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Moussa Dadis Camara : pour Crisis Group, il souffre d’instabilité mentale. Pour le journal Le Point, il souffre d’un complexe d’infériorité. Mais tous sont d’accord qu’il est dangereux pour toute la sous-région

Date de publication:2009-12-02 00:59:10

2009-12-02 01:55:30

Dans un article publié ce 1 décembre 2009, le journal Le Point affirme que Dadis souffre d’un complexe d’infériorité.
Lire l’intégralité de l’article :

TITRE: Le « Dadis Show » ne fait plus rire

Les dictateurs africains ont encore de beaux jours devant eux. Fussent-ils des prétoriens aux mains tachées de sang. A Conakry, capitale de la Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, 45 ans, musclé et de petite taille, chef d'une junte responsable du massacre de plus de 150 de ses concitoyens le 28 septembre, peut être satisfait. La communauté internationale avait confié à Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, le soin de découvrir une formule magique pour lui faire quitter le pouvoir. Non seulement il ne l'a pas trouvée, mais il a conforté son autorité. La semaine passée, le médiateur burkinabé a proposé que Dadis Camara et la junte soient chargés pendant une « transition » de dix mois de déterminer comment sortir la Guinée de la crise. C'était lui délivrer un blanc-seing. Qui installe encore un peu plus dans son fauteuil ce violent et incontrôlable capitaine qui dirige la Guinée depuis le coup d'Etat du 23 décembre 2008. Les nombreux opposants aux mains nues hésitent entre l'incompréhension et la colère. L'Afrique et la communauté internationale montrent une fois de plus leur ­incapacité à mettre fin au pouvoir des despotes.

Pauvre Guinée ! Il y a quelques semaines, aux quatre coins du monde, les téléspectateurs pouvaient découvrir le capitaine Dadis Camara, tel Ubu roi, se faisant complaisamment filmer alors qu'il était vautré dans un lit immense. Puis, en pyjama, il rejoignait sa cour dans la pièce voisine : une cinquantaine d'hommes en treillis, des commandos des Bérets rouges, cette garde prétorienne responsable de la peur qui s'est abattue sur ce pays de l'Afrique de l'Ouest. Des images surréalistes.

Dire que l'homme n'est pas à sa place est un euphémisme. Lorsqu'il prend le pouvoir, le capitaine est un quasi-inconnu. Les Guinéens ont entendu parler de lui au printemps 2007, lorsqu'il prend la tête de soldats révoltés qui demandent le paiement d'arriérés de leur solde. Il est alors responsable du service des hydrocarbures de l'armée et brasse des milliards de francs guinéens qui lui permettent d'asseoir sa popularité. Ce haut fait d'armes et son ambition démesurée le propulsent à la tête de la junte. Ce n'est pas vraiment suffisant pour gouverner. Ce n'est apparemment pas le souci de Moussa Dadis Camara, qui, depuis onze mois, est resté enfermé avec les siens dans le camp Alpha-Yaya-Diallo, à la périphérie de Conakry.

Pendant des mois, les membres de son cabinet ont erré dans l'immense caserne à la recherche de bureaux où ils pourraient s'installer. Ils ont finalement élu domicile dans l'ancien palais de Sékou Touré, en centre-ville, loin du chef de la junte. Il y a peu encore, le quart de ses 42 ministres n'avaient pas de locaux. Qu'importe, d'ailleurs. Le capitaine Camara n'a ni présidence ni agenda. Il ne reçoit guère ses ministres, pas même le premier d'entre eux, souvent obligé d'attendre plusieurs jours une audience. Le chef de la junte commence à vivre au crépuscule. Il se rend alors dans une petite pièce de la caserne qui lui sert de bureau. Dans celle qui la précède se presse une foule bavarde dans l'espoir d'une rencontre avec le maître des lieux. Celle-ci se déroule au milieu de la cour des Bérets rouges et sous l'oeil des caméras de la télévision guinéenne. Car le capitaine a décidé que tout serait retransmis. Ses bons mots, comme ses mimiques et ses colères homériques. Il interrompt parfois ses audiences d'un grand éclat de rire ou d'applaudissements intempestifs. A Conakry, au début, ce « Dadis Show » a beaucoup amusé les téléspectateurs. Ce n'est plus le cas.

L'ambassadeur de France se souvient d'une violente colère lorsqu'il est venu le voir en compagnie d'Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat à la Coopération. L'objet de l'ire du capitaine : les deux hommes avaient osé recevoir les responsables des partis d'opposition.« Je vous parle parce que vous représentez Nicolas Sarkozy, assène Camara à Joyandet dans un français approximatif. Je ne connais pas le Quai d'Orsay, je ne parle qu'au président français. » Un jour, lors d'une réunion, il suspend sur-le-champ son ministre des Finances, le capitaine Sanké, pour avoir pris une décision sans lui en référer. Comme on fait remarquer à Camara que le grand argentier est l'interlocuteur du FMI, le chef de la junte explose : « Pour qui me prenez-vous ? »« Lève-toi ! »­ordonne-t-il à son ministre pétrifié. Et il le laisse au garde-à-vous pendant une heure avant de lui restituer son portefeuille ­ministériel.

