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Réaction à l’article de M. Sidikiba Keita: “Péril en la nation

Date de publication:2009-12-03 07:29:00

2009-12-03 08:28:36

Cher Monsieur Keita,

Votre article me parait pondéré et plutôt avant-gardiste. J’ai envie de dire : « Enfin un article qui traite sans passion de la question peuhle ». Dans l’absolu, je suis, en tout point, d’accord avec votre analyse. J’aimerais néanmoins vous faire part de mon appréciation de ces deux notions que vous abordez dans votre article : « Tout sauf le Foutah » et « Rien d’autre que le tour du Foutah ».

Je ne crois sincèrement pas dans le fait que la notion du "c'est notre tour" soit le motif de la détermination de la communauté peuhle dans le combat en cours pour la démocratie dans notre pays. Si mon souvenir est exact, ce propos est prêté à feu Bah Mamadou lors de la campagne présidentielle de 1998. Si ce fait est avéré, il ne devait engager que son auteur et, à mon sens, il ne devait être ni plus ni moins qu'un argument purement électoraliste.

Si ce propos est néanmoins incontestablement condamnable, il est tout aussi condamnable de le prêter, à leur insu, à l'ensemble de la communauté peuhle de Guinée. Cela ne correspond tout simplement pas à la réalité des peuhls que je connais. Je crois profondément que, plus que les autres, les peuhls croient dans les vertus de la démocratie pour n'avoir pas été épargnés durant les régimes qui se sont succédés depuis l'indépendance. Il va de soit que ceci n'est pas de la victimisation pure et simple. En effet, malgré la dureté des régimes, qui se sont succédés, à l'égard les peuhls, c'est sans conteste la communauté la plus prospère de la Guinée. Durant le premier régime, la plupart d'entre eux se sont exilés et ont prospéré dans les pays voisins de la Guinée. A la mort de Sékou Touré, certains sont rentrés en Guinée; d'autres sont restés dans leur pays d'accueil. C'est ainsi que les 5% de peuhls résidents au Sénégal occupent plus de la moitié des activités commerciales de ce pays. Cette proportion peut être rapportée à la Côte d'Ivoire. Tout cela pour dire que c'est une communauté fondamentalement travailleuse et douée d'un esprit d'entreprise exceptionnel. Malheureusement, ce potentiel ne se déploie dans toute son ampleur que dans un cadre démocratique et stable. D'où leur combat acharné pour la démocratie. Cela ne signifie pas néanmoins que, dans leur esprit, seul un peuhl pourrait porter cet idéal démocratique. Je suis convaincu que la communauté peuhle s'accommoderait parfaitement de n'importe quel président pour autant qu'il soit élu démocratiquement et de manière incontestable.

Vous noterez, cher M. Keita, que je n’insinue en aucune manière l’idée que vous prêteriez cette fameuse notion du « c’est notre tour » à l’ensemble de la communauté peuhle. Je crois, au contraire, que c’est précisément cette stigmatisation générale que vous combattez et, croyez-moi, je ne suis pas seul à saluer votre soucis de dépassionner le débat politique en cours dans notre pays.

Si je ne crois pas à la notion du "c'est notre tour", je ne crois pas non plus à la notion du "Tout sauf le Foutah" qui est prêtée à l'ensemble de nos compatriotes des autres ethnies. Entre citoyens, les guinéens se tolèrent parfaitement parce que toutes nos villes sont de véritables « melting pot » où les gens ont appris à vivre ensemble en bonne intelligence. A mon sens, ces notions ne sont que la création d'apprentis dictateurs qui, en mal d'arguments, veulent instrumentaliser le fait ethnique pour garder le pouvoir. Mais je crois que c'est peine perdue. En effet, nul, en Guinée, n’ignore la source de l'état de notre pays. C'est, entre autres choses, la succession au pouvoir d’individus intellectuellement très limités qui, érigeant la médiocrité comme norme de conduite, nous maintient dans cette position où nous en venons à nous référer à un potentat comme Blaise Compaoré pour trouver le salut.

M. Keita, tout en vous remerciant pour cette contribution pondérée et enrichissante, je vous invite à continuer à mobiliser nos compatriotes autour de la seule lutte qui vaille: l'empêchement d'une nouvelle dictature militaire qui s'annonce plus violente que toutes celles que l'Afrique ait connu au cours des cinquante dernières années.

Alhousseny Diallo, Genève.

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