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Point de négociation, il faut arrêter la bêtise collective (suite)

Date de publication:2009-10-07 13:17:30

 2009-10-07 15:12:46

Avant de passer au thème de cette troisième partie, je voudrais saisir l’occasion pour déplorer l’attitude de certains compatriotes qui recommencent à fabriquer des théories sur fond de compromissions qu’ils appellent propositions pour une supposée sortie de crise. Propositions qui tendent à banaliser les crimes commis et vite tourner une page qui n’est pas encore totalement écrite. Nous sommes vraiment au pays où le crime est normal; J’y reviendrai. Pour l’instant, ce que je lis dans ces propositions, outre la naïveté des auteurs conséquence d’une mauvaise lecture des évènements (je ne veux pas faire de procès d’intention), n’est qu’une démonstration de compétences et de capacités intellectuelles qui, dans les circonstances actuelles, n’aura aucune utilité pour la nation. En effet, dès la prise de pouvoir par la junte, peu de mes compatriotes ont choisi d’observer, comprendre et connaitre ces bandits et leurs intentions. Rien que sur le net, il y avait que de quoi rebâtir toutes les nations du monde.

Beaucoup de ces propositions furent tout simplement oubliées aussi vite qu’elles disparurent de la page d’accueil des sites. L’individualisme, si ce n’est l’opportunisme, pousse le Guinéen à croire qu’il est seul à comprendre tous les problèmes de la nation et, tel l’unique mage du village, seul à connaitre le secret de la potion magique qui nous sortira de l’auberge. Certains de ces experts se réclament souvent d’une organisation — voire d’un parti politique – à laquelle ils ne peuvent soumettre leurs miraculeuses solutions. Aux autres, demandez-leur de se réunir dans une structure avec d’autres pour trouver les voies et moyens de joindre l’acte à la parole, vous constaterez qu’ils n’ont pas le temps ou alors qu’ils s’estiment au dessus de tout le monde. Quelques questions me reviennent toujours à l’esprit après la lecture de ces expertises : À qui pensent-ils s’adresser? À qui ces propositions sont-elles destinées? Savent-ils réellement à qui s’adresser? À travers l’expérience guinéenne, il ne serait pas exagéré de dire que trop d’expertise tue un projet parce que personne ne veut se salir les mains. Si tous les savants s’étaient contentés que de rédiger leurs théories, il nous resterait encore à fabriquer la machine d’Atwood, le téléviseur, etc.…
Nous avons à faire à des bandits incultes qui ont tué des innocents. Et non de factions armées de Côte-d’Ivoire, de groupes rebelles ou loyalistes, de Sierra Léone ou du Libéria. Non plus des communistes de l’ex-URSS ou de la Chine, encore moins des démocrates ou républicains de France ou des É.-U.. Pouvons-nous comprendre cela une fois pour toutes? Vous ne faites pas mieux que ces autres qui exigent à chacune de leurs « intelligentes sorties » des « propositions concrètes, au lieu de critiquer ». Pourquoi parler de Principes démocratiques ou d’outils de gouvernance à quelqu’un qui, en ce 21e siècle, ne comprend la notion d’engagement? Nos experts doivent apprendre à redevenir simple être humain en acceptant de redescendre de leur nuage de carrières exceptionnelles puis partager la douleur et les sacrifices que consentissent les simples citoyens guinéens, qui voient leurs proches mourir et subir tout ce qu’il y’ a d’inhumain.
Lorsqu’il s’agit d’aller occuper des postes juteux en Guinée, l’on découvre des CV extraordinaires que vous ne soupçonnerez pas guinéens en d’autres circonstances.
Pour revenir à l’essentiel, je préfère parler de résistance parce qu’à mon avis il faut un équilibre des forces pour définir les arguments d’une éventuelle négociation. Autrement dit, le groupe de Dadis doit savoir qu’il est demandeur et que c’est au peuple de leur offrir une porte de sortie.