Folklore, certes. Mais qui dénote le caractère d'un homme dangereux, très imbu de lui-même et de son actuelle dignité. Dadis Camara est complexé. Lui qui n'a jamais fréquenté l'école militaire de Meknès, pépinière de nombreux officiers guinéens, a toujours développé un complexe d'infériorité vis-à-vis de ses supérieurs mieux formés.« Chez l'officier, le grade compte moins que l'efficacité », affirmera-t-il un jour à un journaliste de Jeune Afrique. Au lendemain du coup d'Etat, celui qui n'a jamais combattu ni appartenu à une unité opérationnelle - c'est un « soldat de bureau », dit-on à Conakry - fera arrêter nombre de gradés jugés peu sûrs. Certains n'ont jamais été revus. Comme le très populaire Saa Alphonse Touré, commandant adjoint du régiment des commandos, arrêté en avril, torturé et amené à l'hôpital quasi mourant en août. Là, il a été de nouveau enlevé sous les yeux de son épouse, qui est, depuis, sans nouvelles de lui.

Né dans une famille modeste d'un village de la Guinée forestière, Dadis Camara s'est rapidement replié sur les hommes de son ethnie. Pour assurer sa sécurité au sein d'une armée divisée, il a fait venir une centaine de jeunes de sa région, dont certains auraient combattu au Liberia lors de la guerre civile. Parallèlement, il a confié dix ministères, de grandes institutions (le Conseil économique et social...) et des sociétés d'Etat à des forestiers (un des quatre groupes ethniques) qui ne représentent que 9 % des Guinéens. Un membre de sa famille, Papa Koly Kourouma, est un personnages clé du régime, à la fois son principal homme de main et celui qui veille sur ses finances. Car le capitaine Camara mène grand train pour asseoir son pouvoir. Dans ce pays où la population est d'une extrême pauvreté en dépit des immenses richesses minières, le chef de la junte puise largement dans les caisses de la Banque centrale. Il distribue à profusion de l'argent à ceux qui le soutiennent et fait recruter des féticheurs de renom dans toute l'Afrique de l'Ouest. Et prépare l'avenir. Il possède des comptes à l'étranger - au Maroc, semble-t-il -, où son épouse, sa mère et deux de ses enfants passent une grande partie de leur temps. En neuf mois, Camara et la junte ont dépensé l'équivalent de 110 millions d'euros. Mais il n'y a ni eau ni électricité dans Conakry, que la moindre pluie transforme en cloaque.

Tandis que l'ivresse du pouvoir s'est emparée du soldat Dadis, le régime s'est durci à partir de l'été, lorsqu'il devint évident qu'il n'avait nulle intention de passer la main.« Je ne me présenterai pas aux élections prévues en janvier 2010 », avait-il pourtant promis.« Je ne verserai pas le sang », avait-il aussi déclaré la main sur le coeur. Certains l'avaient cru. Jusqu'au massacre du 28 septembre, où le chef de la junte a eu la volonté évidente de mater cette opposition civile qui refusait qu'il se présente aux élections.« Les Bérets rouges ont tiré sur les partisans de l'opposition jusqu'à ce qu'ils aient épuisé leurs munitions, puis ils ont continué à tuer avec des baïonnettes et des couteaux », rapporte l'ONG américaine Human Rights Watch.

Le capitaine Dadis Camara s'est déclaré surpris et a proclamé son innocence. Mais des témoins ont reconnu la voiture de son aide de camp, le sinistre Aboubacar Tomba Diakité, à la porte du stade. Il aurait personnellement dirigé la tuerie.« Il ne fait aucun doute que le massacre et les viols collectifs étaient prémédités », affirme l'ONG après avoir interrogé plus de 150 victimes et témoins, dont des officiers.

Moins bouffons ? Comment se débarrasser de Dadis Camara et de ses prétoriens ? Les Occidentaux tablent sur des dissensions à l'intérieur même du pouvoir militaire. Conakry bruit de rumeurs sur des tentatives de putsch plus fantaisistes que réelles. On dit que Dadis Camara serait isolé. Que ceux qui l'ont porté au pouvoir, le ministre de la Défense, Sékouba Konaté, et Claude Pivi, dit « Coplan », sous-lieutenant « rustique » chargé de la Sécurité présidentielle, prendraient leurs distances. Peuvent-ils tenter un coup d'Etat ? Seraient-ils moins sanguinaires et bouffons ?

