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Plaidoyer pour une nation en faillite…

Date de publication:2009-10-22 18:54:41

2009-10-22 20:53:10

Les récentes  résolutions de la CEDEAO  sur la Guinée viennent s’inscrire dans la panoplie des traditions de sanctions difficiles à mettre en œuvre. Leur lecture laisse tout guinéen quelque peu dubitatif avec un sentiment d’insatisfaction ; les réactions de gouvernements criminels comme la Lybie qui voient d’un mauvais œil l’immixtion de l’étranger rendront presque impossible l’application des sanctions. Sans minimiser le fait tout aussi vrai que tout guinéen restera à jamais redevable à l’opinion internationale des outrages exprimés et du soutien moral, il ne faut pas surestimer l’impact des  actions à partir de l’étranger. 

L’insatisfaction que procure les déclarations de sanctions et des commissions d’enquêtes, vient plus des prémisses sur lesquelles elles sont fondées que de leur caractère nécessairement limité.   Ces prémisses sont, en l’occurrence, une erreur d’appréciation fondamentale de la spécificité de la société guinéenne et de son histoire. 

En premier, la diplomatie assume qu’en Guinée il y a un état. En réalité il n’y en a pas. Du PDG avec son concept creux et fascisant de Parti-État, en passant par le CMRN avec sa kleptomanie et son affairisme invétéré jusqu’aux délires du petit capitaine, il n’y a pas eu d’état dans ce pays. Dans le sens où l’on entend par état la structure administrative qui fonctionne pour policer la nation, il n’y en pas eu. Partant, tous les titres pompeux qu’on donne aux fonctionnaires guinéens sont une imposture masquant l’incurie sous le voile de la mauvaise conscience. Ce qui s’est fait de bon dans le pays en 51 ans l’a été grâce à l’abnégation des citoyens : les enfants réparent les routes carrossables pour se faire un peu de sous, les paysans  se regroupent  en coopératives modernes où traditionnelles pour survivre, les jeunes s’exilent pour entretenir leur familles. Les parents payent les bancs pour que leurs enfants s’asseyent à l’école, la diaspora envoie l’argent pour soigner les malades et nourrir les familles dans les villages. Cette situation de débrouillardise et de précarité, cultivée et entretenu par l’état, a fait de chaque fonctionnaire un rentier sur les biens qui sont censés être publics : prébendes, concussions et pots-de-vin, tout est toléré dans ce laisser-aller fait pour compromettre les élites, souiller les âmes et leur ôter le courage  de se révolter.  Cela explique les tournures gênées des dirigeants de l’opposition guinéenne, presque tous anciens ministres  de Conté, à dénoncer les dérives de Daddis. Dans cette anarchie institutionnalisée, seul est crime la réclame du partage du pouvoir, ou d’un peu de démocratie. Il est inutile de se refugier dans le passé, car autant que l’on peut se souvenir, cela a été toujours le cas. De la « cinquième colonne », au complot peulh, à Kaporo, à Alpha Condé, à Mamadou Ba, aux victimes des tueries récentes, le seul crime punissable  a été de demander des comptes aux gouvernants. Les prédateurs qui rodent encore dans le pays ne sont que la preuve, à contrario,  de cet état de fait. Les fonctionnaires pendus pour avoir refusé de chanter les fausses gloires des chefs la confirmation.

