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Parlons clairement de « nos crimes » et des vrais coupables

Date de publication:2009-10-20 20:16:53

2009-10-20 22:15:29

Tout le monde se dit choqué actuellement, parce que les faits se sont déroulés en plein air et que les images de la barbarie du 28 septembre font le tour du monde, mais il n’y a rien de nouveau pour le Guinéen qui connait son histoire. 

Il m’arrive parfois de lire ou d’entendre des ignominies intolérables; telles que :

-         La Guinée n’est pas le Libéria ni la Sierra Léone, elle ne connaitra jamais ce que ces pays ont vécu. 

En supposant que ces derniers étaient prédisposés à vivre les atrocités qu’ils ont vécues, dans quel registre inscrire la barbarie que nous connaissons chez nous sachant que les rebelles qui étaient en activité dans ces pays sont plus que jamais proches du pouvoir? Pour un pays en paix, la Guinée vit affreusement les conséquences d’une guerre. 

-         La Guinée n’a jamais vécu ceci auparavant 

Que faisons-nous des témoignages des victimes des camps Boiro, Koundara, PM3 et Kassa? Que dire des « rafles » de Conakry, organisées par des militaires plus portés sur le viol et le vol que l’arrestation de malfaiteurs? Pendant les vacances de 1994, je fus raflé par un de ces commandos ignobles : dans le camion qui nous transportait vers le camp, majoritairement rempli de filles «ramassées» ici et là dans Conakry, aucun bandit. L’une d’entre elles était une ancienne camarade d’école. Après avoir fait un vaste tour de la commune de Ratoma, l’officier qui commandait l’unité ordonna que je sois libéré après une bonne correction. Je ne sais toujours pas pour quel crime autre que j’avais une pièce d’identité – c’est pourquoi je n’avais pas fui en les voyant approcher — et n’avais pas cinq mille francs à offrir au militaire qui m’avait arrêté, je revenais de club. Avec un de ses frères, je vins le lendemain chercher ma camarade au camp, point de filles du camion qui m’avait embarqué la veille; en réaction à mon insistance, un vieil officier me tint ce langage : « ces jeunes-là, quand ils arrêtent les filles ils ne les ramènent pas nécessairement ici; il faut conseiller vos amies; elles doivent rester tranquilles la nuit ». Le pays n’était pas en guerre, il n’y avait pas de couvre-feu non plus, mais c’était notre faute, jeunes fêtards que nous sommes. C’était normal pour l’armée. 

Plus tard, elle m’expliquera sa mésaventure en ces quelques mots : « ils nous ont amenées chez eux et non au camp; à toi de comprendre le reste ». À moi de répliquer naïvement : « mais tes parents qu’est-ce qu’ils en disent »? « Je ne peux rien leur dire non plus parce que c’est moi qu’ils vont châtier, pour être sortie la nuit » me répondit-elle. C’était donc normal pour la société aussi.

Des témoignages de ce type sont légion en Guinée, mais le sujet est tabou. Pourtant, tout le monde sait ce que subissent les filles raflées lorsqu’ elles ne sont pas accompagnées. 

Ce qui me choque :

L’officier de commandement était un quinquagénaire qui ne fit aucun geste pendant que les jeunes militaires « taquinaient » les filles dans le camion. Que dire de celui du camp qui doit avoir pris sa retraite depuis longtemps? Dans le milieu militaire, l’explication est souvent la suivante : « ces filles-là se prennent pour des intouchables… elles nous ridiculisent quand on les drague parce qu’elles parlent français mieux que nous, donc si elles sortent la nuit nous allons leur montrer que nous sommes les patrons». J’ai souvent vu des agents de sécurité s’en prendre à des civils parce que ces derniers « se prennent pour des toubabs » en leur parlant français. Que de haine!

Les femmes sont les premières à trouver que les autres méritent leur malheureux sort. Certaines ne se gênent pas à faire des commentaires du genre : « c’est bien fait pour elles; pourquoi se mêlent-elles des hommes et de la politique? Moi je ne peux pas me faire violer parce que je ne sors pas et je fais attention à mes fréquentations. As-tu vu comment elles s’habillent? »

Je n’invente rien, ce qui précède n’est qu’une retranscription, mot pour mot, d’expressions que j’ai entendues.