Une certitude : dans cet Etat ­désarticulé et malmené depuis un demi-siècle, aucune paix ne s'installera si les prétoriens ne rentrent pas dans leurs casernes. L'armée est à l'image du pays.« Un caporal peut dire m... à un général », a déclaré un jour Dadis Camara. Une façon d'expliquer qu'un civil ne peut diriger le pays. Peut-être. Le capitaine Dadis Camara pourrait bien être en place pour un long moment

Publié dans le journal Le Point le mardi 01 décembre 2009


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2009-12-02 01:55:30

Dans un article publié ce 1 décembre 2009, le journal Le Point affirme que Dadis souffre d’un complexe d’infériorité.
Lire l’intégralité de l’article :

TITRE: Le « Dadis Show » ne fait plus rire

Les dictateurs africains ont encore de beaux jours devant eux. Fussent-ils des prétoriens aux mains tachées de sang. A Conakry, capitale de la Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, 45 ans, musclé et de petite taille, chef d'une junte responsable du massacre de plus de 150 de ses concitoyens le 28 septembre, peut être satisfait. La communauté internationale avait confié à Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, le soin de découvrir une formule magique pour lui faire quitter le pouvoir. Non seulement il ne l'a pas trouvée, mais il a conforté son autorité. La semaine passée, le médiateur burkinabé a proposé que Dadis Camara et la junte soient chargés pendant une « transition » de dix mois de déterminer comment sortir la Guinée de la crise. C'était lui délivrer un blanc-seing. Qui installe encore un peu plus dans son fauteuil ce violent et incontrôlable capitaine qui dirige la Guinée depuis le coup d'Etat du 23 décembre 2008. Les nombreux opposants aux mains nues hésitent entre l'incompréhension et la colère. L'Afrique et la communauté internationale montrent une fois de plus leur ­incapacité à mettre fin au pouvoir des despotes.

Pauvre Guinée ! Il y a quelques semaines, aux quatre coins du monde, les téléspectateurs pouvaient découvrir le capitaine Dadis Camara, tel Ubu roi, se faisant complaisamment filmer alors qu'il était vautré dans un lit immense. Puis, en pyjama, il rejoignait sa cour dans la pièce voisine : une cinquantaine d'hommes en treillis, des commandos des Bérets rouges, cette garde prétorienne responsable de la peur qui s'est abattue sur ce pays de l'Afrique de l'Ouest. Des images surréalistes.

Dire que l'homme n'est pas à sa place est un euphémisme. Lorsqu'il prend le pouvoir, le capitaine est un quasi-inconnu. Les Guinéens ont entendu parler de lui au printemps 2007, lorsqu'il prend la tête de soldats révoltés qui demandent le paiement d'arriérés de leur solde. Il est alors responsable du service des hydrocarbures de l'armée et brasse des milliards de francs guinéens qui lui permettent d'asseoir sa popularité. Ce haut fait d'armes et son ambition démesurée le propulsent à la tête de la junte. Ce n'est pas vraiment suffisant pour gouverner. Ce n'est apparemment pas le souci de Moussa Dadis Camara, qui, depuis onze mois, est resté enfermé avec les siens dans le camp Alpha-Yaya-Diallo, à la périphérie de Conakry.

Pendant des mois, les membres de son cabinet ont erré dans l'immense caserne à la recherche de bureaux où ils pourraient s'installer. Ils ont finalement élu domicile dans l'ancien palais de Sékou Touré, en centre-ville, loin du chef de la junte. Il y a peu encore, le quart de ses 42 ministres n'avaient pas de locaux. Qu'importe, d'ailleurs. Le capitaine Camara n'a ni présidence ni agenda. Il ne reçoit guère ses ministres, pas même le premier d'entre eux, souvent obligé d'attendre plusieurs jours une audience. Le chef de la junte commence à vivre au crépuscule. Il se rend alors dans une petite pièce de la caserne qui lui sert de bureau. Dans celle qui la précède se presse une foule bavarde dans l'espoir d'une rencontre avec le maître des lieux. Celle-ci se déroule au milieu de la cour des Bérets rouges et sous l'oeil des caméras de la télévision guinéenne. Car le capitaine a décidé que tout serait retransmis. Ses bons mots, comme ses mimiques et ses colères homériques. Il interrompt parfois ses audiences d'un grand éclat de rire ou d'applaudissements intempestifs. A Conakry, au début, ce « Dadis Show » a beaucoup amusé les téléspectateurs. Ce n'est plus le cas.

L'ambassadeur de France se souvient d'une violente colère lorsqu'il est venu le voir en compagnie d'Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat à la Coopération. L'objet de l'ire du capitaine : les deux hommes avaient osé recevoir les responsables des partis d'opposition.« Je vous parle parce que vous représentez Nicolas Sarkozy, assène Camara à Joyandet dans un français approximatif. Je ne connais pas le Quai d'Orsay, je ne parle qu'au président français. » Un jour, lors d'une réunion, il suspend sur-le-champ son ministre des Finances, le capitaine Sanké, pour avoir pris une décision sans lui en référer. Comme on fait remarquer à Camara que le grand argentier est l'interlocuteur du FMI, le chef de la junte explose : « Pour qui me prenez-vous ? »« Lève-toi ! »­ordonne-t-il à son ministre pétrifié. Et il le laisse au garde-à-vous pendant une heure avant de lui restituer son portefeuille ­ministériel.