La seconde erreur d’appréciation à laquelle se heurtent les diplomates c’est de croire qu’il y a une armée en Guinée.  Cette assomption a permis à un moment de rêver de divisions en son sein et d’encourager un sursaut de conscience de certaine factions. Cela a été un leurre qui fut entretenu par Conté comme tactique de survie. Il  opposa des factions de sbires pour mieux les neutraliser. Les hommes en uniforme de la Guinée ne sont qu’un ramassis de ratés, condition originelle qui fait d’eux les  voleurs et les criminels que nous connaissons. Historiquement et pour le pire se rend-t-on compte, l’armée a été le dépotoir de la société. Exception pour un intermède des années soixante où il eut un corps d’état de l’armée composé de quelques cadres et dans les années 90 où  des éléments de l’université furent enrôlés.  Au temps colonial, l’armée  fut principalement peuplée d’hommes de castes. Avec l’indépendance, elle fut le lot des échoués de la société ; les enfants impossibles et les mauvais élèves s’y retrouvèrent en masse. La sociologie de tout groupe n’est possible qu’avec des généralisations. Les exceptions  d’officiers éduqués et raffinés que l’on serait tentées de citer ne font que confirmer le fait aberrant qui fait que  notre pays a confié l’exercice de la violence légale à la lie de la société. Ce ramassis  sort de la réserve et  offre au monde des images surréalistes: son chef en caleçon, un sbire déclarant devant une camera de journalistes étrangers qu’il utilise l’arme pour assouvir ses désirs, des interviews de Pivi traitant un général de « machin », les ignobles actes  de viols en plein jour.

La conclusion  qui s’impose est que ceci n’est pas une armée.

Les hésitations des diplomates à voter une résolution d’envoi d’une force d’interposition pour mettre hors d’état de nuire cette chienlit n’en sont que surprenantes  pour le guinéen moyen. Les femmes violées l’on demandé ; les citoyen ordinaires le demandent ; les Forces Vives le demandent. Même ceux qui doutent - étant donné des expériences du passé dans les pays voisins -  de l’efficacité des interventions des troupes africaines savent qu’elles sont un moindre mal. Un bataillon de professionnels ne fera qu’une bouchée de cette vermine. La possibilité d’un précédent d’ingérence humanitaire nous est offerte en Guinée aujourd’hui. On peut discuter des modalités de l’intervention militaire, de son financement, de sa composition,  de sa durée, mais il est moralement insoutenable de disputer son opportunité et sa nécessité. Hélas ! le Liberia nous rappelle amèrement que la réalité diplomatique est un monde où de savants dosages travaillent contre le bon sens.  C’est après 9 ans de boucherie inhumaine que Colin Powell suppliant  le président américain, put organiser une intervention des marines. Quand le bateau fit son apparition au large de Monrovia, la guerre prit fin. Il est navrant de constater qu’il fallut tant de dégâts pour que les américains interviennent dans l’état qui leur est le plus proche en Afrique.   Il est effrayant de voir jusqu’où les manœuvres diplomatiques fondées sur des mauvaises prémisses peuvent empêcher des actions salutaires et de moindre coût pour des millions d’innocents.  

Le leurre de la souveraineté nationale qui agit comme un paravent pour dissimuler l’imbécilité en treillis ou en boubou blanc et  érigé en emblème nationale, vient s’ajouter à ce tableau déjà peu reluisant.  La souveraineté nationale chatouilleuse a été la rengaine de toujours des guinéens. Il y eut d’abord l’oxymoron de liberté dans la pauvreté, l’illusion ridicule de nation d’avant-garde de l’Afrique que s’est soldée dans la capitale la sombre de l’Afrique, ensuite le sacro-saint et fallacieux mythe de richesses naturelles convoitées par « l’impérialisme international ». Cet exhibitionnisme chatouilleux de jeune fille prude en mal d’admiration masque mal le vide sur lequel la nation navigue. Il agit comme un phénomène de compensation collective. Dans le dénuement honteux dans lequel les cadres guinéens se retrouvent face à des nations moins dotées par la nature, l’exaltation des richesses potentielles et d’une dignité cachée sont les seules médications de secours. Ils sont les symptômes d’une société qui refuse de faire face à ses choix erronés. Par inadvertance ou par tricherie, on préfère faire semblant de vivre dans une société normale, voire une république dont la  face longuement cachée dans la fange du m’as-tu-vu, vient de se montrer. C’est sur cette fuite en avant que s’alimentent les phantasmes de solutions rapides de la crise qui gangrène le pays. On entend souvent dire :

« Il suffit qu’il y ait des élections libres. Il suffit qu’un homme instruit vienne au pouvoir. Il suffit qu’on exploite le fer du Nimba etc.»

