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Coordination des Démocrates Guinéens au Sénégal

Date de publication:2009-09-23 22:17:27

2009-09-24 00:16:11

L’indépendance de la Guinée en 1958 a soulevé en Afrique et ailleurs un immense espoir pour les peuples opprimés. Bénéficiant de la sympathie et de la solidarité des nations éprises de paix, le pays s’apprêtait à jouer un rôle historique dans la perspective d’une décolonisation qui s’amorçait. 

Cette indépendance a, cependant, très rapidement tourné au cauchemar pour le peuple de Guinée. Ce pays s’est retrouvé, un demi- siècle plus tard, dans une situation critique principalement imputable à la surdité et à l’insensibilité aux dures conditions de vie des populations, de deux régimes (Sékou Touré et Lansana Conté) caractérisés par l’exercice solitaire et autoritaire du pouvoir.
 
Des systèmes claniques agissant en véritables bandes organisées exclusivement guidées par le souci de préservation d’intérêts sordides ont plongé le pays dans une détresse immense. Leur mainmise sur la Guinée s’est traduite par une gestion calamiteuse des immenses ressources de la nation, la déstructuration de l’Etat, la dislocation du tissu social et la perte des valeurs fondatrices d’un savoir- vivre et d’un savoir- être collectifs.
 
Une transition en passe d’être verrouillée
 
Le coup d’Etat du 23 décembre 2008 qui a ouvert la période de transition actuelle fut, au départ, considéré par une part importante de la population et des forces patriotiques comme une rupture qui, à bien des égards, constituait un moindre mal par rapport au maintien de dirigeants décriés et, de surcroît, illégitimes de la IIème République.
 
L’avènement de la junte au pouvoir, quoique en violation des règles de changement constitutionnel, et, à ce titre, immédiatement condamné par la communauté internationale, intervenait assurément dans un contexte de déliquescence de l’Etat et de déstabilisation des fondamentaux institutionnel, politique, économique et social du pays.
 
Les premières mesures prises par la junte ont, à l’évidence, entraîné l’adhésion d’une bonne partie de la population soucieuse, avant tout, de tourner la page sombre d’une histoire marquée par une terrible entreprise d’oppression et de répression, et le soutien davantage réaliste que spontané des partis politiques et de la société civile.
 
Pour des populations exténuées, en particulier une jeunesse sans perspective d’emploi à court et à moyen terme, des tentatives de moralisation de la gestion publique et de lutte contre le narcotrafic ne pouvaient qu’être appréciables dans une perspective de redémarrage d’une économie anémiée et de restauration de valeurs sociales longtemps bafouées.
 
Malgré la situation d’exception créée par le putsch, les forces vives avaient décidé d’appuyer le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) pour la réalisation d’un programme articulé autour de : la récupération des créances de l’Etat ; la lutte contre le narco trafic et la traite des personnes ; la restructuration de l’appareil militaire et sécuritaire ; la restauration de l’ordre constitutionnel par des élections crédibles et régulières sans candidature d’un membre du CNDD et du gouvernement.
 
Les bonnes dispositions des forces vives et l’engagement apparemment solennel de la junte à faciliter le retour à l’ordre constitutionnel en 2010, puis en 2009 conformément au chronogramme proposé par les forces vives ont permis de jeter les bases d’une concertation nationale et de reprendre le dialogue avec la communauté internationale via le groupe de contact international sur la Guinée (GIC).
 
Le GIC et le corps diplomatique accrédité en Guinée ont suivi de très près l’évolution de la transition et se sont particulièrement investis dans la consolidation d’un dialogue constructif entre les parties prenantes, tout en ne faisant pas mystère des difficultés inhérentes à ce type de processus d’une certaine complexité.
 
La bonne foi et l’esprit patriotique de maints acteurs de la transition ont contribué, à des périodes fort critiques, à aplanir ces difficultés malgré les errements de quelques membres de la junte, son premier dirigeant en particulier. Pour ces acteurs, l’objectif demeurait l’achèvement à bonne date (décembre 2009) d’une transition apaisée et consensuelle par des élections libres et transparentes.
 
En dépit de ces manifestations de bonne foi et de la volonté des forces vives de conduire la transition à bon port, des signes annonciateurs pouvaient déjà faire douter de la capacité du chef de la junte à maintenir le cap.
 