Folklore, certes. Mais qui dénote le caractère d'un homme dangereux, très imbu de lui-même et de son actuelle dignité. Dadis Camara est complexé. Lui qui n'a jamais fréquenté l'école militaire de Meknès, pépinière de nombreux officiers guinéens, a toujours développé un complexe d'infériorité vis-à-vis de ses supérieurs mieux formés.« Chez l'officier, le grade compte moins que l'efficacité », affirmera-t-il un jour à un journaliste de Jeune Afrique. Au lendemain du coup d'Etat, celui qui n'a jamais combattu ni appartenu à une unité opérationnelle - c'est un « soldat de bureau », dit-on à Conakry - fera arrêter nombre de gradés jugés peu sûrs. Certains n'ont jamais été revus. Comme le très populaire Saa Alphonse Touré, commandant adjoint du régiment des commandos, arrêté en avril, torturé et amené à l'hôpital quasi mourant en août. Là, il a été de nouveau enlevé sous les yeux de son épouse, qui est, depuis, sans nouvelles de lui.

Né dans une famille modeste d'un village de la Guinée forestière, Dadis Camara s'est rapidement replié sur les hommes de son ethnie. Pour assurer sa sécurité au sein d'une armée divisée, il a fait venir une centaine de jeunes de sa région, dont certains auraient combattu au Liberia lors de la guerre civile. Parallèlement, il a confié dix ministères, de grandes institutions (le Conseil économique et social...) et des sociétés d'Etat à des forestiers (un des quatre groupes ethniques) qui ne représentent que 9 % des Guinéens. Un membre de sa famille, Papa Koly Kourouma, est un personnages clé du régime, à la fois son principal homme de main et celui qui veille sur ses finances. Car le capitaine Camara mène grand train pour asseoir son pouvoir. Dans ce pays où la population est d'une extrême pauvreté en dépit des immenses richesses minières, le chef de la junte puise largement dans les caisses de la Banque centrale. Il distribue à profusion de l'argent à ceux qui le soutiennent et fait recruter des féticheurs de renom dans toute l'Afrique de l'Ouest. Et prépare l'avenir. Il possède des comptes à l'étranger - au Maroc, semble-t-il -, où son épouse, sa mère et deux de ses enfants passent une grande partie de leur temps. En neuf mois, Camara et la junte ont dépensé l'équivalent de 110 millions d'euros. Mais il n'y a ni eau ni électricité dans Conakry, que la moindre pluie transforme en cloaque.

Tandis que l'ivresse du pouvoir s'est emparée du soldat Dadis, le régime s'est durci à partir de l'été, lorsqu'il devint évident qu'il n'avait nulle intention de passer la main.« Je ne me présenterai pas aux élections prévues en janvier 2010 », avait-il pourtant promis.« Je ne verserai pas le sang », avait-il aussi déclaré la main sur le coeur. Certains l'avaient cru. Jusqu'au massacre du 28 septembre, où le chef de la junte a eu la volonté évidente de mater cette opposition civile qui refusait qu'il se présente aux élections.« Les Bérets rouges ont tiré sur les partisans de l'opposition jusqu'à ce qu'ils aient épuisé leurs munitions, puis ils ont continué à tuer avec des baïonnettes et des couteaux », rapporte l'ONG américaine Human Rights Watch.

Le capitaine Dadis Camara s'est déclaré surpris et a proclamé son innocence. Mais des témoins ont reconnu la voiture de son aide de camp, le sinistre Aboubacar Tomba Diakité, à la porte du stade. Il aurait personnellement dirigé la tuerie.« Il ne fait aucun doute que le massacre et les viols collectifs étaient prémédités », affirme l'ONG après avoir interrogé plus de 150 victimes et témoins, dont des officiers.

Moins bouffons ? Comment se débarrasser de Dadis Camara et de ses prétoriens ? Les Occidentaux tablent sur des dissensions à l'intérieur même du pouvoir militaire. Conakry bruit de rumeurs sur des tentatives de putsch plus fantaisistes que réelles. On dit que Dadis Camara serait isolé. Que ceux qui l'ont porté au pouvoir, le ministre de la Défense, Sékouba Konaté, et Claude Pivi, dit « Coplan », sous-lieutenant « rustique » chargé de la Sécurité présidentielle, prendraient leurs distances. Peuvent-ils tenter un coup d'Etat ? Seraient-ils moins sanguinaires et bouffons ?

