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Les contradictions d’une junte aux abois

Date de publication:2009-12-12 19:03:56

2009-12-12 20:00:42

Il ne s’agit pas de revenir sur les informations contradictoires données par les membres de la junte sur les circonstances qui ont conduit à l’évacuation au Maroc de leur chef.

En fin de compte, le fait que Dadis ait tenu un conseil avant de monter ou d’être transporté dans l’avion est sans intérêt. L’habillage fourni aux média masquait à peine une peur chez ces militaires et éléments des forces nouvelles qui ont confisqué le pouvoir en Guinée.

S’il ne sert à rien de se perdre en conjecture sur les conditions de l’évacuation de Dadis, il est pertinent de se poser la question de savoir qui est le véritable auteur du renversement de Dadis.

C’est Toumba Diakité, auteur de nombreuses exactions notamment le 28 septembre 2009 qui aurait tiré sur Dadis. Mais dans toute enquête criminelle, la recherche du mobile est primordiale. Est-ce parce que Toumba refusait d’endosser seul la responsabilité des drames causés à cette date par les militaires ?
Pourquoi Tiegboro a annoncé que Toumba avait été arrêté avant que la réalité soit révélée au grand jour le lendemain ?

Comment Toumba peut-il avoir échappé à la cohorte à ses trousses et s’exprimer en toute tranquillité sur les média étrangers ?
-Toumba est-il vraiment recherché ? A-t-il agi de lui-même ou pour le compte d’autrui ? A qui profite le crime ?

Saura-t-on un jour la vérité ?

Mais en attendant, puisque selon certaines explications c’est le refus de se voir imputer seul le drame du 28 septembre  qui aurait poussé Toumba au fratricide, voici ce que dit l’article 28 du Statut de la Cour pénale internationale :

 Article 28
Responsabilité des chefs militaires et autres supérieurs hiérarchiques
Outre les autres motifs de responsabilité pénale au regard du présent Statut pour des crimes relevant de la compétence de la Cour :

a) Un chef militaire ou une personne faisant effectivement fonction de chef militaire est pénalement responsable des crimes relevant de la compétence de la Cour commis par des forces placées sous son commandement et son contrôle effectifs, ou sous son autorité et son contrôle effectifs, selon le cas, lorsqu’il ou elle n’a pas exercé le contrôle qui convenait sur ces forces dans les cas où :
i) Ce chef militaire ou cette personne savait, ou, en raison des circonstances, aurait dû savoir, que ces forces commettaient ou allaient commettre ces crimes ; et
ii) Ce chef militaire ou cette personne n’a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables qui étaient en son pouvoir pour en empêcher ou en réprimer l’exécution ou pour en référer aux autorités compétentes aux fins d’enquête et de poursuites ;

b) En ce qui concerne les relations entre supérieur hiérarchique et subordonnés non décrites au paragraphe a), le supérieur hiérarchique est pénalement responsable des crimes relevant de la compétence de la Cour commis par des subordonnés placés sous son autorité et son contrôle effectifs, lorsqu’il ou elle n’a pas exercé le contrôle qui convenait sur ces subordonnés dans les cas où :
i) Le supérieur hiérarchique savait que ces subordonnés commettaient ou allaient commettre ces crimes ou a délibérément négligé de tenir compte d’informations qui l’indiquaient clairement.
ii) Ces crimes étaient liés à des activités relevant de sa responsabilité et de son contrôle effectifs ; et
iii) Le supérieur hiérarchique n’a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables qui étaient en son pouvoir pour en empêcher ou en réprimer l’exécution ou pour en référer aux autorités compétentes aux fins d’enquête et de poursuites.

Au regard de ce texte, c’est toute la hiérarchie militaire guinéenne qui doit s’interroger sur sa responsabilité au lieu de chercher à se trouver un alibi ou des circonstances atténuantes.

Est pénalement responsable celui qui a commis l’infraction mais aussi le commanditaire.

En attendant  le rapport de la commission d’enquête, il y a lieu de s’interroger sur les agitations et les déclarations très contradictoires des membres de la junte.

-Tout d’abord les propos de Cécé Loua qui s’est érigé en porte-parole médical de Dadis. Un coup il explique que Dadis va bien mais qu’il ne peut pas communiquer. Le lendemain il déclare qu’il s’entretient tous les jours avec son chef. Il dit que Dadis reconnaît son entourage mais ne peut pas communiquer, qu’il n’a jamais été dans le coma, ni naturel ni artificiel et à la RTG promet que le volubile Dadis allait s’exprimer dans deux ou trois jours. Mais on vient d’apprendre que Dadis vient juste de se réveiller.

Il est très difficile de croire à ces « autorités » qui assurent l’intérim de Conté. Le seul habilité à nous donner des informations plausibles sur l’état de santé de Dadis ce sont les responsables de l’Hôpital militaire où il est hospitalisé comme le Docteur Ali Abrouq. Ces médecins eux savent le sens du serment d’Hippocrate et ne feront pas des déclarations fallacieuses pour faire plaisir à la junte.

