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ENTRETIEN AVEC PROFESSEUR BOUBACAR BARRY

Date de publication:2009-11-02 21:25:53

2009-11-02 22:23:07 

La répression sanglante à laquelle on a assistée le 28 septembre en Guinée était-elle prévisible ?

Avant tout d’abord, je dois m’incliner devant la mémoire de tous les disparus. Ce sont des personnes innocentes qui ont été massacrées avec une barbarie sans égale. Oui, je pense que c’était prévisible en soi compte tenu de la tradition de violence, de brutalité et d’impunité que la Guinée a connue depuis pratiquement un demi-siècle. Tous les ingrédients étaient là pour aboutir à ce drame.  C’était le devoir de l’autorité actuelle de prévenir. Malheureusement, elle ne l’a pas fait. Le massacre du 28 septembre complique davantage l’impasse politique dans laquelle la Guinée s’est accommodée depuis son indépendance en 1958.

Comment voulez vous que Dadis Camara et le Cndd préviennent si eux même sont des produits de cette tradition de violence que vous venez de décrier ?

 En réalité, c’est toute la Guinée qui est malade d’elle-même. Elle est malade des 24 ans du régime de Sékou Touré qui a conduit la dictature du parti unique, du parti Etat et qui a mis en place tous les ingrédients qui ont abouti au régime militaire du Général Lansana Conté. Naturellement Dadis est le produit de ce système et son régime n’est qu’une continuation du régime militaire de Conté. D’ailleurs, il se réclame comme héritier de celui-là. Il y a là tout un engrenage. La Guinée vient de fêter ses 50 ans malheureusement sans avoir tiré les leçons des drames qui ont jalonné son histoire. Mais je ne pense pas nécessaire de se focaliser sur le Capitaine Dadis Camara en soi.

Pratiquement aucune institution ne fonctionne en Guinée. Dans ces conditions peut-on parler  d’Etat dans ce pays ?

Evidemment. Comme tous les Etats voisins, l’Etat guinéen a existé du fait de l’accession à la souveraineté nationale à partir des indépendances sur la base de frontières héritées de la colonisation  Maintenant  qu’est ce qu’on a fait de cet Etat ? C’est là, la véritable question qu’on ne peut élucider en peu de temps compte tenu de la complexité de l’évolution historique de la Guinée. Il faut toute une recherche pour voir par quelle étape cet Etat est passée pour aboutir à la situation actuelle.

Beaucoup pensent que le père de la nation, Sékou Touré est grandement responsable de la situation actuelle de la Guinée. Êtes-vous de cet avis ?

Le rôle de Sékou Touré dans la situation actuelle est primordial dans la mesure où il a présidé aux destinées de la Guinée pendant un quart de siècle. Sous son règne, ce pays a connu différentes étapes vers la constitution du parti Etat, d’une dictature politique fondée sur diverses idéologies socialiste, marxiste et enfin religieuse avec l’islam mis en avant. C’est Sékou Touré qui a instauré la terreur politique et idéologique en Guinée. Pourtant le vote unanime du peuple guinéen en 1958 avait suscité beaucoup d’espoir à la fois à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est ce qui explique que beaucoup de patriotes africains comme le burkinabé Joseph Kizerbo et le Sénégalais David Diop ont volé au secours de la Guinée en 1958 parce que c’était le seul pays qui avait voté non au référendum du Général De Gaulle. Et justement du fait de cette prise de position, la Guinée a fait partie des pays dits révolutionnaires avec le Ghana. Rejoints plus tard par le Mali, ces pays ont constitué le fer de lance du mouvement d’émancipation de l’Afrique. Par conséquent, la Guinée y a joué un rôle phare. Mais la première rupture sur le plan interne, c’est la grève de 1961. L’ensemble des élèves et étudiants guinéens avaient protesté contre l’arrestation des syndicats d’enseignants.  A l’époque, ces derniers revendiquaient un certain nombre d’avantages qui avaient été spoliés. Les grévistes réclamaient de meilleures conditions de travail notamment des avantages sur le plan matériel et pédagogique. Ce qui, aux yeux des autorités, était considéré comme étant un complot.  