Une certitude : dans cet Etat ­désarticulé et malmené depuis un demi-siècle, aucune paix ne s'installera si les prétoriens ne rentrent pas dans leurs casernes. L'armée est à l'image du pays.« Un caporal peut dire m... à un général », a déclaré un jour Dadis Camara. Une façon d'expliquer qu'un civil ne peut diriger le pays. Peut-être. Le capitaine Dadis Camara pourrait bien être en place pour un long moment

Publié dans le journal Le Point le mardi 01 décembre 2009

2009-12-02 00:59:10 Nassirou

2009-12-02 01:55:30

Dans un article publié ce 1 décembre 2009, le journal Le Point affirme que Dadis souffre d’un complexe d’infériorité.
Lire l’intégralité de l’article :

TITRE: Le « Dadis Show » ne fait plus rire

Les dictateurs africains ont encore de beaux jours devant eux. Fussent-ils des prétoriens aux mains tachées de sang. A Conakry, capitale de la Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, 45 ans, musclé et de petite taille, chef d'une junte responsable du massacre de plus de 150 de ses concitoyens le 28 septembre, peut être satisfait. La communauté internationale avait confié à Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, le soin de découvrir une formule magique pour lui faire quitter le pouvoir. Non seulement il ne l'a pas trouvée, mais il a conforté son autorité. La semaine passée, le médiateur burkinabé a proposé que Dadis Camara et la junte soient chargés pendant une « transition » de dix mois de déterminer comment sortir la Guinée de la crise. C'était lui délivrer un blanc-seing. Qui installe encore un peu plus dans son fauteuil ce violent et incontrôlable capitaine qui dirige la Guinée depuis le coup d'Etat du 23 décembre 2008. Les nombreux opposants aux mains nues hésitent entre l'incompréhension et la colère. L'Afrique et la communauté internationale montrent une fois de plus leur ­incapacité à mettre fin au pouvoir des despotes.

Pauvre Guinée ! Il y a quelques semaines, aux quatre coins du monde, les téléspectateurs pouvaient découvrir le capitaine Dadis Camara, tel Ubu roi, se faisant complaisamment filmer alors qu'il était vautré dans un lit immense. Puis, en pyjama, il rejoignait sa cour dans la pièce voisine : une cinquantaine d'hommes en treillis, des commandos des Bérets rouges, cette garde prétorienne responsable de la peur qui s'est abattue sur ce pays de l'Afrique de l'Ouest. Des images surréalistes.

Dire que l'homme n'est pas à sa place est un euphémisme. Lorsqu'il prend le pouvoir, le capitaine est un quasi-inconnu. Les Guinéens ont entendu parler de lui au printemps 2007, lorsqu'il prend la tête de soldats révoltés qui demandent le paiement d'arriérés de leur solde. Il est alors responsable du service des hydrocarbures de l'armée et brasse des milliards de francs guinéens qui lui permettent d'asseoir sa popularité. Ce haut fait d'armes et son ambition démesurée le propulsent à la tête de la junte. Ce n'est pas vraiment suffisant pour gouverner. Ce n'est apparemment pas le souci de Moussa Dadis Camara, qui, depuis onze mois, est resté enfermé avec les siens dans le camp Alpha-Yaya-Diallo, à la périphérie de Conakry.

Pendant des mois, les membres de son cabinet ont erré dans l'immense caserne à la recherche de bureaux où ils pourraient s'installer. Ils ont finalement élu domicile dans l'ancien palais de Sékou Touré, en centre-ville, loin du chef de la junte. Il y a peu encore, le quart de ses 42 ministres n'avaient pas de locaux. Qu'importe, d'ailleurs. Le capitaine Camara n'a ni présidence ni agenda. Il ne reçoit guère ses ministres, pas même le premier d'entre eux, souvent obligé d'attendre plusieurs jours une audience. Le chef de la junte commence à vivre au crépuscule. Il se rend alors dans une petite pièce de la caserne qui lui sert de bureau. Dans celle qui la précède se presse une foule bavarde dans l'espoir d'une rencontre avec le maître des lieux. Celle-ci se déroule au milieu de la cour des Bérets rouges et sous l'oeil des caméras de la télévision guinéenne. Car le capitaine a décidé que tout serait retransmis. Ses bons mots, comme ses mimiques et ses colères homériques. Il interrompt parfois ses audiences d'un grand éclat de rire ou d'applaudissements intempestifs. A Conakry, au début, ce « Dadis Show » a beaucoup amusé les téléspectateurs. Ce n'est plus le cas.

L'ambassadeur de France se souvient d'une violente colère lorsqu'il est venu le voir en compagnie d'Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat à la Coopération. L'objet de l'ire du capitaine : les deux hommes avaient osé recevoir les responsables des partis d'opposition.« Je vous parle parce que vous représentez Nicolas Sarkozy, assène Camara à Joyandet dans un français approximatif. Je ne connais pas le Quai d'Orsay, je ne parle qu'au président français. » Un jour, lors d'une réunion, il suspend sur-le-champ son ministre des Finances, le capitaine Sanké, pour avoir pris une décision sans lui en référer. Comme on fait remarquer à Camara que le grand argentier est l'interlocuteur du FMI, le chef de la junte explose : « Pour qui me prenez-vous ? »« Lève-toi ! »­ordonne-t-il à son ministre pétrifié. Et il le laisse au garde-à-vous pendant une heure avant de lui restituer son portefeuille ­ministériel.

