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Interview : Dr Thierno Madjou Sow, Président de l’OGDH

Date de publication:2009-10-29 08:45:06

2009-10-29 09:39:26

Après ce qu’il conviendrait désormais d’appeler le carnage du 28 septembre à Conakry, l’organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et des citoyens condamne  énergiquement le drame et surtout le comportement des militaires guinéens.
Dans cet entretien, le président de l’OGDH nous donne sa lecture de la situation et surtout la position de l’OGDH face à la boucherie humaine perpétrée par le CNDD à travers ses militaires.

Quelle lecture faite-vous des évènements du 28 septembre dernier ?
La lecture est simple vu les faits qui ont été commis. Vous savez,  les forces armées ont tiré à l’horizontale sur la foule qui était à l’intérieur du stade. Et violée les femmes publiquement. Voilà une chose qui est inconcevable. Ces viols correspondent à un crime contre l’humanité, qui peut être même porté devant la cour pénale internationale. Il y a eu des gens qui ont été frappés, torturés de façon abominable. Les militaires ont dansé sur les leaders politiques, ils les ont  conduits presque au seuil de la mort. Ces  crimes sont de natures graves et interdits par la déclaration universelle des droits de l’homme et du peuple, le pacte international relatif au droit civique et politique et surtout à la convention contre la torture. Normes auxquelles la Guinée est signataire. Cela est donc extrêmement grave.

Pensez-vous que cette manifestation du Forum des forces vives était légale?
Vous savez,  c’était interdit, on le dit, mais si une chose n’est pas légale on fait recours à  une juridiction compétente. Car c’est la seule qui peut en décider. Ce sont les juridictions qui savent quand une manifestation est légale ou illégale et quelle est la sanction à appliquer.
Ce n’est pas au pouvoir exécutif de prendre des décisions hâtives. C’est plutôt les juridictions guinéennes qui devraient juger ces gens pour avoir refusé de respecter les normes. Mais est- ce que le fait d’avoir désobéit à une loi  est une raison pour tuer les gens et violer les femmes en public ?  De sorte qu’il y a aujourd’hui des femmes qui sont mortes et d’autres sont devenues folles par l’effet du choc.

Est-ce que l’OGDH a des chiffres exacts des victimes ? Quelle est la situation à votre niveau ?
Pour les femmes violées on n’a pas encore le nombre définitif. En ce moment, on n’a une trentaine de femmes enregistrées et tous les jours on reçoit un plus. Pour ce qui est des victimes, il y a   157 morts. Mais nous avons eu des informations au stade, qui nous  révèlent qu’il y a eu, 8 camions qui ont transporté des corps vers des endroits inconnus. Au niveau des morgues, des corps ont été enlevés et cela est une réalité. Nous allons engager un projet de recensement et nous passerons de famille en famille afin de savoir qui a perdu quelqu’un, qui est mort et qui a disparu. Et on aimerait que ceux qui sont en prison soient libérés pour que leurs noms soient publiés et pour que les parents sachent si la personne est en prison ou alors qu’elle est décédée.  L’OGDH continue donc ses enquêtes pour faire toute la lumière sur le carnage du 28 septembre au stade.

On parle d’une éventuelle association des femmes violées, qu’en est-il ?
Vous savez, nous les ONG, on ne peut pas porter plainte. Ce n’est pas dans le droit guinéen contrairement à d’autres pays qui le peuvent. Ainsi nous avons décidé de constituer une association des victimes. C’est- à dire des femmes violées et une association générale des victimes du 28 septembre. Et ces gens pourront porter plainte contre les crimes commis à leur endroit.

Face à ces crises répétées en Guinée, qu’est-ce que l’OGDH propose pour y mettre fin ?
En juin 2006, il y a eu une crise grave et également en janvier et février 2007. Des gens innocents ont été tués, violés, mutilés et des biens détruits.  Mais il n’y a jamais eu de procès. Plutôt on a observé une totale impunité à l’égard des tueurs.  Il faut que l’impunité cesse et il faut aussi que ceux qui ont commandité et ceux qui ont exécuté soient traduits devant les juridictions dans un Etat de Droit. Ceux qui ont commandité ces crimes doivent être forcement punis.
Il se peut que ça ne soit pas possible aujourd’hui en Guinée, vu les relations du pouvoir exécutif avec le pouvoir judiciaire. Mais tous les guinéens doivent se lever pour que ces criminels soient sanctionnés.  Quand Jean Pierre M’Bemba, alors vice président du Congo,  a envoyé des troupes pour  tuer  et  violer des femmes. Aujourd’hui, il se trouve devant la cour pénale internationale pour répondre de ses crimes.
En Guinée également, Il faut que ces criminels soient traduits devant les juridictions compétentes pour répondre de leurs actes et odieux crimes. Pour que  le Guinéen ne soit pas détruit  de la sorte, durant des années sans qu’il n’y ait aucune réaction. On ne doit pas les laisser faire. Les responsables de ces crimes se prennent pour des dieux et ils pensent qu’ils ont le droit de vie et de mort sur la population.  Je dis non !
Dans un Etat de droit le chef est élu par le peuple qui est souverain.
La position des forces vives aujourd’hui à l’unanimité, c’est  le changement dans la démocratie et l’Etat de droit.
Vous savez,  en janvier et février 2007,  ça été une insurrection populaire, disons jusqu’au village, personne ne voulait plus du régime et de la personne du Général Lansana Conté. Parce que c’était un régime criminel et de dictature. Aujourd’hui, Conté est parti mais les exécutants sont là encore. Oui ! Et donc il faut que ça change.

Déjà, les forces vives refusent d’appartenir au gouvernement d’union nationale  proposé par le chef de la junte.  Qu’en dites-vous ?
 Les forces vives ont tout simplement dit qu’ils ne peuvent plus travailler avec un homme qui a le sang sur la main. Et ils exigent un éclaircissement sur les crimes qui ont été commis avant toute autre négociation.  Je crois que c’est l’unique solution pour une sortie de crise en Guinée. Pour que les guinéens puissent enfin vivre dans la paix et la quiétude sociale.

Quel  appel  lancez- vous à la population guinéenne après ces tueries?
C’est de nous envoyer la liste des personnes blessées, tuées, violées et disparues. Parce qu’on aurait appris qu’il y a eu des gens qui ont été amputé des bras et l’information est d’une source sûre.  On peut même avoir les preuves. La situation est très complexe en ce moment. Tout le monde doit se lever pour  aider l’OGDH à faire la lumière sur le massacre du 28 septembre.

Que pensez-vous des consultations électorales prévues en janvier 2010 ?
 C’est difficile d’y penser même s’il n’y avait  pas eu ces événements. Actuellement,  avec ce qui s’est passé le 28 septembre, je ne suis pas certain qu’on parte aux élections. Je crois qu’on a souvent mis les élections en avant sans penser à ce qu’il faut, pour aller aux élections. Les élections ce n’est pas du n’importe quoi, c’est un élément important en démocratie.  Mais ce n’est pas un élément déterminant en démocratie. Dans le cas guinéen, on doit beaucoup y réfléchir.

Réalisée par Ahmadou 1 Diallo

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