Il s’agit notamment de divers effets d’annonce et de volt face périodiques sur sa possible candidature sous-tendus par l’organisation de manifestations bruyantes, savamment orchestrées et dûment rémunérées, et plus grave, la monopolisation des médias d’Etat, la militarisation excessive de l’appareil d’Etat, l’administration territoriale en particulier, le renforcement des forces de défense et de sécurité, les détentions arbitraires et illégales, des actions insidieusement ou ouvertement menées pour intimider ou museler les forces vives.
 
La dernière mission du GIC a mis en exergue l’inflexion de l’attitude du chef de la junte vers une manifestation de sa candidature. Contrairement aux engagements initiaux pris par la junte au démarrage de la transition (pas de candidature d’un membre de la junte et du gouvernement), le GIC et les forces vives ont constaté la très nette radicalisation du chef de la junte dans le sens d’un reniement total de ces engagements.
 
Les esprits les plus avertis avaient pourtant émis des doutes quant à la capacité de cette junte à renoncer au pouvoir en faveur d’un civil librement et démocratiquement élu par son peuple. Ces « cassandre » avaient estimé, à juste titre, que le chef de la junte guinéenne ne pouvait avoir l’envergure ni a fortiori suivre l’exemple du Président Toumani Touré du Mali.
 
La volonté du chef de la junte de confisquer le pouvoir et d’ouvrir une nouvelle ère d’incertitude, voire de dictature militaire, de nature à mettre la patrie en danger ne doit plus constituer une simple vue de l’esprit pour les forces vives et le peuple guinéen.
 
La communauté internationale, pour sa part, ne s’y est pas trompée en sommant la junte de renoncer officiellement, dans le délai d’un mois, à une quelconque déclaration de candidature aux prochaines élections sous peine de sanctions drastiques.
La transition se trouve dans l’impasse en raison de l’enlisement d’un processus électoral dangereusement compromis et de la rupture du dialogue national entièrement imputables à l’attitude irascible du chef de la junte et à sa volonté manifeste de déclarer sa candidature.
 
Les enjeux actuels
 
La situation actuelle est grosse de dangers et de défis majeurs pour l’établissement, au terme des prochaines élections, des fondamentaux d’une société guinéenne réconciliée avec elle même et apte à s’investir dans la voie d’un développement durable.
 
La junte a manifestement fait le choix d’une transition verrouillée dans la perspective d’une confiscation du pouvoir à l’issue d’élections tronquées qui pourraient être, de surcroît, organisées à la période et dans les conditions qu’elle estimera favorables à la réalisation de ses ambitions.
 
De ce point de vue, les forces vives ne doivent guère se faire d’illusion sur une hypothétique relance de la transition sur des bases rénovées. La prolongation de la transition ne servirait objectivement qu’à conforter les préparatifs de la junte pour s’approprier le pouvoir.
 
La stratégie de la junte qui ne doit pas abuser les forces vives et l’ensemble des patriotes et démocrates guinéens, voire africains, a au moins l’avantage de la clarté. Désormais, les enjeux de la transition sont perceptibles par tous.
 
La Guinée va-t-elle faire le choix :
 
-          de la démocratie ou d’une nouvelle dictature militaire ;
-          de la renaissance de la nation ou du franchissement d’une nouvelle étape dans la descente aux enfers ;
-          d’une remise à niveau et d’un ancrage des institutions ou de la déliquescence de l’Etat !
 
Les leçons de l’expérience
 
Tirer profit de l’expérience de la lutte patriotique et démocratique contre les deux régimes précédents et de la résistance qui s’amorce contre la junte et ses thuriféraires. Telle doit être, désormais, la toile de fond des actions collectives des forces vives. Il s’agit, en effet, d’éviter de commettre les mêmes erreurs qui ont accru les capacités de récupération des tenants du pouvoir.
 
L’unité d’action des centrales syndicales et la détermination sans faille de la jeunesse avaient permis, au prix d’immenses sacrifices lors des évènements de 2006- 2007 le recadrage du sommet de l’Exécutif sur la base de la Feuille de Route imposée au Président Conté.
 
Le gouvernement Kouyaté qui devait cristalliser les aspirations citoyennes conformément à la volonté de changement du peuple s’est engagé assez rapidement dans la voie du renoncement et de la compromission facilitant du coup la récupération de la plénitude des pouvoirs du Président avec le Gouvernement Souaré.
 
Dans ce cas précis, l’opportunisme des dirigeants et des cadres permit au chef de l’Exécutif de retrouver sa marge de manœuvre et d’annihiler des résultats chèrement payés par le mouvement populaire.
 