3— Organiser la résistance : pourquoi?
À mon avis, il faut éviter de vouloir absolument sortir de crise, sur la base de compromissions intelligentes. Ce fut le cas en 2007 : Conté, en situation de faiblesse, s’était vu offrir une porte de sortie qu’il a vite fait de saisir. Nous savons le reste.
 Ne perdons pas de vue que l’objectif de la communauté internationale, notamment la CEDEAO, n’est pas nécessairement ce qui préoccupe le peuple guinéen. Elles veulent tout simplement éviter une nouvelle déstabilisation du pays qui entrainera nécessairement celle de toute la sous-région. En témoigne, la déclaration suivante concernant la mission de Compaoré : « son objectif est de voir comment il peut aider à trouver les moyens de baisser la tension, redynamiser le processus de transition en Guinée, reprendre le dialogue entre les autorités et les forces vives et voir comment on peut aller vers des élections crédibles et transparentes en Guinée ». Selon les sources, cette déclaration est attribuée au président du Nigeria, Umar Yar’ Adua, ou au président de la commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas. Quoi qu’il en soit, le problème est que dans la zone CEDEAO et en Afrique en Général, bon nombre de conflits sont « résolus » sur la base de compromis qui n’arrange que la classe dirigeante et les carriéristes de ces organisations régionales, le peuple est laissé dans le plan. Parce que, comme dans chaque emploi, ces facilitateurs ont aussi des critères d’évaluation et le principal dans leur cas est celui de la réussite du maintien de la paix ou de la stabilité géopolitique. Preuve : La relative paix en Côte-d’Ivoire et au Togo est attribuée à notre Facilitateur du Faso, son passé ne compte plus et les conditions de cette paix importent peu, pourvu que le peuple avalise et reste tranquille.
 Ainsi, si les Guinéens baissent les bras et que cette communauté internationale estime que le maintien d’un fou comme Dadis permettra de stabiliser le pays, elle encouragera le scénario que nous redoutons tous. Elle ne mènera pas la lutte à notre place.
Par ailleurs, il faut s’inquiéter lorsque le club de la CEDEAO décide de devancer le reste de la communauté internationale, alors que cette dernière parle de sanctions et de mesures d’urgence telles que l’envoi d’une force d’interposition. Nous savons tous quels sont les membres de ce club et tous les blasons qu’il faut redorer dans la sous-région. Le gouvernement libérien vient d’ailleurs de prouver que leur paix est plus importante que celle de notre pays en niant la présence d’anciens rebelles dans notre territoire. Alors qu’il y’a quelques années, et même jusqu'à présent, il était reproché à la Guinée d’héberger leurs rejets. Cette attitude les oblige, de facto, à soutenir le mensonge du Groupe de Conakry quant à l’existence d’une milice secrète. Malgré les témoignages de nos leaders politiques.
La stabilité de la sous-région et de certains pays ne doit pas se maintenir au prix de l’impunité dans notre pays.
Aux leaders politiques : Ne vendez plus nos morts.
Après le mémorandum que les forces vives viennent de soumettre à l’attention du président Blaise Compaoré, j’ai dû revoir le contenu de ce texte. Je ne peux qu’exprimer mon adhésion totale au contenu du document dont certains points sont des préalables à toute forme de négociation. Il ne s’agit donc pas de points à discuter, mais de conditions à remplir par l’autre partie avant de s’inviter à la table, comme dans toute négociation. 
La position exprimée par certains d’entre vous n’est pas que radicale, elle est essentielle et fondamentale pour éviter toute bavure.

