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Point de négociation, il faut arrêter la bêtise collective (suite)

Date de publication:2009-10-05 23:34:49

 

2009-10-06 01:33:19

Tôt ou tard, chaque être, chaque société devra faire face à ses démons (tout en faisant) et faire un choix qui déterminera le reste de sa destinée. Les nôtres ont (pour le moment) pris le dessus,(ils détiennent la boussole et le gouvernail) le contrôle, nous pouvons les affronter maintenant ou remettre ça aux calendes grecques mais nous ne pourrons pas contourner le fait qu’ils continueront de nous habiter. Nous ne pourrons pas, éternellement, contourner notre destin commun.

Avant de soumettre ce que l’on pourrait appeler « propositions », je souhaite faire, dans cette deuxième partie, un résumé de la «bêtise collective» que j’ai voulue dénoncer dans la première et tous les textes que j’ai rédigés depuis, le 23 décembre 2009. J’avais voulu la consacrer à la bête en furie, dénommée Dadis, que nous avons laissée en liberté. Mais, il y’ a déjà plusieurs articles qui traitent d’elle. Les auteurs m’ont rendu un sacré service!  Retenons, pour l’instant, qu’en hésitant nous rendons service à ces voyous. Cette barbarie a bel et bien été préméditée et planifiée d’avance. Mon souhait, comme je le disais précédemment, n’est pas de faire la morale à quelqu’un de particulier mais il faut savoir d’où nous sommes partis, dans le désordre, pour définir l’horizon commun, dans l’unité.

2— Toujours le pire des Scénarios :

En 2006, la prise de pouvoir par l’armée fut l’un des scénarios de sortie de crise mis en évidence par le CNOSCG (Conseil National des Organisations de La Société Civile). Les partis politiques y compris, ce conseil a préféré croiser les bras et attendre que le pire des scénarios se réalise. En début d’année 2009, j’écrivis, à quelques reprises, que  beaucoup de nos compatriotes se gonflaient lâchement la poitrine en revendiquant la victoire dans un combat, auquel, ils n’ont pas participé. Une supercherie, à laquelle un nombre réduit — presque négligeable – de bandits fut associé, devint le symbole d’une lutte nationale jamais menée. En effet, certains non initiés et peu connaisseurs de la bande au pouvoir ont estimé qu’elle leur accorderait une faveur individuelle en les débarrassant de certains fléaux qui gangrènent la société, mais particulièrement de leurs « adversaires ». Haine et opportunisme! Détrompez-vous, je ne fais pas allusion qu’aux leaders politiques, nous sommes tous concernés. Chacun voulait y trouver son compte au point que nous nous sommes retrouvés dans une situation d’immobilisme collectif en espérant/souhaitant que le CGS  et ses balles feront une distinction à l’avantage des uns, contre les autres. Ils viennent de tirer dans le tas!
Les valeurs intellectuelles morales, culturelles et traditionnelles qui sont les nôtres furent mises de côté. Tous les leaders, politiques, religieux, syndicaux et autres se lancèrent dans une course d’appropriation des nouveaux parvenus, chaque groupe voulant en faire son arme. La « victoire » devait être celle de tous et personne à la fois. Nous connaissons maintenant les uniques bénéficiaires.  La crainte, la peur d’agir et d’entreprendre —, si ce n’est pas un manque de vision, de sincérité, d’engagement et de patriotisme — de notre leadership, dans son ensemble, l’amène à "accepter " le mal pour vaincre le mal. Une aberration!

Malgré ce que nous venons de vivre, et selon les informations qui me parviennent, certains continuent de croire à une solution militaire à la crise que nous connaissons. Quel que soit le vainqueur parmi les fauves, il restera cannibale. Retenez-le une fois pour toutes, chers compatriotes! Lansana Conté disait qu’il a déjà tué et pouvait le faire encore et encore. Celui qui arrive par les armes gouvernera par les armes, ce sont ses seuls arguments.

