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Le fanatisme religieux au cœur de la vie des Guinéens

Date de publication:2009-11-17 01:34:30

2009-11-17 02:15:52

Depuis plus d’une décennie, les guinéens, jadis habitués à un islam simple, sont confrontés à une autre pratique de la même religion, mais cette fois-ci de la façon la plus extrémiste. Des écoles spécialisées poussent partout comme des champignons sans aucun contrôle du pouvoir central. A travers la ville de Conakry et en province, les habitudes vestimentaires des populations changent petit à petit. Dorénavant, pour les hommes, il faut  laisser une barbe, couper le pantalon au niveau de la cheville. Quant aux femmes, elles doivent se couvrir tout le corps et même le visage. Celles qui n’obéissent pas à  la nouvelle pratique subissent de dures épreuves. 

L’extrémisme religieux prend peu à peu de l’ampleur en Guinée. C’est nouveau. Car, dans un passé récent, ce pays a connu  une cohabitation pacifique entre les différentes religions pratiquées sur l’ensemble du territoire national. D’ailleurs, la loi fondamentale stipule que ‘’la Guinée est une république laïque’’. C’est donc avec stupéfaction que les citoyens se voient aujourd’hui envahis par de nouveaux courants religieux introduit en Guinée par des revenants de la Côte d’Ivoire et d’ailleurs, financés par des réseaux saoudiens ou iraniens. L’intégrisme musulman à travers le Wahhabisme surtout, les Guinéens le vivent désormais au quotidien. Des écoles sont même ouvertes pour la circonstance dans certains quartiers de Conakry et à l’intérieur du pays.  L’objectif n’est rien d’autre que la propagation de l’idéologie et les dogmes wahhabites qui ont fait leur preuve en Afghanistan.

Dans certaines familles, le refus d’intégrer ces écoles ou de se plier aux principes de cette pratique religieuse est plus qu’un crime.  Certains vont jusqu’à se rebaptiser en prenant des prénoms arabes, ignorant que ces noms sont portés par des chrétiens dans les pays arabes. Des Mamadou deviennent Mohamed, des Amadou se disent Ahmed etc. Savent –ils qu’il y a des Arabes chrétiens et animistes qui s’appellent Mohamed ? L’exemple de l’ancien chef de gouvernement irakien, Tarek Aziz, et du Dr M. Charouk, un chrétien qui affronta Ahmed Didate dans un débat religieux nous le démontre suffisamment. Les Arabes tirent leurs noms de leur culture. Ils ont tous des significations en arabe et n’ont rien avec la religion proprement dite. Le père du prophète qui n’a pas connu l’Islam s’appelait Abdallah. Sa maman qui n’a pas connu l’Islam s’appelait Amina. Jamila veut dire fleur, Jaouwad, cheval. Pourquoi devons-nous abandonner nos noms pour ceux d’une autre culture ? C’est de l’ignorance et un manque de responsabilité politique de nos gouvernants, rien de plus.

Aujourd’hui, les victimes de l’intégrisme wahhabite sont de plus en plus nombreuses et les filles restent les principales cibles.

La semaine dernière, Issiagha Aziz Sow a chassé trois de ses enfants. (Un garçon et deux filles). Il accuse le garçon de n’avoir pas participé à la prière du vendredi.  Quant aux filles, leur père les accuse de porter des habits extravagants (jupes, pantalon). L’on se rappelle d’ailleurs qu’en fin 2008, le vieux Lamine Nourdine Souaré, un autre fanatique avait pris la décision de faire lapider une de ses filles du nom de Fatimata, tombée en ceinte alors qu’elle n’était pas mariée.  Il aura fallu l’intervention in extremis des  policiers alertés  par les voisins.

A travers le pays, elles sont nombreuses aujourd’hui les mères de famille qui se plaignent du comportement de leurs  époux vis-à-vis de leurs filles.  « Nos époux veulent qu’on vive comme au temps du prophète  Mahomet. Mais qu’ils sachent que le monde évolue. Il y a plusieurs siècles qui nous séparent de cette époque. Nos enfants n’ont plus le temps de s’amuser  comme ils le veulent. On les oblige à se couvrir tout le corps et même le visage. Ça c’est difficile comme vie » se lamente une mère de famille venue rendre visite à notre rédaction. Mais, sa plus grande déception est le silence des autorités  par rapport au calvaire que vivent, elle et ses compatriotes : « Je ne sais pas pourquoi les autorités n’interdisent pas cette pratique religieuse qui apporte tant d’ennuis dans les familles ».

La crise aidant, les mouvements wahhabiyas étant financés par des Arabes, l’intégrisme religieux se propage et gagne  même les  contrées les plus reculées du pays.

Contrairement à ce que cette dame croit elle-même, le wahhabisme ne vient pas du prophète Mohammad (paix et salut sur lui) qui prêchait un Islam tolérant jusqu’à sa disparition. Il n’a jamais connu lui-même le wahhabisme.