Folklore, certes. Mais qui dénote le caractère d'un homme dangereux, très imbu de lui-même et de son actuelle dignité. Dadis Camara est complexé. Lui qui n'a jamais fréquenté l'école militaire de Meknès, pépinière de nombreux officiers guinéens, a toujours développé un complexe d'infériorité vis-à-vis de ses supérieurs mieux formés.« Chez l'officier, le grade compte moins que l'efficacité », affirmera-t-il un jour à un journaliste de Jeune Afrique. Au lendemain du coup d'Etat, celui qui n'a jamais combattu ni appartenu à une unité opérationnelle - c'est un « soldat de bureau », dit-on à Conakry - fera arrêter nombre de gradés jugés peu sûrs. Certains n'ont jamais été revus. Comme le très populaire Saa Alphonse Touré, commandant adjoint du régiment des commandos, arrêté en avril, torturé et amené à l'hôpital quasi mourant en août. Là, il a été de nouveau enlevé sous les yeux de son épouse, qui est, depuis, sans nouvelles de lui.

Né dans une famille modeste d'un village de la Guinée forestière, Dadis Camara s'est rapidement replié sur les hommes de son ethnie. Pour assurer sa sécurité au sein d'une armée divisée, il a fait venir une centaine de jeunes de sa région, dont certains auraient combattu au Liberia lors de la guerre civile. Parallèlement, il a confié dix ministères, de grandes institutions (le Conseil économique et social...) et des sociétés d'Etat à des forestiers (un des quatre groupes ethniques) qui ne représentent que 9 % des Guinéens. Un membre de sa famille, Papa Koly Kourouma, est un personnages clé du régime, à la fois son principal homme de main et celui qui veille sur ses finances. Car le capitaine Camara mène grand train pour asseoir son pouvoir. Dans ce pays où la population est d'une extrême pauvreté en dépit des immenses richesses minières, le chef de la junte puise largement dans les caisses de la Banque centrale. Il distribue à profusion de l'argent à ceux qui le soutiennent et fait recruter des féticheurs de renom dans toute l'Afrique de l'Ouest. Et prépare l'avenir. Il possède des comptes à l'étranger - au Maroc, semble-t-il -, où son épouse, sa mère et deux de ses enfants passent une grande partie de leur temps. En neuf mois, Camara et la junte ont dépensé l'équivalent de 110 millions d'euros. Mais il n'y a ni eau ni électricité dans Conakry, que la moindre pluie transforme en cloaque.

Tandis que l'ivresse du pouvoir s'est emparée du soldat Dadis, le régime s'est durci à partir de l'été, lorsqu'il devint évident qu'il n'avait nulle intention de passer la main.« Je ne me présenterai pas aux élections prévues en janvier 2010 », avait-il pourtant promis.« Je ne verserai pas le sang », avait-il aussi déclaré la main sur le coeur. Certains l'avaient cru. Jusqu'au massacre du 28 septembre, où le chef de la junte a eu la volonté évidente de mater cette opposition civile qui refusait qu'il se présente aux élections.« Les Bérets rouges ont tiré sur les partisans de l'opposition jusqu'à ce qu'ils aient épuisé leurs munitions, puis ils ont continué à tuer avec des baïonnettes et des couteaux », rapporte l'ONG américaine Human Rights Watch.

Le capitaine Dadis Camara s'est déclaré surpris et a proclamé son innocence. Mais des témoins ont reconnu la voiture de son aide de camp, le sinistre Aboubacar Tomba Diakité, à la porte du stade. Il aurait personnellement dirigé la tuerie.« Il ne fait aucun doute que le massacre et les viols collectifs étaient prémédités », affirme l'ONG après avoir interrogé plus de 150 victimes et témoins, dont des officiers.

Moins bouffons ? Comment se débarrasser de Dadis Camara et de ses prétoriens ? Les Occidentaux tablent sur des dissensions à l'intérieur même du pouvoir militaire. Conakry bruit de rumeurs sur des tentatives de putsch plus fantaisistes que réelles. On dit que Dadis Camara serait isolé. Que ceux qui l'ont porté au pouvoir, le ministre de la Défense, Sékouba Konaté, et Claude Pivi, dit « Coplan », sous-lieutenant « rustique » chargé de la Sécurité présidentielle, prendraient leurs distances. Peuvent-ils tenter un coup d'Etat ? Seraient-ils moins sanguinaires et bouffons ?