Plus choquante est l’attitude des parents, des victimes de ces exactions, qui trouvent que leurs enfants doivent se priver de leurs droits et libertés pour faire plaisir à de véritables sanguinaires du pouvoir. 

-         C’est la faute des leaders politiques : 

De nos jours, je me demande quels schémas psychologiques expliqueraient le raisonnement de ces compatriotes qui prétendent que les tueries sont entièrement ou partiellement imputables aux politiciens et à la population qui est sortie manifester sa désapprobation d’un pouvoir on ne peut plus sanguinaire. Mais devrais-je vraiment me poser la question sachant ce qui précède? Supposons, un instant, que les citoyens ont eu tort de « se laisser manipuler par ces politiciens »; quel est le péché de celui qui se fait attaquer et tuer par des agents de sécurité à son domicile, à l’image d’Amadou Sadio, Sader (paix à son âme) dont la presse nous parle aujourd’hui? Qu’est ce qui «justifierait» cet autre crime?

Dans leurs sermons, souvent motivés par leur proximité avec le pouvoir en place, si ce n’est la trouille et l’ignorance (je ne crois pas qu’ils soient simplement naïfs), « les sages » conseillent aux citoyens de faire profil bas face au pouvoir; « vous êtes corrompus ou manipulés – tels des ignares – par un politicien si vous osez revendiquer vos droits ». Dans leur conception de la citoyenneté et du droit, le Guinéen est un gros bébé immature qui ne doit pas se permettre certaines libertés.  Même s’ils veulent s’en démarquer, leurs positions ne sont pas très loin de l’homme de Koulé, Moussa Dadis, qui déclare que « ce sont les politiciens assoiffés de pouvoir qui ont envoyé les citoyens à la boucherie des éléments incontrôlés de SON armée ». L’assassinat de « la bête » est à imputer au berger et à son troupeau de moutons.

Malheureusement, je constate que,  pour eux, le tournant pris par la Guinée et notamment sa jeunesse depuis les évènements de 2007 n’est qu’un simple slogan : « la Guinée a soif de changement et la jeunesse veut se sacrifier pour ce changement, avec ou sans leaders politiques ». 

Très peu de compatriotes réalisent que nous ne sommes plus à l’époque où une poignée de personnes savait tout; et la majorité : rien. Désormais, tout le monde sait un peu de tout, voilà ce qui a changé et il va falloir s’y adapter. Ces politiciens ont un choix à faire: écouter leurs militants, depuis la base, ou s’effacer politiquement. Ils sont obligés de suivre le rythme du changement.

Il m’arrive même de lire que ces derniers ont toujours convoqué des manifestations auxquelles ils se sont dérobés; n’étant pas adepte de la répétition collective pour avaliser l’ivraie, je souhaite que l’on me donne aussi des dates ou exemples, parce que quelques évènements ont dû m’échapper.

Je ne perdrai pas mon temps à expliquer ce qu’est le droit du citoyen, ils n’y comprendront rien de toutes les façons;  non plus à faire comprendre que lorsqu’il y’a des crimes de cette envergure c’est le chef qui répond le premier et qu’aucune « forfaiture » ne peut justifier le crime appelé « ultime » (un dictionnaire aidera à comprendre ce terme); il me faudra remonter à 1958 pour réécrire des livres qui ne seront pas lus, encore moins compris.  Mon objectif était de dire que l’armée guinéenne a toujours tué, violé et volé impunément avec la passive complicité des civils, à l’image de ces parents, qui préfèrent imputer la responsabilité des crimes aux victimes — fussent-ils leurs enfants — plutôt que d’affronter les coupables. L’impunité et la soumission à la dictature sont de culture guinéenne, apparemment. 

«Hélas! On voit que de tout temps, les petits ont pâti des sottises des grands» (Jean de La fontaine).

Je reviendrai sur la nécessité d’une force de sécurité internationale, une autre chinoiserie sur fond de nationalisme à laquelle je ne comprends rien. Si seulement quelqu’un pouvait m’expliquer, clairement : pourquoi pas?
 
 
Boubacar Barros Diallo
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