Mais ce qu’on retiendra aussi de Cécé Loua c’est sa qualification des faits du 28 septembre et du 3 décembre.
Devant les diplomates, il parle des « évènements regrettables du 28 septembre » et d’énumérer des gestes faits en faveur des victimes. Puis il parle de « crime crapuleux » du 3 décembre et « répréhensible » et de dire qu’ils font tout pour retrouver l’agresseur de Dadis.
S’ils mettaient le même zèle pour arrêter les auteurs des massacres et viols et surtout qu’ils ne perdent pas de vue que Toumba n’a pas commis ces crimes du stade tout seul. Il y a eu plus de deux cents victimes (morts et violentés).

Idrissa Chérif, l’irréfléchi chef de propagande de la junte.
Il affabule, les services français seraient derrière ce complot ourdi par Toumba. Idrissa préparait une mise en scène digne du PDG-RDA avec des aveux télévisés.
Il est démenti par d’autres membres de l’équipe à laquelle il est sensé appartenir. Le fantomatique premier ministre Komara, puis Cécé Loua qui a quitté son manteau de porte parole médical pour le poste de ministre des affaires disons étranges. Aux diplomates, il déclare que le CNDD et le gouvernement ne soupçonnent encore ou ne pointent un quelconque doigt accusateur sur aucune puissance étrangère du fait de cette tentative dont l’auteur est connu de tous ».

Dans sa diatribe contre la France et le président de la Commission de la CEDEAO, Ibn Chambas, Idrissa Chérif  décide aussi de suspendre la vie des Guinéens à celle de Dadis avec l’annonce de la suspension des négociations de Ouagadougou.

Tout comme Chérif, Moussa Keita veut nous appliquer son slogan Dadis ou la mort « pour le moment notre participation aux négociations n’est pas bannie mais suspendue jusqu’au retour de Dadis ». C’est en connaissance de cause que Moussa Keita n’a cure du sort de la population puisqu’il ajoute « nous savons que c’est dans la négociation que le peuple ou la Nation aura son salut. Mais pour le moment, ce qui préoccupe le CNDD et le gouvernement c’est la santé de Dadis, c’est la quiétude interne ».

Mais on notera que Moussa Keita a vite changé de chef même s’ils n’ont pas la même vision sur les négociations. C’est ainsi qu’il a déclaré que le général Sekouba Konaté va loyalement assurer l’intérim aussi longtemps que durera l’hospitalisation de Dadis, si cela doit prendre plusieurs années, eh bien Sekouba assurera cet intérim.
Ce qui signifie que cette junte n’a cure du suffrage populaire.

Ceci dit, Moussa Keita a été démenti dans ces propos par le numéro trois promu numéro un de la junte, El Tigrou qui a décidé de poursuivre la négociation de Ouga et va y envoyer le commandant Keleti Faro.

Tigrou, intérimaire de l’intérimaire

Il paraît qu’il a acquis le surnom de tigre aux fronts. De quels fronts s’agit –il ? Certainement en Guinée Bissau et en Guinée en 2000 et sûrement pas au Libéria comme le prétendent beaucoup.
En Guinée Bissau, la Guinée a épaulé militairement l’armée nationale face à la rébellion d’Ansoumane Manet. En 2000 les rebelles hébergés par Conté s’étaient retournés contre les Guinéens au sud du pays. Un rapport d’international Crisis Group nous apprend que Konaté avait d’excellents liens avec certains de ces rebelles, et qu’il continue à assurer la protection d’une des chefs du LURD, toujours présente en Guinée et qu’il a fait recruter dans une compagnie de téléphonie mobile certains ex rebelles.
Ce surnom ne peut pas lui venir du Libéria où la Guinée participait aux opérations de maintien de la paix de la CEDEAO puis des Nations Unies. Une force de maintien de la paix, en principe sert d’interposition. Elle n’utilise la force qu’en cas de légitime défense. Mais en Guinée, on n’aime donner des surnoms ; tant mieux pour ceux qui les aiment.

Pourquoi c’est Tigrou qui assure l’intérim ? Rappelons que depuis bientôt une année, le pays n’a pas de constitution qui prévoit comment doit se faire la succession. Cette succession de fait revient tout simplement à un autre coup d’état.

L’accession de Dadis à la tête de l’était était déjà contraire à la loi, alors vouloir remplacer quelqu’un d’illégitime par un membre de son équipe illégitime, l’ordre constitutionnel est loin d’être restauré.

En plus de ce putsch en douce orchestré par les mêmes putschistes, les Guinéens ne doivent plus perdre de vue qu’ils doivent plus se fier aux actes des dirigeants et des hommes politiques qu’à leur parole. Sinon a-t-on déjà eu plus grand baratineur que Sekou Touré ? Dadis vient à peine de se taire, on aura noté le peu de cas que ces personnes font de la parole donnée.

Tigrou, Ministre de la défense de la junte, devant qui et Dadis l’armée, la gendarmerie, la police ont juré fidélité (et non à la Nation) semble découvrir les tares de l’armée guinéenne, l’indiscipline au premier rang. On attend de voir s’il va faire arrêter ceux qui sèment le désordre et le désespoir dans les villes et les campagnes, s’il va faire arrêter ceux qu’on voit sur les vidéos et qui ont torturé à mort d’autres militaires.

Dans tout Etat de droit c’est la justice qui prononce les sentences et non l’armée elle-même qui décrète telle personne coupable et l’exécute de manière atroce.
 
Quant aux forces vives sauront-elles négocier l’instauration immédiate d’un gouvernement de transition civil, la restructuration de l’armée et la présence d’une force onusienne ?

Hassatou Baldé

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