Une certitude : dans cet Etat ­désarticulé et malmené depuis un demi-siècle, aucune paix ne s'installera si les prétoriens ne rentrent pas dans leurs casernes. L'armée est à l'image du pays.« Un caporal peut dire m... à un général », a déclaré un jour Dadis Camara. Une façon d'expliquer qu'un civil ne peut diriger le pays. Peut-être. Le capitaine Dadis Camara pourrait bien être en place pour un long moment

Publié dans le journal Le Point le mardi 01 décembre 2009

2009-12-02 00:59:10 Michel Tamba

2009-12-02 01:55:30

Dans un article publié ce 1 décembre 2009, le journal Le Point affirme que Dadis souffre d’un complexe d’infériorité.
Lire l’intégralité de l’article :

TITRE: Le « Dadis Show » ne fait plus rire

Les dictateurs africains ont encore de beaux jours devant eux. Fussent-ils des prétoriens aux mains tachées de sang. A Conakry, capitale de la Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, 45 ans, musclé et de petite taille, chef d'une junte responsable du massacre de plus de 150 de ses concitoyens le 28 septembre, peut être satisfait. La communauté internationale avait confié à Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, le soin de découvrir une formule magique pour lui faire quitter le pouvoir. Non seulement il ne l'a pas trouvée, mais il a conforté son autorité. La semaine passée, le médiateur burkinabé a proposé que Dadis Camara et la junte soient chargés pendant une « transition » de dix mois de déterminer comment sortir la Guinée de la crise. C'était lui délivrer un blanc-seing. Qui installe encore un peu plus dans son fauteuil ce violent et incontrôlable capitaine qui dirige la Guinée depuis le coup d'Etat du 23 décembre 2008. Les nombreux opposants aux mains nues hésitent entre l'incompréhension et la colère. L'Afrique et la communauté internationale montrent une fois de plus leur ­incapacité à mettre fin au pouvoir des despotes.

Pauvre Guinée ! Il y a quelques semaines, aux quatre coins du monde, les téléspectateurs pouvaient découvrir le capitaine Dadis Camara, tel Ubu roi, se faisant complaisamment filmer alors qu'il était vautré dans un lit immense. Puis, en pyjama, il rejoignait sa cour dans la pièce voisine : une cinquantaine d'hommes en treillis, des commandos des Bérets rouges, cette garde prétorienne responsable de la peur qui s'est abattue sur ce pays de l'Afrique de l'Ouest. Des images surréalistes.

Dire que l'homme n'est pas à sa place est un euphémisme. Lorsqu'il prend le pouvoir, le capitaine est un quasi-inconnu. Les Guinéens ont entendu parler de lui au printemps 2007, lorsqu'il prend la tête de soldats révoltés qui demandent le paiement d'arriérés de leur solde. Il est alors responsable du service des hydrocarbures de l'armée et brasse des milliards de francs guinéens qui lui permettent d'asseoir sa popularité. Ce haut fait d'armes et son ambition démesurée le propulsent à la tête de la junte. Ce n'est pas vraiment suffisant pour gouverner. Ce n'est apparemment pas le souci de Moussa Dadis Camara, qui, depuis onze mois, est resté enfermé avec les siens dans le camp Alpha-Yaya-Diallo, à la périphérie de Conakry.

Pendant des mois, les membres de son cabinet ont erré dans l'immense caserne à la recherche de bureaux où ils pourraient s'installer. Ils ont finalement élu domicile dans l'ancien palais de Sékou Touré, en centre-ville, loin du chef de la junte. Il y a peu encore, le quart de ses 42 ministres n'avaient pas de locaux. Qu'importe, d'ailleurs. Le capitaine Camara n'a ni présidence ni agenda. Il ne reçoit guère ses ministres, pas même le premier d'entre eux, souvent obligé d'attendre plusieurs jours une audience. Le chef de la junte commence à vivre au crépuscule. Il se rend alors dans une petite pièce de la caserne qui lui sert de bureau. Dans celle qui la précède se presse une foule bavarde dans l'espoir d'une rencontre avec le maître des lieux. Celle-ci se déroule au milieu de la cour des Bérets rouges et sous l'oeil des caméras de la télévision guinéenne. Car le capitaine a décidé que tout serait retransmis. Ses bons mots, comme ses mimiques et ses colères homériques. Il interrompt parfois ses audiences d'un grand éclat de rire ou d'applaudissements intempestifs. A Conakry, au début, ce « Dadis Show » a beaucoup amusé les téléspectateurs. Ce n'est plus le cas.

L'ambassadeur de France se souvient d'une violente colère lorsqu'il est venu le voir en compagnie d'Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat à la Coopération. L'objet de l'ire du capitaine : les deux hommes avaient osé recevoir les responsables des partis d'opposition.« Je vous parle parce que vous représentez Nicolas Sarkozy, assène Camara à Joyandet dans un français approximatif. Je ne connais pas le Quai d'Orsay, je ne parle qu'au président français. » Un jour, lors d'une réunion, il suspend sur-le-champ son ministre des Finances, le capitaine Sanké, pour avoir pris une décision sans lui en référer. Comme on fait remarquer à Camara que le grand argentier est l'interlocuteur du FMI, le chef de la junte explose : « Pour qui me prenez-vous ? »« Lève-toi ! »­ordonne-t-il à son ministre pétrifié. Et il le laisse au garde-à-vous pendant une heure avant de lui restituer son portefeuille ­ministériel.

