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LA PRIME AU BOURREAU

Date de publication:2009-11-24 00:26:59

2009-11-24 01:21:31

Les masques sont tombés ce vendredi 20 novembre 2009 à Ouagadougou où le président Blaise Compaoré a tenté d’offrir une « prime au bourreau » qu’est le capitaine Moussa Dadis Camara responsable et coupable du massacre et des viols du 28 septembre 2009 au stade du même nom.

Sa proposition, en 3 points contestables, fut rejetée en bloc par les représentants des Forces vives (FV) :

1°) Le capitaine Moussa Dadis Camara resterait au pouvoir en qualité de chef d’Etat ; il serait éligible comme candidat à la prochaine élection présidentielle à condition qu’il démissionne 4 mois avant le scrutin.
2°) L'organe de transition serait dirigé par un membre du CNDD.
3°) Un Premier Ministre (PM) issu des Forces vives dirigerait un gouvernement de 30 personnes (10 du CNDD, 10 des FV et 10 des autres regroupements politiques) ; ce serait un attelage hétéroclite, un exécutif bicéphale non viable entre Dadis le psychopathe et un PM d’ouverture.

Je suis constant et cohérent depuis fin septembre dernier quant au rejet du choix de ce médiateur, de ce facilitateur aux mains sales et ensanglantées (cf. Thomas Sankara et Norbert NZongo), de ce fauteur de troubles dans la sous-région (cf. Libéria, Sierra Léone et Côte d’Ivoire).

Initialement, je n’avais jamais eu une once de confiance à Compaoré dont les propositions m’ont conforté dans l’idée qu’il n’était pas fiable ; il n’a pas fait preuve de neutralité, d’honnêteté entre les protagonistes.

Il est essentiel de rappeler qu’il avait une « compétence liée » et des attributions précises formulées dans une feuille de route que la CEDEAO lui avait attribuée le 17 octobre dernier, à savoir :

  • mettre en place une nouvelle autorité de transition pour assurer une transition courte et pacifique vers l’ordre constitutionnel par des élections libres, crédibles et transparentes ;
  • s’assurer que ni le Président, ni les membres du CNDD, ni le Premier Ministre et autres autorités civiles et militaires ne seront candidats à la prochaine élection présidentielle.
  •  

Dans leurs recommandations, leurs résolutions et communiqués finaux, les instances communautaires africaines (cf. Union africaine, CEDEAO) et internationales (cf. ONU, Union Européenne) de concert avaient décidé d’imposer un embargo sur les armes et des sanctions ciblées contre la junte et les dirigeants au pouvoir à Conakry, d’une part, et exigé une enquête internationale et indépendante sur les tueries, les viols et exactions des forces armées à l’encontre des populations civiles, d’autre part (cf. l’enquête préliminaire diligentée par la Cour pénale internationale).

Le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G) et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine à l’unisson avaient réclamé des  sanctions à l’encontre du CNDD et de son Président et la non-candidature de ce dernier à la prochaine présidentielle formulée explicitement par écrit avec un délai impératif, de forclusion avant  le 17 octobre 2009 à minuit. Ce qu’il n’a pas encore fait jusqu’à ce jour.
 
Des indices sur la partialité de Comparé et son inobservation de la feuille de route sont apparus le 11 novembre 2009 lorsqu’il déclara que « personne ne doit être exclu » ; il a en fait tenté de donner ce vendredi 20 novembre à Dadis plus que celui-ci n’en avait demandé.
Ce dernier étant mort politiquement et sur le plan moral, éthique (car c’est un président menteur « Mangué Wouléfalé » comme l’ont chanté Bill de SAM et Alpha WESS), Comparé veut maintenir en survie artificielle le cadavre de Dadis.

J’estime qu’il est aujourd’hui disqualifié car de médiateur il s’est comporté en partisan : c’est une médiation tronquée et truquée. Il n’était pas question de « phase préliminaire » mais d’un respect strict et scrupuleux de la feuille de route de la CEDEAO.
Pour ses pseudo-talents de négociateur, il n’est pas inutile de rappeler ses deux échecs patents :

  • Au Togo où le CAR et l’UFC les deux  principales composantes de l’opposition menacent de boycotter l’élection présidentielle de 2010 à cause de la loi électorale que le pouvoir avait révisée.
  • En Côte d’Ivoire avec le énième report de la présidentielle qui était prévue en novembre 2009 ; il est soupçonné d’être un partisan du Président sortant Laurent Gbagbo qui aurait fait un « deal » avec le Premier ministre Guillaume Soro.

Il est urgent et salvateur de choisir un autre négociateur, Blaise Compaoré me semblant disqualifié pour son comportement partial et cynique.

Par ailleurs, je salue avec une fierté incommensurable le maintien de l’unité de l’opposition, des 12 négociateurs des Forces vives qui sont disposées à négocier toute proposition de sortie de crise sauf deux points essentiels, fondamentaux que sont la candidature de Dadis, d’un membre du CNDD ou du gouvernement à la prochaine présidentielle, d’une part, et leur maintien au pouvoir, d’autre part.

Les Forces vives demeurent la seule force politique, sociale, civile qui est légale et légitime en Guinée, la seule alternative au pouvoir militaire.

Voilà des décennies que nous étions ballottés entre un pouvoir qui se permettait tout et une opposition qui ne se permettait rien. L’un n’avait peur de rien, l’autre avait peur de tout. C’était cela notre malheur jusqu’au sinistre 28 septembre 2009 qui a engendré une nouvelle donne, de nouveaux rapports de force.

La peur aurait changé de camp. Il faut transformer l’essai cependant : ce qui demeure une tache ardue face à la disproportionalité des forces en présence.

Bien que la victoire soit possible sur les forces du Mal, de l’avilissement de la personne humaine, de l’incurie gouvernementale rien n’est encore acquis et seule une force d’intervention militaire internationale pourra mettre fin au calvaire du peuple guinéen depuis 51 ans d’indépendance synonyme de régression :

  • pour assurer la protection des opposants politiques, sociaux et civils à la candidature de Dadis ;
  • pour permettre l’identification, l’arrestation et le jugement des commanditaires et des exécutants du massacre et des viols du 28 septembre 2009 ;
  • enfin pour neutraliser la bande armée, la milice de Dadis et pour  mettre fin définitivement à tout régime, toute dictature militaire ou civile, « obscurantiste » en Guinée.

Tant que Dadis et le CNDD resteront au centre du dispositif institutionnel et politique de la transition il n’y aura jamais d’élection libre, transparente, équitable en Guinée ; et la démocratie, la liberté, la paix et la prospérité y seront toujours aux abonnés absents, l’arlésienne, le serpent de mer, un mirage.
Courage, solidarité et ténacité aux 12 négociateurs des Forces vives !
Les salopards sont de l’autre côté cette fois de la table de négociation et aux leviers du pouvoir et ce n’est pas le remake, en cinémascope, du film de guerre « les 12 salopards » du réalisateur américain Robert Aldrich en 1967.

Le destin du peuple guinéen est entre vos mains !  
Que Dieu vous bénisse et préserve la Guinée !  
 
Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
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Paris, le 23 novembre 2009

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