 Il suffit d’un honnête officier de l’armé disait-on l’année dernière. C’est la corde que tira Daddis pour caracoler au pouvoir pendant 9 mois avant le funeste jour où il montra sa nature sanguinaire. « Il suffit de...», ou « il n’y a qu’à … »  sont des slogans typiquement guinéens, des signes troublants de tares d’une nation dirigée par une élite écervelée  à la mémoire courte et incapable de l’admettre.  Une nation qui veut à tout prix oublier ses morts innocents, les crimes commis, les tombes anonymes, les procès outranciers, les injures des ethnies, les famines organisées  pour s’adonner à  la  danse sur le son funèbre d’une fraternité illusoire qui se résout dans les crimes au grand jour. On a entendu encore des gens dire après le 28 Septembre 2009 que Lansana Conté n’a pas été si sauvage. En 2007 les mêmes personnes avançaient que même Sékou Touré n’a pas osé faire çà, oubliant la filiation directe des maux entre les démons du passé et de ceux du jour ; dans cette  spirale de la décadence sans fin et devant un avenir trouble,  les jours passés sont toujours les meilleurs.

Pour ne pas alourdir la liste, une autre erreur d’appréciation est de croire qu’il y a une opposition en Guinée. Il n’y en a pas. La pléthore de partis politique, les caciques de l’ancien régime qui vendent la pacotille de changement ne font que se bousculer vers le portillon du pouvoir et le garde-manger du trésor public. Un parti politique existe au regard d’un électorat. Quand il n’y a jamais eu d’éclations propres, entretenir l’idée de partis est une fiction et une illusion de normalité. Ce qui eut été approprié dans les circonstances actuelles serait une guérilla pour traquer les assassins. Cette option salutaire ayant été soigneusement écartée du discours, les bonnes volontés se fourvoient dans des chapelles et des sectes ethniques basées sur des affinités douteuses, sans socle idéologique ni un programme minimal de changement. Admettre ce vide serait un premier pas vers une solution politique qui consisterait à :

1)      Engager un débat dans une conférence nationale où l’on pratiquerait une catharsis collective afin de faire le point sur les crimes tabous et les criminels en liberté. Les méfaits reconnus seront pardonnés ou punis avec la loi et qu’on en finisse avec l’impunité malsaine.

2)      Voter par référendum une constitution adaptée aux réalités nationales.

3)      Organiser des élections locales pour réduire la pléthore de partis avant de parler d’élections législatives et présidentielles. Un processus d’au moins 5 ans. A défaut on ne fera que reconduire les pratiques du passé.

Les  conclusions qui s’imposent sont : les populations guinéennes (simples citoyens, politiciens, journalistes etc.) sont les otages d’une mafia et de sa milice. Elles n’ont  jamais eu les dirigeants qu’elles méritent.

Étant donné l’état de décomposition des forces de sécurité, seule une intervention extérieure pourra enrayer la dégénérescence dangereuse. Elle seule pourra réarmer le courage des quelques militaires professionnels mis à la retraite ou à l’écart.  Une telle opération, indispensable du reste si l’on veut arrêter la plongée dans l’abime, peut-être menée à moindre coût. Au risque de paraitre naïf, on peut avancer que, comme au Liberia, sans tirer un coup de fusil, les voyous du camp Alpha Yaya vont fuir ou se fondre dans la population rien qu’a l’annonce du débarquement.  Avec une préparation intelligente, de l’information précise et l’usage de la technologie, l’intervention peut-être raccourcie, les assassins éliminés et les forces extérieures accueillies en libérateurs. 

