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L' « attentat » de Koundara ou l'étape d'un processus classique

Date de publication:2009-12-08 23:23:51

2009-12-09 00:20:34

« Il n’est pas pire ennemi que celui qui fut votre ami ! ». Cet adage se vérifie souvent entre les militaires d’une junte au sein de laquelle s’opère toujours un « réglage ».

Dans la Rome antique César fut trahi par Titus Labienus ; dans une période plus récente Thomas Sankara au Burkina Fasso et Diarra Traoré en Guinée l’apprirent à leur dépends respectivement face à Blaise Compaoré et Lansana Conté. A qui le tour et dans quel ordre entre Sékouba Konaté et Moussa Dadis Camara ? A méditer au camp Alpha Yaya Diallo, l’antre de la junte militaire !

Tels étaient mes propos dans mon article intitulé « Non au replâtrage avec les Tontons macoutes du CNDD ! » et publié le 03 octobre 2009 par certains sites Internet guinéens (http://www.kibarou.com/culturama1.php?id=301).

Je me suis rendu à Conakry en mars 2009 lors du décès brutal de mon cousin et homonyme Ibrahima Nabi Diakité, ministre de la décentralisation et du développement local (Paix à son âme ! Il y a des absences, des vides qui ne se comblent jamais) ; le 20 mars 2009, invité par Caleb Kolie à sa radio Familia FM j’avais eu l’opportunité d’expliquer ce « réglage » qui n’était tout simplement qu’une étape dans un processus classique de « civilisation » des régimes militaires en Afrique. Ce fut avec Blaise Compaoré « la rectification » contre Thomas Sankara et Lansana Conté avec les exécutions sommaires en juillet 1985 ; l’« attentat » ou « règlement de comptes » du jeudi 03 décembre au camp militaire de Koundara où le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité alias Toumba a tiré sur Dadis Camara n’est qu’une illustration, le début des « purges » et du positionnement au sein de la junte. Ce n’est que la confrontation entre producteurs de violence.
Mes propos n’étaient pas fortuits, le fait du hasard, une prédiction quelconque, ni une prémonition macabre gratuite. Je fus « interpellé » par un ministre du CNDD (il se reconnaîtra), qui était venu présenter ses condoléances à notre famille, pour m’expliquer sur mes affirmations à la radio Familia FM.

Ce processus de « civilisation » se décline, s’effectue en quatre phases après le coup d’état, la rupture brutale de l’ordre constitutionnel :

1) C’est d’abord, la gestion collégiale du pouvoir par tous les putschistes avec l’appoint de civils à des postes ministériels techniques et administratifs.

2) Ensuite, ce sera l’émergence d’un seul homme au sein de la junte qui au final, au finish soit neutralise politiquement et militairement ses ex-compagnons d’armes, soit les élimine physiquement.

3) Après, on passe de la tenue Kaki au costume 3 pièces de Président de la République avec de nouvelles institutions, une nouvelle constitution, des élections truquées  notamment lors de l’élection présidentielle qui est l’élection majeure, déterminante : en somme, ce sera la quête de légitimité politique et juridique, mais la réalité du pouvoir restera au sein de l’armée que dirigera directement ou non le nouvel « élu ».

4) Enfin la reconnaissance, l’adoubement par la communauté internationale qui avait proscrit, lors de sa 35ème session ordinaire à Alger du 12 au 14 juillet 1999, les coups d’Etat c’est-à-dire l’accession au pouvoir par des voies anticonstitutionnelles.
Cette jurisprudence d’Alger fut reprise et codifiée par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) qui est devenue, le 8 juillet 2002 à Durban (Afrique du Sud), l'Union africaine (UA) ; cette disposition restrictive s’inscrit également dans l'article 96 de l'accord de Cotonou (Bénin) du 23 juin 2000 entre l'Union européenne et les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).
En fin de compte il n’a pas fallu longtemps, moins d’un an après la prise du pouvoir le 23 décembre 2008, à la junte du CNDD pour  passer à la phase d’épuration, de purge dont on ignore l’ampleur, la durée et ses dégâts collatéraux.
Mohamed II Camara alias « Beugré » le commandant du camp Koundara, très proche allié de Toumba que Dadis voulait déjà sacrifier à la justice pénale internationale, a été capturé, ligoté avant d’être exécuté.
Mon ami Rachid N’Diaye, patron du journal « Matalana », me rappelait aujourd’hui que « de Diarra Traoré ligoté en public jusqu’au petit voleur de quartier en passant par des répressions domestiques, comme punition c’est toujours la corde qui précède la réparation de la faute du prévenu ; la corde étant devenu le symbole de l’infériorisation ».