La vacance de fait du pouvoir provoquée par l’illégitimité des principales institutions, la déliquescence de l’Etat et les luttes de positionnement des divers clans de l’entourage présidentiel exacerbées par l’affaiblissement du Président a constitué l’appel d’air qu’attendaient des militaires visiblement impatients de prendre ce pouvoir. En l’espèce, la division de la classe politique, corrompue pour une bonne part, et la désorganisation de l’Etat avaient balisé la voie pour les putschistes.
 
Lorsque l’unité d’action des forces patriotiques s’appuie sur la détermination des femmes et des jeunes d’un peuple aspirant au changement, et que l’opportunisme des attitudes claniques ou partisanes cède le pas à la préservation des intérêts supérieurs du peuple, de la nation et du pays, les capacités de nuisance ou de récupération des dirigeants au pouvoir et des forces rétrogrades se réduisent à néant.
 
Le devoir patriotique
 
Au regard de la situation qui prévaut actuellement en Guinée, le devoir de résistance à une candidature de n’importe quel membre de la junte et/ou du gouvernement s’impose à l’ensemble des forces patriotiques et démocratiques, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
 
Il ne s’agit point ici de dénier à un citoyen guinéen, fut il militaire, le droit d’être éligible dans les conditions déterminées par la réglementation en vigueur, mais, et tous les acteurs s’accordaient sur ce point, de veiller à la régularité et à la crédibilité des futures consultations électorales en assurant les conditions de transparence et d’équité sous l’égide d’un arbitre impartial, le chef de la junte en l’occurrence.
 
A ce titre, les membres de la junte et du gouvernement ne peuvent pas, ne doivent pas se présenter aux élections programmées. Ils ne peuvent pas, ils ne doivent pas être juges et parties.
 
De surcroît, cette junte et ce gouvernement se sont, en seulement huit (8) mois, totalement discrédités sur le plan sécuritaire par une inertie et une tolérance coupables, voire un encouragement à peine déguisé, face à l’aggravation de la criminalité et, en matière de gestion de la chose publique par un pillage éhonté des ressources mobilisées à la suite de recouvrements opérés dans des conditions souvent opaques voire scandaleuses, et un chantage ignominieux exercé en permanence sur de grandes entreprises.
 
La stratégie d’unité d’action mise en œuvre par les forces vives doit être accentuée malgré les tentatives de division orchestrées par la junte et sa clientèle, qui perdureront, et les divergences mineures d’appréciation partisane qui pourraient, de temps à autre, apparaître au sein des forces vives.
 
Cette unité d’action devrait logiquement conduire à l’émergence d’une candidature unique des forces vives pour l’élection présidentielle au cas désormais plus que probable d’une candidature du chef de la junte.
 
Cette option attesterait de la maturité des forces vives qui auront su tirer profit de l’expérience récente, entre autres, de consultations électorales en Afrique qui se sont soldées par la défaite des forces démocratiques pourtant majoritaires dans le pays, en raison de leur division et de leur incapacité à soutenir un candidat commun.
 
Le choix d’une candidature unique des forces vives répondrait à une nécessité historique en Guinée, celle de barrer définitivement la route à toute velléité de dictature militaire. Cette candidature unique serait, à l’évidence, massivement soutenue par la majorité de la population.
 
Elle rendrait quasiment impossible toute possibilité de fraude généralisée de la part de la junte et d’une administration territoriale à sa botte, par l’organisation d’un maillage serré et d’une surveillance de proximité de l’ensemble des bureaux de vote sur le territoire national et à l’extérieur du pays, chaque parti contribuant activement et de façon ordonnée, en fonction de la densité d’implantation, à ce dispositif. Elle assurerait la victoire des forces vives.
 
Celles-ci doivent donc être exhortées à mettre en place, ici et maintenant, un cadre de concertation et une procédure de consultation pour examiner l’ensemble des questions liées au choix d’une candidature unique pour l’élection présidentielle, y compris les éléments d’un programme commun des forces vives, pacte de bonne gouvernance, applicable par un gouvernement d’union nationale sur la base d’une déclaration d’engagement solennel dûment signée par les parties prenantes pour prendre date.
 
C’est un tel devoir patriotique de résistance à la junte et d’engagement pour une candidature unique à l’élection présidentielle qui, dans la situation actuelle, s’impose aux forces vives et à tous les patriotes et démocrates de Guinée, pour entrer dans l’histoire.
 
 
 
Dakar le 22 septembre 2009
 
La Coordination des Démocrates Guinéens au Sénégal
 

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