Ce fut alors la répression des intellectuels dont une grande partie opta pour l’exil…
 
Cette grève de 1961  qui a vu l’ensemble des collèges et lycées de Guinée fermés-  suite à la  répression et à l’emprisonnement des syndicalistes-  est la première rupture entre le Parti démocratique de Guinée (PDG) de l’époque et son aile gauche, surtout les intellectuels.  A partir de ce moment, il y a une trajectoire vers la violence politique, la dictature du parti unique justifiée par une idéologie révolutionnaire contre l’impérialisme, justifiée aussi par le fait que la Guinée était plus ou moins menacée de l’extérieur. C’est tout cela qui a conduit à la politique d’embrigadement de la population à laquelle on a assistée. Celle-ci s’appuyait sur des bases très ambigües comme le patriotisme qui était maintenant exacerbée pour avoir des positions au niveau de l’Etat, de l’armée et de l’ensemble des institutions. Progressivement, on a abouti à la primauté du parti sur les compétences. Cette politique de complots successifs a été maintenue sur la tête des guinéens comme une épée de Damoclès les obligeant soit à accepter le fait accompli soit à partir. L’exode des guinéens, en particulier des intellectuels, date de cette époque où notre génération a quitté pour la plupart la Guinée. Jusqu’aux années 1970, il y avait deux millions de guinéens à l’extérieur. Cette situation a empiré dans la mesure où sur le plan politique, il n’y a pas eu une évolution démocratique interne. Et la tentative des gens de l’extérieur de rentrer en Guinée a donné lieu aux événements de 1970 (Ndlr : c’est cette année qu’il y a eu le débarquement de soit disant portugais avec la complicité de certains opposants guinéens faisant la guinée un peuple martyr de l’impérialisme portugais) renforçant la capacité du maintien du pouvoir dictatorial à l’intérieur. Tout cela a créé une succession d’emprises sur la population et d’une organisation très systématique de la base au sommet de l’ensemble du territoire guinéen sur la base des comités du parti. Voilà comment le parti a pris la primauté sur l’Etat. nous avons assisté à une série de complots au cours desquels différentes tranches de la société, y compris certains membres du PDG ou d’anciens leaders de ce parti,  ont été envoyés au Camps Boiro.   Cette terreur politique suivie d’emprisonnements et de pendaisons publiques consécutives aux événements de 1970 a donc donné à Sékou Touré la possibilité d’organiser la violence interne engendrant la mort des centaines de personnalités politiques.

Justement, au regard de tout ce qui passe en Guinée, est-ce qu’on peut parler d’une victoire de l’armée sur l’intelligentsia dans ce pays ?

Non, ce n’est pas une victoire de l’armée. Parce qu’il y a eu, un moment donné, un complot contre l’armée. De nombreux officiers de l’armée guinéenne, avec le ministre de la défense Fodé Ba Keita, ont été emprisonnés par Sékou Touré. Donc, c’est tous les secteurs de la société qui ont été touchés par ces complots, le plus souvent fictifs, qui ont donné l’occasion au régime de semer la terreur et de mettre en prison qui il voulait. Cela a créé une atmosphère de violences politique et physique. Il est vrai que différents corps de l’armée ont joué un rôle assez important  dans cette répression. Mais eux aussi ont été divisés.  Il y a eu la milice de Sékou Touré qui avait plus de pouvoirs que les officiers de l’armée. Toute la hiérarchie militaire a été bafouillée. Un caporal pouvait avoir plus de primauté politique qu’un Général de l’armée. C’est cette décomposition de l’Etat et de la société guinéenne qui a permis à Sékou Touré de se maintenir au pouvoir jusqu’à sa mort en 1984. Autrement dit, c’est toute la structure de l’Etat qui était démantelée. Et dans cette situation, les cadres et autres intellectuels guinéens qui n’avaient pas fuis étaient soumis à cette logique du parti unique qui décidait de la base au sommet de tous les problèmes du pays

Tout porte à croire que la majorité des victimes du lundi 28 septembre sont des Peuls. Les craintes d’un conflit ethnique sont elles fondées en Guinée ?

