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La situation dans les provinces (Guinée)

Date de publication:2009-10-29 15:35:14

2009-10-29 16:32:43

L’administration publique a été militarisée à travers tout le pays. Trente des trente-trois préfets ont été remplacés par des officiers de l’armée. Sur les 350 sous-préfets, 50 sont également des militaires, tout comme les 8 gouverneurs de région. Ces nouvelles recrues de la junte ont mobilisé des soutiens locaux à Dadis Camara et au CNDD à travers la création de groupes de soutien pro-junte et d’organisations de jeunes qui ont vu le jour dans toutes les provinces. Une source crédible a déclaré à Crisis Group que les sous-préfets de Guinée forestière avaient pour ordre de ne tolérer aucune réunion politique à l’exception de celles en faveur du chef de la junte.

Les membres de ces groupes de soutien décrivent Dadis Camara comme un libérateur, semblable à d’autres soldats-politiciens ouest-africains tels que Jerry Rawlings du Ghana ou Amadou Toumani Touré du Mali. Ils ont organisé des tournois de football en l’honneur du CNDD et des réceptions pour accueillir des membres de la junte en visite. Ils ont également été transportés jusqu’à Conakry pour fournir un soutien visible aux dirigeants de la junte et pour remplir le Palais des peuples, par exemple lors de la réunion du groupe de contact international du 3 septembre.La multiplication des associations de jeunes et des groupes de soutien inquiète la société civile. A Boké, des dirigeants de la société civile ont publié un communiqué de presse dans lequel ils conseillent vivement à leurs membres de renoncer à prendre part aux activités de  telles entités.

Les entretiens de Crisis Group ont confirmé le soupçon répandu que ces groupes bénéficient régulièrement des largesses financières de la junte. Le fait qu’ils peuvent avoir une forte influence déstabilisatrice a été démontré à Macenta en août, quand un conflit autour de la distribution des 100 millions de francs guinéens ($20,000) donnés par le ministre de la défense à des groupes de jeunes a provoqué des rixes et des affrontements entre des jeunes et les autorités locales.

En Guinée forestière, la mobilisation politique orchestrée par le CNDD a accru les tensions entre les communautés. Les partisans de Dadis Camara ont joué sur le sentiment d’exclusion du pouvoir de son groupe ethnique forestier. Dans certains cas, cela a pris des accents incendiaires, comme par exemple lorsque Moussa Keita, le secrétaire permanent du CNDD, en visite à Nzérékoré en juillet 2009, a présenté le débat sous la forme de « Dadis ou la mort ». Cette déclaration et sa référence implicite à d’anciennes violences intercommunautaires ont été interprétées comme une tentative de mobiliser la population selon des critères ethniques. Ceci est particulièrement inquiétant dans les centres urbains, où les groupes forestiers vivent aux côtés de larges communautés de Malinké et de Peul, dont beaucoup dirigent actuellement la campagne contre les ambitions électorales du chef de la junte.Cette instabilité ethnique a des origines historiques importantes. La région a connu plusieurs épisodes de conflits, dont le souvenir est encore vivace dans l’esprit des habitants. Au début des années 1990, feu le président Conté tenait un discours qui jouait sur les divisions ethniques pour rassembler des voix dans le nouveau contexte du multipartisme. En 1991, lors d’une visite immédiatement après les élections municipales, il soutint que les groupes non-indigènes n’avaient aucun droit à jouer un rôle de premier plan sur la scène politique régionale et il souligna la menace supposée qu’ils représentaient. Les Malinké se sentirent particulièrement visés, d’autant plus que l’opposant principal de Conté à cette époque, Alpha Condé, était malinké. Ses remarques provoquèrent également des affrontements ethniques entre les Guerza et les Konianké qui firent plusieurs morts dans la région de Nzérékoré. Si un directeur d’ONG travaillant à la prévention des conflits dans la région a décrit les affrontements ethniques de 2004 et 2006 comme moins destructeurs, le schéma de violence intercommunautaire souligne les dangers d’une mobilisation politique à la façon du CNDD.

Suivant l’attaque menée en 2000-2001 en Guinée forestière par les forces du président libérien de l’époque, Charles Taylor, Conté avait recruté, entraîné et armé des volontaires pour combattre aux côtés de l’armée régulière. La plupart de ces jeunes recrues – 6 000 environ – ne prirent jamais part à un processus de désarmement formel. Ils ont depuis lors représenté une source majeure de troubles sociaux dans la région. La hausse des crimes a été attribuée à ce désarmement inachevé et à l’absence d’emplois licites pour les anciens volontaires.La plupart des jeunes recrutés par Conté pour combattre Charles Taylor étaient basés à Macenta et finirent par intégrer des milices engagées dans la guerre civile libérienne – d’abord au sein de l’ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy) puis du LURD (Liberians United for Reconciliation and Democracy). La plupart de ces anciens combattants, maintenant communément appelés « les enfants associés », sont dispersés dans la région, avec une forte présence dans les banlieues de Horoya-Angola et de Wessoa à Nzérékoré. En plus d’un petit nombre de Libériens, la majorité de ces anciens combattants sont issus du groupe ethnique des Manian de Macenta. 600 d’entre eux ont  incorporé l’armée régulière, et 540 ont été sélectionnés pour suivre un programme de formation financé par l’UE à l’Université pour le développement communautaire de Guinée à Nzérékoré, mais environ 3 000 candidats éligibles n’ont pas pu bénéficier de ce programme.

Des groupes de soutien au CNDD, en particulier des groupes de jeunes, voient également le jour dans d’autres régions. Contrairement à ceux de la Guinée forestière, où les groupes de soutien au CNDD se définissent selon des affiliations ethno-régionales, ils sont promus par le haut, généralement par le préfet ou le gouverneur. Par exemple, dans des villes comme Mamou, Faranah, Kan­kan, Siguiri et Boké, ils sont vus comme un moyen d’attirer des financements et la bienveillance de la junte. A Faranah, un fonctionnaire du bureau du préfet a souligné la vitesse à laquelle des fonds peuvent être obtenus pour organiser des événements en l’honneur du CNDD. A Mamou, un dirigeant syndical a déclaré à Crisis Group qu’un préfet avait organisé une réunion au cours de laquelle il avait appelé les membres de la société civile à participer au groupe local de soutien au CNDD.

Le soutien initial que la junte avait pu attirer grâce à ses prises de position contre la corruption et la criminalité s’est cependant évaporé, particulièrement au vu des ambitions politiques de Dadis Camara. Les groupes de soutien font maintenant face à une opposition concertée de la part des branches régionales des Forces Vives, comme de la part des Guinéens ordinaires qui ne

portent pas le pouvoir militaire dans leurs cœurs. Source: Crisis Group http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=6349&l=2

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