En effet, Le Wahhabisme est une idéologie et secte musulmane fondamentaliste fondée vers 1745 par Mohammed-Abd el-Wahhâb de la ville d'Iyané dans l'Arabie centrale, soit plus de 1000 ans après la disparition du prophète de l’Islam. C’est d’ailleurs de son nom que cette doctrine tire son appellation. C’est lui qui commença la conversion par la force et interdit toute tradition, aussi bien écrite qu'orale qui ne se trouve pas dans le Coran. Selon lui, tous les usages qui ne sont pas prescrits dans le Coran doivent être combattus, spécialement le culte des saints, les pèlerinages vers d'autres buts que la Kaaba de la Mecque par exemple. Il abolit également les cérémonies funéraires que le Prophète respecta à son temps, prêcha contre le luxe des mosquées, des tombeaux, de l'habillement, l'usage du tabac, la tolérance des spiritueux, des jeux de hasard etc., imposant la stricte observance des jeûnes, des prières quotidiennes et même la communauté des biens. Les passages du Coran tel que « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin se distingue de lui même du mauvais. » (Sourate 2 : verset 256) sont ignorés par l’opportuniste Abd el-Wahhâb qui s’est servi de la religion pour cultiver son influence. La foi musulmane est personnelle et c’est à chacun de répondre de ses actes et de sa foi devant Dieu. C’est ce que le prophète a enseigné et pratiqué. Toutes les guerres qu’il a menées étaient des défenses légitimes contre ceux qui combattaient la foi musulmane.

En refusant tout ce qui n'est pas dans le Coran, les Wahhabiyas ne devaient pas se déplacer en voiture ou avion ni se soumettre à des traitements médicaux modernes: les versets coraniques devaient les suffire. Qui vit dans le luxe mieux que ces hypocrites en réalité, de l'Arabie Saoudite en Guinée ?

Si le régime wahhabite saoudien qui en fait sa constitution respectait bien le Coran, il n’aurait pas interdit des femmes saoudiennes à d’autres hommes, même Arabes voisins, en mariage. L’Islam stipule que tous les musulmans sont frères et sœurs, égaux en droit et devant Dieu.

Intolérants et devenus de plus en plus forts par des conversions forcées, les Wahhabites sèment la terreur en Arabie en 1801 : ils saccagèrent Kerbala et occupèrent plusieurs fois la Mecque sous les commandes du sultan wahhabite Abdallah II. Le chérif de La Mecque sera contraint d'adhérer à la doctrine wahhabite. Ce qui poussa l'Empire ottoman à faire appel à Méhemet-Ali, vice-roi d'Égypte, dont le fils Tousoun reprit Médine et La Mecque (1811). Puis Méhémet-Ali vint lui-même attaquer le sultan wahhabite Abdallah II, qu'il vainquit complètement à Taïf (1815). Son fils Ibrahim pénétra dans le Nedjd, tua 20 000 hommes aux wahhabites devant Derayé dont il s'empara (3 septembre 1818). La ville fut rasée; le chef wahhabiya Abdallah Il fut conduit à Istanbul et décapité (décembre 1818).

Les Wahhabites survivants s'enfuirent dans le désert où ils vécurent de brigandage, établirent une nouvelle capitale à Ryiadh.

Le succès du wahhabisme est étroitement lié à son adoption, dès 1744, par la famille des Sa'ud, fondatrice en 1932 du « royaume d'Arabie Saoudite » dont il devient alors la doctrine officielle. Cela a été favorisé par la disparition de l'empire Ottoman (1923), associé à la politique britannique au Moyen-Orient  qui ont placé la dynastie des Saoud au pouvoir dans le nouvel Etat d'Arabie Saoudite, et partant favorisé le renouveau de cette idéologie, à laquelle les pétrodollars ont donné une assise solide. 

Au Sénégal et dans les pays où des valeurs culturelles ont été respectées et épargnées par des pouvoirs politiques, le Wahhabisme n’a aucune chance. Mais en Guinée, Sékou Touré et sa révolution ont tué tous les repères de nos communautés de sorte que les populations n’ont plus de guide de référence comme c’était le cas dans le passé. Alors les intégristes arabes et iraniens viennent nous détourner de nos cultures de tolérance qui sont en harmonie avec notre environnement et même notre foi musulmane pour nous mener tout droit à la vraie perdition. Car, tout Etat pauvre qui tolère cette doctrine finit bien par sombrer dans la violence. La Somalie, l’Afghanistan et les récents cas du Nigeria en sont des preuves. Si les Wahhabiyas deviennent forts, ils feront usage des armes pour imposer leur idéologie qui n’est pas l’Islam mais qui se sert de l’Islam. Ils l’ont récemment tenté au Nigeria. Mais ce pays les a écrasés dans un bain de sang. Cela, on peut l’éviter en prenant des mesures qu’il faut avant qu’il ne soit trop tard: interdiction des écoles arabes financées par des régimes islamistes, interdiction de séjour aux missionnaires musulmans comme chrétiens en Guinée, qui viennent enseigner des sectes ou doctrines qui sabotent nos coutumes et menacent la paix sociale.

Les Arabes n’ont pas changé leurs habitudes vestimentaires : dans le désert avec sa poussière, ils se couvrent tout le corps, homme et femme, même avant l’Islam. Karamoko Alpha mo Timbo, Almamy Bocar Biro, Dinah Salifou, El-hadj Oumar Tall étaient tous de grands érudits musulmans. Ils n’ont jamais été wahhabiyas ni habillé leurs femmes ou filles en Ninja. Nos habits traditionnels sont décents, plus décents que les pantacourtes avec lesquels les wahhabiyas importunent les paisibles populations de nos jours. Jusqu’à quand ?

Lamine Soumah

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