C’est très difficile de parler de problèmes ethniques en Guinée. Parce que c’est un cadeau empoisonné. C’est un couteau à double tranchant. Le problème de la Guinée n’est pas un problème ethnique en soi. Mais plutôt un problème de démocratie. La grande question est de savoir si les guinéens sont aujourd’hui à mesure d’être des citoyens avec leurs droits : droits de se réunir, de s’exprimer, d’élire leurs dirigeants, de contrôler leurs dirigeants….. C’est cela le problème majeur de la Guinée.  Maintenant, lorsqu’il n’y a pas une vie démocratique, il y a danger et l’ethnie est toujours là pour être manipulée de droite à gauche pour justifier les actes de ceux qui sont au pouvoir ou de l’opposition. Donc, c’est l’absence de vie politique qui est aujourd’hui le véritable problème de la Guinée. En tant qu’historien, je n’ai aucun problème pour comprendre l’évolution de ces peuples à l’intérieur de cet espace territorial qu’est la Guinée. Pour moi, la Guinée est une sorte de prison parce que tous ces peuples qui sont aujourd’hui en guinée appartiennent aussi à des espaces sénégalais, Bissau guinéen, malien, ivoirien, sierra léonais et du Libéria. Par conséquent, le problème ethnique est un poison que les Etats nations n’ont pas résolu. Ils ne l’ont pas osé aborder en face pour faire la différence entre la culture de ces populations et leur appartenance géographique à un moment donné de l’histoire. En guinée, il existe un brassage ethnique depuis très longtemps et qui s’est même amplifié. Conakry est devenue une capitale cosmopolite qui renferme toutes les populations de la Guinée. Le fait qu’on ait mis en place un pouvoir centralisé, avec la capitale comme centre de gravité de toute la vie politique, économique et sociale, a engendré le déplacement de beaucoup de guinéens vers Conakry comme c’est le cas à Dakar, Freetown, Abidjan.
La Guinée, comme tous les autres pays, est donc constituée effectivement, je ne dirai pas d’ethnie, mais de peuples qui étaient là avant la colonisation. Ces peuples ont une histoire dans des structures étatique, politique et sociale. Mieux, ils ont une histoire de migration dans cet espace depuis des siècles. Tout cela doit être pris en compte pour comprendre la situation et l’évolution de chacune des parties de ce corps social.

Quelles solutions préconisez-vous pour aider la Guinée à sortir de cette crise cyclique ?

Avec les tragiques événements du 28 septembre, la sortie de crise devient  très complexe. La Guinée et les guinéens ont eu trois chances dans leur vie. La première intervient en 1958 lorsque la Guinée accéda à l’indépendance sans effusion de sang. Toutes les forces politiques du pays, dans un élan unitaire, avaient dit non au Général De Gaulle et voté pour l’indépendance. Mais le futur de la Guinée a été confisqué par le régime de Sékou Touré. Celui-ci en mettant en place une idéologie obscure pour dire qu’il y a des guinéens plus patriotes que d’autres, a sapé les fondements de la démocratie. Avec Sékou Touré, on a également assisté à une dévalorisation du mérite scolaire. Les tenants du pouvoir de l’époque avaient mis en œuvre une idéologie qui disait qu’on n’avait pas besoin d’aller à l’école pour gouverner. Tout cela a conduit, en 1984 (Ndlr : mort de Sékou Touré)  au coup d’Etat militaire qui s’est également fait sans effusion de sang. Cette fois-ci aussi (deuxième chance) au lieu que le régime militaire mette en place des structures démocratiques, on a mis en place une dictature militaire. Lansana Conté est lui aussi mort au pouvoir. Il a gagné toutes les élections parce qu’il avait l’appareil d’Etat. Conté a gagné surtout parce qu’il avait le contrôle de l’armée. Son règne a été marqué par une exacerbation de la corruption qui a miné l’ensemble des structures de l’Etat. Aujourd’hui, malgré ses richesses minières, la Guinée n’a ni eau ni électricité. Mais ce ne sont pas seulement les populations qui sont victimes du régime de Conté. L’armée aussi a été paupérisée malgré le contrôle qu’il exerçait sur elle. C’est cette armée pauvre et déstructurée qui a pris le pouvoir après la mort du Général Conté. Comme en 1958 et 1984, 2009 (troisième chance) était également une chance inouïe pour la Guinée. L’espoir suscité avec l’arrivée du Cndd et Dadis Camara était doublement fondé. D’abord, parce qu’il avait pris l’engagement de remettre la Guinée sur les rails en luttant contre la corruption. Ensuite et surtout il avait promis qu’il allait remettre le pouvoir aux civils après la transition. Mais comme Sékou Touré et Lansana Conté, Dadis Camara a lui aussi déçu.  Il y a eu une sorte de tergiversation continue autour de la durée de la transition et une suspicion autour de sa candidature ou non qui ont conduit aux événements du 28 septembre. A présent nous revenons à la case de départ.

Vous voulez dire que la Guinée est condamnée à vivre ces violences politiques ?

C’est justement là la question. Est-ce que la Guinée peut sortir de cette nouvelle impasse parce qu’il s’agit véritablement d’une impasse très grave ?. Est-ce que pour sortir de cette impasse, il faut un nouveau coup d’Etat militaire ?. Non. Est-ce qu’il faut une intervention des forces internationales pour mettre à tutelle le pays. ? Cette option aussi a ses avantages et ses inconvénients. Est-ce que c’est le peuple qui doit se soulever pour déshabiller son armée ? Cela posera sans nul doute d’autres problèmes. C’est dire la difficulté pour la Guinée de sortir de cette impasse. Toujours est-il que la classe politique regroupée au sein des forces vives et le régime militaire doivent  penser à ce peuple de Guinée et qu’ils trouvent une solution à cette situation. Et cette solution ne peut être que politique.

