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Réaction à l’article de M. Sidikiba Keita : « Dadis doit-il partir ? »

Date de publication:2009-10-21 05:53:36

2009-10-21 07:51:45

Je cherche en vain dans mes souvenirs, je ne trouve rien qui mérite d’exciter plus de douleur et plus de révolte que ce qui s’est passé chez nous ce 28 septembre 2009. En quelques heures, nous sommes passés d’une simple manifestation pacifique à un déluge de cruauté, de la part de nos forces armées, que nous croyions juste impensable et nous n’en étions que plus estomaqués d’apprendre la réaction à chaud de celui qui semble avoir ordonné cette expédition punitive : « Je suis désolé ». 

Aussi cruelle qu’ait été la répression de ce 28 septembre 2009 et aussi profondes qu’aient nécessairement laissé, dans nos esprits, les séquelles de cette journée, il est hors de doute pour moi qu’une grande révolution s’est opérée chez nous. Tous la voient, mais tous ne la jugent point de la même manière. Les uns la considèrent comme un accident et, la prenant pour tel, ils espèrent pouvoir encore l’arrêter ; tandis que d’autres la jugent irrésistible, parce qu’elle leur semble le fait spontané d’un peuple qui a subitement pris conscience qu’il était, s’il ne faisait rien pour l’empêcher, à l’aube de la plus sombre dictature que l’Afrique ait connu. Je suis de la seconde catégorie et je crois sincèrement que M. Sidikiba Keita en est aussi. La seule différence entre M. Keita et moi, ce sont les conséquences que nous en tirons et cette différence tient dans ce passage de son article :

« Toutefois, nous nous opposeront mordicus à toute intervention ou présence d’une quelconque force d’interposition ou d’occupation du sol guinéen. Car, nos illustres ancêtres, combattants intrépides de la lutte anticoloniale, opposants opiniâtres de toute domination étrangère comme leurs incarnations patriotiques d’aujourd’hui se sentiraient souillés. Et nous-en voudront.»

Il n’aura pas échappé aux lecteurs que M. Keita fait ici, volontairement ou involontairement, un amalgame certain entre les notions de force d’interposition et force d’occupation. Je voudrais, à toutes fins utiles, risquer une petite définition : une force d’interposition est, à mon sens, une force qui intervient, à des fins d’apaisement par la dissuasion, dans un conflit qui oppose deux ou plusieurs entités d’un même pays, tandis qu’une force d’occupation est une force étrangère qui, entrant en conflit avec un pays, occupe son territoire plus ou moins durablement. Il va de soi que la Guinée n’est, aujourd’hui, en conflit avec aucun pays étranger et donc l’intervention éventuelle d’une force étrangère ne saurait être interprétée comme le fait d’une force d’occupation.

Cette précision faite, il importe de souligner tout de suite que l’intervention étrangère, sur mandat de l’ONU, que les forces vives de Guinée appellent de leurs vœux ne saurait s’apparenter à aucune des notions précitées. Il est ici question d’une troisième catégorie d’intervention : une mission de protection des civils. Et ce ne serait guère une première du genre en Afrique, car, en effet, les populations du Darfour bénéficient précisément de ce type d’intervention sous le commandement de l’Union Africaine. Il faut également préciser que la force de protection civile aurait aussi pour mission d’assurer la sécurité des futures institutions pour parer a toute velléité de coup d’Etat en attendant des reformes au sein de nos forces de sécurité.

Le lecteur notera que je ne discute pas ici de l’opportunité d’une intervention étrangère dans notre pays. A vrai dire, c’est moins l’opposition catégorique de M. Keita à l’idée de toute intervention extérieure chez nous que les arguments qu’il invoque à l’appui de sa position qui me font réagir. En effet, le nationalisme simpliste qui fait le corpus de son argumentaire est, à mes yeux, tout simplement inacceptable et à la limite de ce qu’on peut attendre d’un intellectuel de son calibre. En invoquant la mémoire de nos « illustres ancêtres », il oublie volontairement qu’ils ne se sont précisément pas battus pour que nous, leurs descendants, vivions dans l’angoisse d’être froidement abattus par notre propre armée s’il nous venait l’idée de manifester notre opposition à la marche de notre pays. Ils ont, au contraire, donner leur vie tout comme nos compatriotes tombés le 28 septembre 2009, pour que nous vivions dans un pays qui nous garantit le droit de choisir librement nos dirigeants et celui de pouvoir manifester notre mécontentement, sans craindre pour notre sécurité, si ce droit était menacé.

Lorsqu’on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands soulèvements populaires qui n’aient tourné, en définitive, au profit des tenants du pouvoir. Si nous ne prenons garde, le massacre du 28 septembre 2009 s’inscrira dans cette logique cruelle de l’histoire de notre pays.

Il est hors de doute pour chacun de nous que le dialogue est la seule voie qui vaille pour une sortie de crise sans nouvel affrontement. La question est de savoir sur quelle base nous fondons ce dialogue. Pour ma part - c’est aussi la position du Forum des Forces Vives de Guinée – il doit être établi de manière indubitable que le Capitaine Dadis Camara, ayant, à tout le moins, la responsabilité morale du massacre du 28 septembre 2009 parce que c’est à lui qu’il incombait, de fait, le devoir de protéger nos compatriotes, est disqualifié pour assurer la gestion du reste de la transition, et que le dialogue ne saurait en aucune manière signifier une absolution pure et simple des coupables du massacre. Il appartient, donc, à la junte de prendre clairement position par rapport à ces préalables.

Au jour d’aujourd’hui, la junte devrait avoir présenté des excuses officielles au peuple de Guinée pour avoir failli à son devoir de protection et engagé des mesures pour se démarquer du carnage. Elle aurait notamment dû, sans qu’on l’eût enjoint, libérer les personnes encore détenues, rendre les corps des victimes aux familles, relever de leurs fonctions tous les officiers ayant été nommément cités par les victimes en attendant la conclusion des enquêtes, interdire à tout militaire le port d’armes et de la tenue en dehors des casernes et rendre à la police et à la gendarmerie leurs fonctions régaliennes quant à la sécurité intérieure. A mon sens, c’est à la rigueur de mesures de ce type que nous pouvons juger de l’opportunité de l’intervention d’une mission civile et de protection sous l’égide de l’Union Africaine ou de la CEDEAO, avec l’appui de l’ONU, de l’Union Européenne et des Etats-Unis. En effet, en adhérant à ces préalables et en s’inscrivant dans une logique de rectification du tort commis, la junte militaire aura prouvé sa bonne foi et la population, rassurée, n’aura pas besoin d’être protégée parce qu’elle n’aura pas à manifester pour peser sur la résolution de la crise.

Je ne sais si j’ai réussi à faire entendre un autre son de cloche sur la problématique d’un éventuel envoi d’une mission de protection civile dans notre pays, mais j’espère de tout mon cœur que les grandes plumes du net guinéen s’empareront de la question et analyseront toutes ses implications pour la résolution de la crise que traverse notre pays.

 

Alhousseny Diallo, depuis Genève.

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