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Le pouvoir en Afrique

Date de publication:2009-09-18 22:05:36

2009-09-19 00:03:57

Lors de l’allocution du Président Obama devant le Congrès américain (réforme sur leur Sécurité Sociale), il y a quelques jours, quelqu’un lui a crié «vous mentez ! », ce qui a surpris plus d’un. Bien que cette attitude soit plutôt ‘’mal élevée’’ vu le lieu et que c’était une adresse au peuple américain aussi, cela n’a pas causé de remous ou choqué outre mesure l’opinion – quoique ce soit exceptionnel pour le chef de l’Exécutif de se faire verbalement ‘’agresser’’ ainsi au Congrès. Cet incident m’a tout de suite fait penser à l’Afrique et plus particulièrement la Guinée : oser crier en public que le Président ment pendant qu’il parle, cela n’effleurera l’esprit de personne à plus forte raison le laisser échapper ! 

Au Gabon, le fils du chef d’Etat défunt devient Président avec environ 41% des voix – donc presque 60% ont voté contre lui. Au Niger, le Président tripatouille la constitution pour rester plus longtemps. Quant aux pays arabophones, les notions de démocratie et liberté d’expression sont étrangères à leur culture : seule l’Algérie s’y est essayée avant de rejoindre finalement le clan de ses voisins. En Guinée, des pères de famille, responsables, membres du gouvernement, rampaient presque pour serrer la main du Général Conté tout en courbant l’échine (certains pourraient même demander d’être pris en charge maintenant par l’Etat pour maladie professionnelle tellement ils ont maltraité leur colonne vertébrale face à Conté). Sans parler des humiliations et insultes en public de personnalités guinéennes ! Il n’est donc pas étonnant de voir Dadis se comporter de la sorte car il a Conté comme référence et, tout comme ce dernier, il confond gouverner et régner ! 

 Le Pays n’ayant pas encore connu un régime démocratique avec respect de la dignité humaine à travers les droits de l’homme, les gouvernants tout comme les Guinéens pensent à tort que le ‘’Chef’’ est l’équivalent de Dieu sur Terre. Cela transparaît en filigrane dans les expressions telles que « c’est Dieu qui donne le Pouvoir ». Ce qui est une lapalissade ‘’évidente’’ (pléonasme volontaire) pour tout croyant mais que nous répétons tous pour dire : les concours de circonstances feront que seulement une personne sera amenée à guider un pays. Entre autres, pour la plupart, nous ne nous sommes pas encore affranchis mentalement de notre passé relativement récent de féodalités : nous avons transféré à l’échelle de l’Etat nos chefferies de village ou de cantons. Beaucoup n’arrivent toujours pas malgré leur niveau académique, leurs séjours dans les sociétés occidentales et autres à dissocier dans leur conscience un monarque d’un président/chef d’Etat, élu temporairement pour guider la nation. D’où la fausse notion du Landhô (en peul : chef/roi) et les expressions : ‘’on n’insulte pas, on n’humilie pas un chef’’ ; ‘’ il partira quand Dieu le voudra ‘’, etc. Or un vrai chef se comportant dignement ne donnera pas l’occasion de se faire insulter ou humilier même s’il n’est pas aimé ! Tout cela pour dire que selon nos traditions désuètes, il faut se soumettre au ‘’Patron’’ et le laisser en place jusqu’à ce qu’il parte de lui-même (ce qui est exceptionnel) ou qu’il meurt. Avec cet état d’esprit des citoyens, les élections deviennent biaisées en faveur du candidat sortant même sans l’intervention de l’administration. Pour preuve, regardez avec quel égard on traite Dadis sous prétexte qu’il représente l’Etat et la fonction de Président : la mentalité de soumis et les complexes face à ce qui représente l’Autorité encourage la dictature et la consolide. Les velléités de Dadis montrent à quel point ATT et Rawlings sont des patriotes et des personnalités exceptionnelles !