Des individus — qui se prétendent religieux et sages — ont livré leurs filles à la prostitution à peine déguisée auprès de la junte. Ils côtoient des alcooliques et drogués lorsqu’ils sont dans l’antre du diable et préfèrent inventer, de leur propre chef, des circonstances atténuantes. Des hommes « politiques » - revendiquant des parcours académiques et professionnels des plus enviables - discutent d’affaires d’État, avec des incultes. Ils se soumettent aux caprices d’ignobles vagabonds qui leur préfèrent les va-nu-pieds d’anciens  promotionnaires  de « maquis » et coins sombres de Conakry qui constituent leurs clubs de soutiens. Des syndicalistes qui tolèrent les gaspillages outranciers de ces voleurs, et mettent en berne les revendications légitimes de ceux qu’ils représentent.

Des intellectuels qui inventent de bonnes vertus à un groupe qui symbolise tout ce qu’il y’a d’échec dans une société, qu’elle soit occidentale ou africaine. Nos valeurs ancestrales sont devenues légendes et les modernes, utopiques. N’est-ce pas le monde à l’envers? Serait-ce le rêve guinéen, qu’un voyou soit chef d’État par terrorisme?
Bref, tout ce qu’il y’ a de mauvais est normal en Guinée pourvu que tel soit écarté, injurié, enfermé, humilié : ce n’est que drôle! Je ne parlerai pas de l’ethnocentrisme.
J’ai pourtant cru que l’exercice du pouvoir, quelle que soit la situation d’exception, exige un certain minimum pour nombre des valeurs intellectuelles, morales, culturelles : humaines en gros. 

Mais le drame guinéen ne s’arrête pas là :  

  • Quelle que soit l’ampleur du crime, il y’a toujours quelqu’un pour venir débattre et faire le malin : négocier. Des porte-paroles du désespoir — qui voient une occasion d’autopromotion sur les cadavres des autres — aux pèlerins de grosses déclarations internationales, tout y passe, comme à Hollywood. Pourvu que ça fasse intellectuel et important.  
  • L’impunité est devenue une culture, pourvu qu’elle ait la bénédiction de conseils de sages et autres coordinations régionales; à cent millions de francs la séance.
  • Et pendant que l’on assassine des innocents, nous débattons et radotons, espérant sournoisement que quelqu’un d’autre vienne nous guérir du mal que nous avons fabriqué et entretenu. 
  • Malgré les pénibles évènements que nous venons de vivre, d’autres s’amusent encore à comparer l’irréparable à l’éphémère. Leur soif de voir d’autres se faire humilier ne peut être désaltérée par le sang des martyrs.
  • Par bonne ou mauvaise foi, même lorsque nous nous disons neutres ou opposés à certaines bêtises, nous nous laissons entrainer par les évènements sans mesurer l’impact de nos actions. C’était le cas par exemple de notre poétesse nationale, Zena Koumanthio Diallo, qui est allée lire un poème au stade de Labé. Même si le contenu du poème laisse un doute quant aux motivations réelles. Le groupe CGS (CNDD, GOUVERNEMENT et SOUTIENS, je les appelle ainsi pour ne pas en oublier un seul et éviter d’alourdir les textes en citant des noms) en fait une bonne récupération. La cooptation de telles personnalités dans ce genre d’évènements ne consiste qu’à donner un certain crédit à l’évènement et attirer des esprits sensibles.
  • Certains commis aux « réactions et commentaires », cagoulés par les termes grandiloquents de démocratie, dialogue apaisé, liberté d’expression et d’opinion dont ils n’ont jamais connu le sens, commencent déjà à soutenir l’idée d’un gouvernement d’union nationale dirigé encore par les mêmes bandits. Ils veulent inventer des navettes de sortie pour l’un ou l’autre du CGS. Accordons-leur la « liberté de s’exprimer », mais sommes-nous obligés de faire les fous avec eux? Je dois avouer mon inquiétude parce que mes compatriotes commencent encore à en débattre, à réagir. Les connaissant je ne serai pas surpris que, au nom de la paix et du semblant d’unité nationale que prônent les insensés, ils acceptent les rabais empoisonnés, en négociant. Ce sera le plus grand coup à porter à cette unité. 
  • D’autres préfèrent « attaquer » les opinions – non, discuter ou débattre – parce qu’admettre la vérité mettrait leur ethnie en « danger ». Ils ont fait du CGS un outil de combat.
  • Ce n’est qu’au moment où le pire scénario devient réalité sanglante, que nous Guinéens décidons de faire le minimum. En témoignent toutes les grosses marches organisées à travers la planète. Je ne veux pas  faire le "rabat-joie" mais lorsqu’ il y’a des morts, une marche ne suffit plus.  Il nous en faudra beaucoup plus, pour oser parler d’eux avec honneur. 