 Il restera toujours l’équation du nouveau leadership et des chances que les guinéens veulent se donner. Nulle armée ne fera ce travail à leur place. Ils ont besoin de jeter un regard sans complaisance sur leur histoire. Le 28 Septembre 2009 est  la culmination d’un égarement entamé en un autre  28 Septembre 1958. Dans un enthousiasme juvénile et une atmosphère de carnaval, un peuple ramassa dans les urnes la libération sans payer le prix qui convient. Elle la monnaya contre des slogans creux et de la « ma maya » incessante.  C’est l’ancienne puissance colonisatrice qui aujourd’hui s’égosille contre la barbarie que nous exhibons un demi-siècle après qu’on ait dansé et chanté que nous sommes l’avant-garde de l’Afrique. En ces jours de douleurs  il faut  que chacun batte sa coulpe pour avoir  tant soi peu contribué à entretenir l’illusion macabre du développement sans effort et du progrès dans l’encouragement de l’ignorance. Si il y a quelque chose de bon qui doit sortir de cette épreuve c’est l’humilité de se regarder en face et d’admettre que nous avons tous failli. Nous n’avons pas été à la hauteur des promesses implicites ou explicites que nous avons faites de bâtir une nation. Où que l’on ira à partir de ce jour, il convient que l’on se tourne vers la communauté internationale et qu’on admette que l’on a démérité. Nous somme une nation en faillite ; un pays où il n’y a pas seulement une déliquescence économique mais aussi une banqueroute morale. Il n’y a rien de honteux à admettre cela. Le contraire serait cynique et diabolique. Même si on nous a fait croire que nous sommes dans la banlieue du monde, nous en faisons toujours partie. Nous venons humblement demander de l’aide. Si nous ne voulons pas être un autre Haïti, l’humilité s’impose. Le salut passera par taire nos prétentions futiles. Nous nous devons de faire pénitence pour quémander  qu’on nous tire de l’ornière dans laquelle nous tournoyons. Nous ne savons pas comment nous protéger contre les hordes que nous avons enfantées. L’admission que l’indépendance nous fut octroyée permettra de dissiper les mythes de faux héros et de pays d’avant-garde. Nous nous sommes fourvoyés dans l’improvisation et la complaisance. Cinquante et un an après, quand les anciens premiers ministres ont des contusions et des blessures, il n’y a pas d’hôpital pour les soigner. Les cadres supérieurs ont fait d’une mode d’envoyer leurs femmes accoucher dans les cliniques étrangères ; de clamer dans les salons que leurs enfants sont américains ou français par droit du sol. Aujourd’hui, réalisent-ils le vide qu’ils ont contribué à créer ? Rien n’est moins sûr.  Nous  vendons, encore et toujours  de la bauxite brute pour acheter des armes et du riz.  Nos enfants fuient pour rejoindre ceux que nous avons prétendu avoir chassés.

Une fois les tares admises, nous devons faire vœux solennel de tirer les leçons qui s’imposent. Nous allons fouiller dans nos fosses communes pour sortir les vérités que nous avons enfouies avec des innocents. Nous arrêterons la duplicité d’accuser l’occident d’être le diable  et de lui tendre la main sous la table pour des subsides. Nous arrêterons d’utiliser la colonisation comme justification de l’incurie, l’africanité comme refuge pour l’inculte, la famille comme alibi contre la responsabilité individuelle.

Une fois admis que notre pire ennemi c’est nous-mêmes, nous veillerons  à filtrer les passages vers le pouvoir  pour ne laisser passer que ceux qui sont sauront restaurer les valeurs bafouées du travail et de la créativité. Nous serons alors immunisés contre  les solutions de facilité et la tricherie ambiante.

Nous n’accepterons plus jamais qu’un enfant non éduqué devienne  une plaie qui empestera la vie de la communauté. Nous ne tolérerons plus que les innocents oubliés dans les fosses communes ou dans les cachots soient des fantômes qui troublent le sommeil et la paix dans la cité. 

 Seulement alors  les prières du vendredi  seront exaucées. Pour le moment elles ne sont que des incantations blasphématoires.  Elles pourront alors nous réconcilier avec  le vrai ; elles nous permettrons de laver  nos consciences salies par des négligences coupables et la quête trompeuses de saluts personnels aux dépends de  la nation. Si nous apprenons ces leçons les morts ne seront pas en vain.

Ourouro Bah

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