Si je vous comprends, la classe politique doit accepter la main tendue du Cndd ?

 Je ne peux pas dire sous quelle forme. Mais je pense qu’il y a urgence à régler le problème de l’avenir de la Guinée de façon juste. De façon juste avec l’aide de la Communauté internationale et en particulier de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui s’est d’ailleurs impliquée. Toutefois, il y a un certain nombre de conditions. A mon avis, il faut éclairer les circonstances dans lesquelles ces massacres ont eu lieu et aller vers une conférence de réconciliation nationale sur la base de la vérité des faits. Le peuple de Guinée ne peut plus tricher avec les faits. On ne doit plus accepter l’impunité. En outre, il faut absolument qu’il y ait une période de transition au cours de laquelle on mettra en place un gouvernement d’union nationale qui aura pour objectif de remettre en place les institutions.

Les Forces vives veulent un gouvernement d’union nationale excluant les militaires. Cela est-il envisageable dans le contexte actuel de la Guinée ?

C’est normal que les forces vives mettent la barre très haut. Mais des compromis sont nécessaires pour la vie de toute nation. La Guinée ne peut résoudre ses problèmes en un jour ni en une semaine. La sortie de crise demande un long processus parce que le mal est profond. La vie démocratique est un état d’esprit et l’équation du 28 septembre était simple : c’était le droit de pouvoir manifester pacifiquement. Si ce droit était accepté par les autorités guinéennes, on n’aurait pas eu ces tueries. Donc, c’est le droit fondamental d’expression des citoyens qui a été bafouillé. Nous sommes toujours, en Guinée, dans un pays où une seule radio et une seule télévision existent et qui diffusent le point de vue de l’Etat quelque soit la tyrannie politique en vigueur. Je vis avec ce mal dans la chair. C’est pourquoi, le plus important aujourd’hui, est certainement de trouver un compromis entre les Forces vives et l’armée guinéenne qui est partie prenante de toute solution. Avec sou sans Dadis Camara. Je pense qu’il y a urgence d’assurer la sécurité des populations et un minimum de vie démocratique. Mais aussi l’élaboration d’une feuille de route. Aujourd’hui, la Guinée n’a ni assemblée ni élus locaux. C’est pourquoi, le retour à l’ordre constitutionnel passera nécessairement par une concertation, à long termes, entre toutes les couches sociales de la Guinée. Personne ne souhaite que la Guinée tombe dans l’anarchie. C’est pourquoi, il faut que les guinéens soient mis dans les conditions de sécurité pour discuter sereinement de leur avenir

Selon vous, quel profil doit avoir un président d’un pays en ruine comme la Guinée ?

Il faut éviter cette tendance à penser qu’une personne est comme un messie qui va résoudre d’une baguette les problèmes. Cette idée de l’Etat nation incarnée par la personnalité d’un président qui a pouvoir sur tout, de vie et de mort, qui nomme à toutes les fonctions doit être bannie. C’est cette centralisation à outrance qu’on a vécue depuis les indépendances qui crèvent les nations et les minent. Dans nos pays, tout est concentré dans les capitales. Je pense qu’il faut revenir à une restructuration de l’espace territorial qui donne une grande autonomie aux régions. Notre relation avec le pouvoir qu’il soit civil ou militaire doit changer. Cela est valable aussi bien pour la Guinée que pour les autres pays de la Cedeao

Vous posez un vieux débat sur la viabilité des micros Etats issus de la colonisation …

Je pense que l’Etat nation tel qu’il a été conçu et consolidé dans le cadre des frontières héritées de la colonisation pose problème Il y a urgence de remettre en cause l’Etat colonial qui était fait de violences et qui fait que nous avons aujourd’hui un Etat et des sujets et non des citoyens. Nous devons reposer le rapport Etat Citoyens. Quelle est la place du citoyen dans la définition de cet Etat ? Quelle est la capacité du citoyen d’élire à tout moment ses dirigeants. Comment il doit les contrôler ? C’est cela le problème de fond dans nos pays. Donc, la crise guinéenne est une crise cyclique qui est déjà passée dans d’autres pays de la Cedeao. Malheureusement, la Guinée n’a pas tiré les leçons de ce qui s’est passé chez  ses voisins. Aujourd’hui, en Guinée et dans la plupart des pays africains, il n’y a pas une séparation des pouvoirs. Le syndrome est contagieux et peut arriver à beaucoup de pays de la sous région. en Guinée, comme dans la plupart des pays africains, les conditions d’une démocratie véritable ne sont pas aujourd’hui crées pour que le peuple choisisse son leader.  

Propos recueillis par Abdoulaye DIALLO

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