  • Étant leaders politiques, vous êtes certainement soumis aux règles de jeu international qui veulent privilégier le dialogue et la négociation en toute situation de crise. Toutefois, dans chaque négociation, les règles et les arguments des uns et des autres doivent être définis. Si certains de ces arguments peuvent faire l’objet de compromis, les compromissions sur les crimes de sang et contre l’humanité n’ont jamais fait le bonheur d’un peuple à long terme. En témoignent nos disputes des cinquante dernières années et la division que suscitent tous les crimes restés impunis jusqu’à nos jours. Chaque Guinéen estimant que ses morts sont plus importants que ceux des autres. Il y va donc de l’avenir de la Guinée.
  • Et, concernant ces crimes, partout ailleurs où ils furent punis, la négociation portait sur les mécanismes juridiques à mettre en place pour éviter que le peuple se fasse justice en faisant sombrer le pays dans un chaos indescriptible. Si cela devait arriver dans notre pays, nous ferons face à un conflit complexe. De même, si vous pariez pour une solution venant de l’armée, notre pays risquerait de sombrer dans un conflit multi-factionnel entre groupes ethniques armés. Vous devrez avoir commencé à comprendre cette situation. Et ce n’est pas en niant la possibilité d’une telle guerre, que la Guinée en évitera une. Certains d’entre vous portent les stigmates encore frais d’une atrocité que beaucoup de Guinéens disaient, hier encore, impossible chez nous. Ce qui me ramène à insister sur l’obligation d’unité qui vous incombe, si vous êtes vraiment patriotes vous pourrez sauver la nation du chaos : c’est l’autre volet de votre mission. Le Guinéen ne peut plus reculer, il est déjà dos au mur et réclame justice.
  • Dans le bras de fer qui s’annonce, vous devez être les avocats du peuple et non des pacificateurs comme le font nos « sages ».
  • Si ces derniers ont un rôle à jouer dans la société, c’est celui d’accompagner moralement et spirituellement les victimes et leurs familles. L’on se doute qu’ils n’en voudront pas parce qu’il n’y a aucune rémunération et cela ne fait pas officiel de la nation. Mais la comédie n’a que trop duré; à chacun sa place dans la société. 
  • Évitez d’encourager ou tolérer des opinions qui suscitent la division et la crainte d’une récupération, en communiquant abondamment pour taire les rumeurs et éviter la formation « de légendes urbaines ». Nous en avons que trop souffert et personne n’en est sorti vainqueur, excepté les opportunistes.
  • Plus important : Invitez vos partisans et comités de soutiens à s’abstenir de toute discussion politique en faveur de l’un ou l’autre; à éviter les querelles de leadership et de positionnement de vos partis respectifs. C’est l’occasion, pour vous, de dire au peuple qu’il est indivisible, avec des actes concrets à l’appui. Il n’y a pas d’ethnie, pas de parti politique. Aujourd’hui, il n’y a que deux parties : le peuple martyr de Guinée, d’une part, et ses assassins, de l’autre.
  • N’hésitez pas de disqualifier Compaoré, et tout le club de la CEDEAO au premier écart. Ils ne doivent pas se faire une carrière ou redorer leur blason, souillé d’échecs, au prix du sacrifice de nos martyrs.
  • Nous ne devons pas permettre un sondage d’opinion à vos adversaires, leurs leaders et partisans ne doivent pas avoir besoin de faire campagne pour qu’ils rejoignent le lot auquel ils appartiennent. L’avantage pour nous est qu’il sera facile d’indexer et dissocier les coupables des victimes, sans ambigüité.   
  • Retenez que nous ne sommes pas en campagne électorale, car nous ne sommes même pas en démocratie.
  • Lorsque notre pays redeviendra normal, chacun pourra faire campagne pour son parti. Vivement, sur la base des programmes de société que vous nous présenterez cette fois parce que votre solidarité et l’action commune permettront certainement de renforcer la fragile unité nationale qui a est assez  malmenée. Ceux qui luttent ensemble savent vivre ensemble.
  • Vous ne pourrez pas clamer que vous ne saviez pas, ou que vous aviez été trompés, comme l’on fait les syndicalistes après 2007.

 

À suivre (compte tenu de la longueur du texte, je vais devoir soumettre ce thème en 2 parties).

Boubacar Barros Diallo
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