L’« attentat » de Koundara et ses suites tragiques m’inspirent trois sentiments et pistes de réflexion : 

1) Je déplore la violence politique sous toutes ses formes même contre Dadis que je ne supportais pas, car il faut extirper la violence dans le jeu politique en Guinée depuis les années 50 à nos jours. Il faut y réhabiliter le respect de la vie humaine et de nos valeurs morales, traditionnelles.

2) Il faut procéder à l’arrestation de Toumba Diakité et ses hommes, de tous les commanditaires et exécutants du carnage et des viols du 28 septembre dernier, leur traduction devant une CPI. A mon avis, seule une force de protection ou d’intervention militaire internationale pourra le faire :
- pour assurer la protection des leaders politiques, sociaux et la population désœuvrée et sans défense ; vu les dissensions réelles au sein de l’armée et si Dadis qui avait avoué ne pas contrôler l’armée, qu’il en était l’otage et est victime d’une « agression » aucun citoyen lamda ne peut se sentir en sécurité en Guinée ;
- pour une réforme du secteur de la sécurité (RSS), pour restructurer l’armée comme à Haïti au lendemain de l’intervention onusienne du 19 septembre 1994 ;
- pour éviter une « Somalisation » de notre pays avec différents chefs de troupe, de  guerre, de bandes armées près de Forécariah, au camp Alpha Yaya, au camp Koundara, au camp Samory Touré, des militaires libérés des Iles de Kassa qui sont dans la nature, le groupe du capitaine Pivi alias Coplan et du Général Sékouba Konaté qui, paraît-il, assurerait l’intérim de la présidence du CNDD et de l’Etat ;
- et pour éviter une déstabilisation de la sous-région.

3) Il faut sortir le plus tôt possible de cette transition militaire dévoyée en organisant des élections libres, transparentes et équitables  pour que le pouvoir politique retrouve les bases de sa légitimité, surtout pour mettre fin à la dictature, au culte de l’impunité et de l’injustice en y instaurant un réel Etat de droit, des pratiques démocratiques dans nos mœurs politiques.
Les instances communautaires africaines (CEDEAO et UA) devraient changer de facilitateur de médiateur à la place de Blaise Compaoré qui avait fait preuve de partialité et donner à Dadis plus que ce dernier n’en demandait; les accords de OUAGA devaient constituer le dépositaire de l’espoir du peuple guinéen mais ils se révélèrent plutôt une manœuvre de légitimation du pouvoir militaire.
Les exécutions sommaires, les tortures, la chasse à l’homme, la traque avec prime comme au Far West du lieutenant « Toumba » Diakité, l'inquiétude et l'incertitude qui règnent à Conakry sur l'avenir du régime n’augurent rien de rassurant pour la cohésion nationale qui est un impératif de survie pour tout pays.

Je demeure sceptique quant à un sursaut d’esprit patriotique et civique des gouvernants actuels ; il ne faudrait pas trop miser sur un réflexe républicain d’une frange de l’armée pour sortir la Guinée de l’ornière, de 51 ans de régression, de misère, de désespérance sociale. Au sein du CNDD, dont je souhaite la dissolution, il y a une lutte sans pitié de leadership, de survie. Après Dadis, Toumba , « l’élimination » politique et/ou physique de Konaté, Pivi et les autres n’était-elle pas prévue, planifiée ?
 « Ce n’est parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas ; mais c’est parce que nous n’osons pas que les choses deviennent difficiles ! » clamait Sénèque le Jeune (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.) l’homme d’Etat et philosophe romain.
Les Forces vives devraient porter l’estocade à une armée divisée, fragilisée et refuser toute transition civile avec partage du pouvoir avec les militaires.
Le pouvoir n’est que le résultat des rapports de force. A méditer par les Forces vives !

Que Dieu préserve la Guinée !    

Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
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Paris, le 08 décembre 2009

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