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Ouaga : pas de deal ‘Dadis doit quitter’ ou ‘Dadis doit rester’

Date de publication:2009-11-17 10:28:52

2009-11-17 11:21:33

Depuis le pogrome du 28 septembre, la Guinée est  en rupture de ban avec les règles de la communauté internationale. Pour la première fois depuis 1958, une crise Guinéenne devient internationale. Les diverses sanctions et embargos internationaux contre la junte militaire et les dirigeants civils font de notre pays un Etat paria, un Etat hors-la-loi.

La solution à cette crise ne se trouve plus  en Guinée mais en dehors du pays sur une table internationale de négociation. Ainsi d’une crise locale entre les Guinéens, le pays fait face maintenant a une  crise politique et diplomatique internationale : la Guinée est devenu un problème pour la communauté internationale.

Le facilitateur Blaise Compaoré, les Forces Vives et la Junte ne doivent pas se focaliser sur le ‘Dadis doit quitter’ (DDQ) ou le ‘Dadis doit rester’ (DDR). Cette focalisation ne contribuera en aucun cas à résoudre cette crise. La crise en Guinée est profonde et veille de 50 ans.

Les Guinéens ont pris la mauvaise habitude de se focaliser sur les détails quand il s’agit de trouver des solutions aux problèmes politiques, économiques et sociaux.

Dans les années 1970, étudiant en Allemagne, les Guinéens de ma génération en Europe ont focalisé toute la lutte contre la dictature du PDG sur la personne de Sékou Touré. Le problème du pays selon nous était Sékou Touré, son départ aurait transformé le pays en eldorado.

Dans les années 1980 et 1990, le problème s’était Lansana Conte, son départ transformerai le pays en havre de prospérité et de paix.
Aujourd’hui encore, nous pensons que le problème de la Guinée c’est Moussa Dadis Camara et que son départ ouvrira  la voie à la démocratie.

A Ouaga, nous avons la chance et l’occasion de nous attaquer aux racines des crises et des problèmes Guinéens.

Le problème de la Guinée est un problème de pauvreté généralise dans laquelle la moindre accumulation de grande ou petite ‘richesse’ ou ‘privilège’ se fait essentiellement au tour de ce qu’on appel encore l’Etat et sa fonction publique. Les intellectuels de l’intérieur comme de l’extérieur constituent une armée prolétarienne de réserve, une pépinière a la disposition de chaque dictateur. Cette armée, c’est l’ensemble de l’administration, du ministre au sous-préfet en passant par les directeurs, sous-directeurs et autres. Des années de dictature et de mauvais casting au sein de l’appareil dirigeant ont fini de faire de la Guinée un pays sous les bottes de ses fonctionnaires qui l’ont barricadé contre la moindre ouverture politique.

Or les fonctionnaires tout comme les militaires n’ont ni le talent, ni la compétence de gérer un Etat. Les premiers sont soumis à l’hiérarchie et les seconds aux ordres.

Un pays est un ensemble de conflit qu’il faut gérer quotidiennement en apportant des solutions politiques. Les problèmes économiques et sociaux d’un pays ont besoin de solutions politiques. Même la guerre est une décision politique pas militaire. Cet exemple est en face de nous en Cote d’Ivoire. La guerre entre Laurent Gbago et les forces Nouvelles a été stopper parce que les deux camps ont a leur tête des politiciens qui savent mesurer les risques d’une guerre a la Libérienne et Léonaise.
 
En Guinée l’armée et les fonctionnaires ne mesurent pas les conséquences de l’isolement politique et diplomatique du pays.

Ouaga est la chance pour nous de mettre enfin  les jalons d’un Etat moderne capable de propulser le développement économique, social et politique dans ce monde global et de compétition.

Enfin la Guinée est confronté a un problème politique qui exige des solutions politiques.

Ici ma petite contribution pour Ouaga :

  • La dissolution du Cndd
  • Un gouvernement de transition, pas un gouvernement d’ouverture ou d’union nationale
  • Les membres du gouvernement de transition sont des politiciens issus des principaux partis politiques, de la société civile (syndicats)  et de l’armée. Pas de fonctionnaires nationaux ou internationaux
  • Tout individu qui fait objet de sanctions internationales ne doit pas être membre du gouvernement de transition
  • Le gouvernement de transition nomme à  tous les postes administratifs par ordonnance et en conseil de ministre
  • L’arrestation ou la mise à l’écart de tous les présumes coupables du carnage du 28 septembre
  • Ecarter tous les militaires de la fonction publique, des entreprises publiques et  para publiques
  • Le gouvernement de transition fait élaborer une constitution
  • Le gouvernement de transition organise les élections législatives pendant la transition
  • Tout parti politique qui n’obtient pas 5% du suffrage ne peut siéger au parlement
  • Les autres grands dossiers de l’Etat (conférence nationale, audits des anciens régimes etc.)  seront la feuille de route du prochain gouvernement légal.

De manière général il faut éviter dans l’avenir que l’armée et les fonctionnaires de administration se mêlent de la gestion politique du pays, c’est pas leur rôle. Le militaire ou le fonctionnaire (même international) qui veut faire la politique doit d’abord quitter l’armée ou l’administration et commencer une carrière politique. Les membres de tout gouvernement doivent être des politiciens, car gérer un pays, un ministère est une affaire politique, pas technique ni de cadre ou intellectuelle.

Le ‘Dadis doit partir ou doit rester’ est un détail sur lequel il ne faut plus se focaliser.
Dadis peut rester, mais il est déjà parti, c’est la feuille de route du médiateur Blaise voulu par la communauté internationale (CEDEAO, UA, UE, USA et ONU) et c’est au médiateur de faire appliquer cette décision internationale.

C’est à  nous Guinéens de saisir cette occasion pour mettre définitivement fin à  cet éternel recommencement de régimes de dictature.

Lamine Camara
Columbus, Ohio, USA

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