Dadis n’est que la personnification du mal qui gangrène toute la société guinéenne ;  l’émanation du sentiment que le Guinéen nourrit pour son prochain. Le résultat de la dominance de l’instinct sur la conscience; de la haine sur l’amour du prochain; de l’ivraie sur la raison. Bref, la célébration de la victoire du mal sur le bien. L’incompétence, le mensonge, la roublardise, l’ethnocentrisme et surtout l’immobilisme collectif sont les traits dominants de notre société qui ne peuvent être mieux caricaturés  que par le CGS.
C’est le pire scénario que nous avons voulu unique solution. Nous allons trinquer!
L’allure étant comprise, à mon avis, je ne parlerai pas de toutes les bêtises collectives de ces derniers mois, années ou décennies.

Négocier avec le CGS c’est donc faire des compromissions avec le mal en nous-mêmes.
Par contre, l’affronter est un exercice de thérapie collective. Le vaincre, une revanche du bien sur le mal qui nous guérira tous.

Ces vagabonds sont en perte de contrôle d’un véhicule qu’ils ne seront jamais capables de conduire et ils ne cessent d’appuyer sur l’accélérateur. Allons-nous leur offrir un frein et le volant en plus? Dadis n’est qu’une bête sanguinaire blessée qui sort ses griffes cassées de désespoir. Allons-nous panser ses plaies et lui tendre notre cou afin qu’il s’abreuve de plus de sang? Parce qu’au cas où vous en douteriez, ils tueront encore et encore. Retenez-le!

Le pouvoir de ce régime est une grosse toile, de parodies criminelles, tissée avec des fils du mal, que le CGS ne cesse de fabriquer. Vouloir séparer les bons fils des mauvais, c’est vouloir s’offrir, en proie, aux prédateurs. Ils sont tous dangereux, les uns autant que les autres. Ils sont tellement pris dans leur sale besogne, que rester dans la toile devient vital; ils ont désormais toutes les raisons sanguinaires de s’accrocher indéfiniment au pouvoir. Qu’ils s’entre-dévorent, par instinct de survie, ne changera rien au danger que représente la saleté qu’ils ont voulu installer au sommet de l’État. Les survivants demeureront des éléments du pire scénario!

Après ce diagnostic, que faire donc? Outre la confrontation de nos démons, je ne vois pas réellement d’issue salutaire ou alternative pour reprendre le dessus. Il n’y’a pas de baguette magique pour nous sortir du drame. Je lis ici et là, très peu heureusement, qu’il faut «dialoguer» et,  de  façon à peine voilée, «prendre du temps pour penser aux solutions» en espérant un miracle. C’est encore mal connaitre ce que couve Conakry. Si nous n’affrontons pas ce mal maintenant et ensemble, c’est en rangs dispersés que nous le ferons plus tard contre une multitude de factions. À ce moment là, nous pourrons parler de «somalisation» véritable. L’autre pire scénario qui nous reste à vivre.  Et, chose qui est certaine, ce ne sont pas des actions individualistes, isolées et uniquement documentées, qui nous sortirons de l’auberge.  Encore moins de simples marches ici et là. Que dire du déni collectif que nous pratiquons si bien avec des déclarations du genre «la Guinée ne risque pas de connaitre de guerre comme les autres pays»? J’en parlerai dans la prochaine livraison: Il faut organiser la résistance.

Boubacar Barros Diallo
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