Ce propos se veut donc une remise en cause des mauvais aspects de notre culture et éducation qui sont politiquement anachroniques et aussi un obstacle à l’instauration de la démocratie dans sa conception ‘’moderne’’ à ‘’l’Occidentale’’ en Afrique. Nous confondons respect et soumission au Chef ! Il faut plus de courage de la part de nos opposants et surtout de la défiance lorsque c’est nécessaire pour s’opposer aux dérives du Pouvoir. Les partis politiques et les ONG (dans le domaine) doivent éduquer dans ce sens et rectifier la mentalité des citoyens ; en se concentrant sur les élèves et étudiants qui pourront à leur tour sensibiliser leurs parents sur ce changement d’attitude envers l’Exécutif. Nous devons faire comprendre qu’un Président n’est qu’un magistrat au service des électeurs qui peuvent et surtout ont le droit de se débarrasser de lui/elle s’il/elle ne répond pas à leurs aspirations.

Tout cela nous ramène à la situation actuelle en Guinée qui explique pourquoi Dadis veut s’accaparer du Pouvoir et prétend y avoir droit (sic). Mis dans son contexte avec l’esprit matérialiste de nos compatriotes, Dadis n’est pas le problème mais plutôt nos mentalités ‘’tordues’’ qui lui ont tourné la tête au point de penser qu’il est aussi capable de régner comme les deux autres. Si nous ne soignons pas le mal à la source, il y aura d’autres Dadis et un éternel recommencement. C’est l’occasion d’extirper en nous le Guinéen soumis et fataliste, une fois pour toute !  

La fonction de Président doit impérativement être rééquilibrée en lui retirant un certain nombre de prérogatives : Il ne faut plus qu’il/elle soit à lui /elle seul(e) l’Etat mais plutôt une partie de celui-ci à la tête ! Pour commencer, le texte de loi ‘’offense à Chef d’Etat’’ doit être abroger ; les personnes à la tête des institutions républicaines (avec un mandat unique de préférence), le Chef d’Etat Major, de la Gendarmerie devront être proposés par le parlement et approuvés par le Président. Tout comme la date des présidentielles devra être fixée par les députés avec l’organe en charge ; et les législatives par le Chef de l’Etat avec ce dernier. Notre problème dès le début de l’indépendance vient de l’omnipotence de l’Exécutif et une mentalité prédisposée à la servilité au ‘’chef’’ ; ce qui en font un terreau fertile pour toute dictature. 

Finissons en disant que si nous voulons que les phénomènes Conté et Dadis ne se reproduisent plus, il faut avoir la lucidité et le courage de tout revoir sur la manière dont le Pouvoir s’acquiert et s’exerce dans notre pays. L’idéal serait même d’aller aussi loin que convoquer les Guinéens pour réfléchir sur une refondation totale de la Guinée pour être en phase avec les évolutions successives occasionnées par son histoire postcoloniale. Ce processus serait guidé par ce qui nous unit en résolvant ce qui nous divise, tout en examinant l’opportunité de ‘’refonder’’ la nation : nouveaux nom, drapeau et hymne avec la nouvelle constitution ? Il va sans dire que l’Armée sera la première à créer : car nous pouvons dire que la Guinée n’a jamais eu une armée parce que celle-ci a toujours servi un homme et non le peuple qui au contraire est le seul à souffrir de sa force et de ses balles ! Sans oublier la nécessité de créer une capitale politique à côté de Conakry qui resterait la capitale économique (elle est trop saturée !). La réflexion est ouverte car il y aura une vie après Dadis! Il devra partir de gré (s’il a un peu d’honneur) ou de force !  

En digression rajoutons : Dadis qui n’arrive même pas à contrôler son armée (agressions de diplomates, tentatives d’enlèvement, etc.), comment peut-il gouverner tout un pays, surtout les civils qui sont plus indisciplinés, sauf qu’ils ne tuent pas comme ses hommes ! Et un pays est « souverain » lorsqu’il est autosuffisant alimentairement et surtout financièrement, autrement c’est une illusion et même une délusion ! Un pays qui envoie régulièrement ses officiels faire la manche au tour du Monde et reçoit son riz de l’étranger, peut-il parler de « souveraineté » ?! « L’home qui a faim n’est pas un homme libre (…) » -F.H.Boigny.

I.Diallo –‘’Ollaid’’

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