J’ai remarqué que tout homme en tenue se considère en Guinée comme le maître du monde. L’armée, en tout cas sa frange composée de la gendarmerie et des para- militaires que sont les bérets rouges, se prend comme « des non- guinéens. » Pire, des gens descendus d’un autre monde ou d’une autre planète.

 Bref, tout soldat guinéen est un Dadis prime ! La question qui se pose, c’est combien de temps cela durera- t- il ? Incontestablement, il ya comme un vent de fin de règne en Guinée qu’une dictature naissante essaie de retarder.

A suivre : Deuxième partie : Conakry, une impression de veillée d’armes
L’insoutenable mascarade du CNDD et le raz- le- bol des populations.
 

Lamarana Petty Diallo                    Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

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