Folklore, certes. Mais qui dénote le caractère d'un homme dangereux, très imbu de lui-même et de son actuelle dignité. Dadis Camara est complexé. Lui qui n'a jamais fréquenté l'école militaire de Meknès, pépinière de nombreux officiers guinéens, a toujours développé un complexe d'infériorité vis-à-vis de ses supérieurs mieux formés.« Chez l'officier, le grade compte moins que l'efficacité », affirmera-t-il un jour à un journaliste de Jeune Afrique. Au lendemain du coup d'Etat, celui qui n'a jamais combattu ni appartenu à une unité opérationnelle - c'est un « soldat de bureau », dit-on à Conakry - fera arrêter nombre de gradés jugés peu sûrs. Certains n'ont jamais été revus. Comme le très populaire Saa Alphonse Touré, commandant adjoint du régiment des commandos, arrêté en avril, torturé et amené à l'hôpital quasi mourant en août. Là, il a été de nouveau enlevé sous les yeux de son épouse, qui est, depuis, sans nouvelles de lui.

Né dans une famille modeste d'un village de la Guinée forestière, Dadis Camara s'est rapidement replié sur les hommes de son ethnie. Pour assurer sa sécurité au sein d'une armée divisée, il a fait venir une centaine de jeunes de sa région, dont certains auraient combattu au Liberia lors de la guerre civile. Parallèlement, il a confié dix ministères, de grandes institutions (le Conseil économique et social...) et des sociétés d'Etat à des forestiers (un des quatre groupes ethniques) qui ne représentent que 9 % des Guinéens. Un membre de sa famille, Papa Koly Kourouma, est un personnages clé du régime, à la fois son principal homme de main et celui qui veille sur ses finances. Car le capitaine Camara mène grand train pour asseoir son pouvoir. Dans ce pays où la population est d'une extrême pauvreté en dépit des immenses richesses minières, le chef de la junte puise largement dans les caisses de la Banque centrale. Il distribue à profusion de l'argent à ceux qui le soutiennent et fait recruter des féticheurs de renom dans toute l'Afrique de l'Ouest. Et prépare l'avenir. Il possède des comptes à l'étranger - au Maroc, semble-t-il -, où son épouse, sa mère et deux de ses enfants passent une grande partie de leur temps. En neuf mois, Camara et la junte ont dépensé l'équivalent de 110 millions d'euros. Mais il n'y a ni eau ni électricité dans Conakry, que la moindre pluie transforme en cloaque.

Tandis que l'ivresse du pouvoir s'est emparée du soldat Dadis, le régime s'est durci à partir de l'été, lorsqu'il devint évident qu'il n'avait nulle intention de passer la main.« Je ne me présenterai pas aux élections prévues en janvier 2010 », avait-il pourtant promis.« Je ne verserai pas le sang », avait-il aussi déclaré la main sur le coeur. Certains l'avaient cru. Jusqu'au massacre du 28 septembre, où le chef de la junte a eu la volonté évidente de mater cette opposition civile qui refusait qu'il se présente aux élections.« Les Bérets rouges ont tiré sur les partisans de l'opposition jusqu'à ce qu'ils aient épuisé leurs munitions, puis ils ont continué à tuer avec des baïonnettes et des couteaux », rapporte l'ONG américaine Human Rights Watch.

Le capitaine Dadis Camara s'est déclaré surpris et a proclamé son innocence. Mais des témoins ont reconnu la voiture de son aide de camp, le sinistre Aboubacar Tomba Diakité, à la porte du stade. Il aurait personnellement dirigé la tuerie.« Il ne fait aucun doute que le massacre et les viols collectifs étaient prémédités », affirme l'ONG après avoir interrogé plus de 150 victimes et témoins, dont des officiers.

Moins bouffons ? Comment se débarrasser de Dadis Camara et de ses prétoriens ? Les Occidentaux tablent sur des dissensions à l'intérieur même du pouvoir militaire. Conakry bruit de rumeurs sur des tentatives de putsch plus fantaisistes que réelles. On dit que Dadis Camara serait isolé. Que ceux qui l'ont porté au pouvoir, le ministre de la Défense, Sékouba Konaté, et Claude Pivi, dit « Coplan », sous-lieutenant « rustique » chargé de la Sécurité présidentielle, prendraient leurs distances. Peuvent-ils tenter un coup d'Etat ? Seraient-ils moins sanguinaires et bouffons ?

Une certitude : dans cet Etat ­désarticulé et malmené depuis un demi-siècle, aucune paix ne s'installera si les prétoriens ne rentrent pas dans leurs casernes. L'armée est à l'image du pays.« Un caporal peut dire m... à un général », a déclaré un jour Dadis Camara. Une façon d'expliquer qu'un civil ne peut diriger le pays. Peut-être. Le capitaine Dadis Camara pourrait bien être en place pour un long moment

Publié dans le journal Le Point le mardi 01 décembre 2009

2009-12-02 00:59:10 Oumar Bah
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