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La conférence de M. Lamine SIDIME, président de la Cour Suprême de Guinée

Date de publication:2008-02-17 15:47:18

La conférence de M. Lamine  SIDIME , président de la Cour Suprême  de Guinée. Les absents avaient raison ! 
Comme d’habitude M. SIDIME prend les Guinéens pour des majeurs  amnésiques.

Son  intervention  était basée sur la démocratie en Guinée. En l’écoutant, j’ai  eu l’impression qu’il parlait  d’une  autre Guinée que je n’ai pas encore  eue la chance de connaitre.

Il nous dit que la démocratie  est une réalité en Guinée. Qu’il n’y a  aucun prisonnier  politique  dans notre pays.  En réponse à la question de  Dr BAH concernant  l’arrestation  du professeur Alpha Condé,  M. SIDIME  a eu le courage  de nous  dire  que c’était une  arrestation  juridiquement  fondée,  comme  si  l’opinion guinéenne  et  internationale  n’avait  pas  suivi  cette affaire.

Nous n’avons pas manqué  d’éloges  de la démocratie guinéenne, je dis bien la démocratie  selon M. SIDIME. Fidèle à ses habitudes, il  n’a pas fait mention des violations répétées  de la constitution guinéenne par le Président  Conté. Pire encore, il nous a dit que toutes les élections qui se sont déroulées en Guinée  étaient  des élections  libres et transparentes. Les incidents qui émaillaient ces élections étaient le fait des partis politiques de l’opposition.

Ce qui m’a semblé être un manque de respect  pour  nous, c’est le fait de nous dire avec intention de  démentir les accusations de détournement des deniers publics par les dirigeants guinéens, que tous les anciens ministres  sont  pauvres  donc  ils  n’ont rien détourné.

En réponse  à la question de  M. Aboubacar  Fofana,  le  Président  du club DLG , à savoir  pourquoi  les candidatures indépendantes sont interdites en Guinée  alors que ce problème  ne se pose pas dans d’autres pays  tel que  le Benin, il a répondu que la Guinée a déjà  trop de partis politiques, que permettre les candidatures  indépendantes  serait  non seulement  coûteux, mais aussi  une pagaille. Que parler de la réussite  du cas béninois est prématuré  car le Président  Bony  Yayi n’a pas encore fini son mandat.

Quand à la question de M. Blaise Chérif  concernant  la place des accords tripartites par rapport à la Loi fondamentale, la réponse manquait  de clarté et d’argument juridique. Voici sa réponse : « Les  gens écrivent  tout sur internet mais les accords  tripartites  sont  des  accords  syndicaux.  La Loi fondamentale avait été adoptée par  80%  des Guinéens alors  que les travailleurs  syndiqués ne dépassent  pas 50 000 personnes. Donc,  La loi fondamentale  n’est pas morte.  Comme  les syndicalistes  ont pu mobiliser le peuple et que la Guinée était dans une crise profonde, nous avons  accepté ces accords pour  sortir de la crise ».  Sa réponse a le mérite d’être très vague et dépourvue  de démonstration juridique qu’on peut  légitimement  attendre d’une personne de son rang. Il a oublié qu’il s’agissait  de 80%  des votants  et non des Guinéens. Et que la participation au référendum  après la manipulation de la Loi fondamentale  accordant  en fait  une présidence  à vie  au Président  Conté  n’avait pas mobilisé plus de 10%  de la population. Par contre, nous savons  tous que pour obtenir les accords, l’écrasante majorité des Guinéens  de l’intérieur  comme de l’extérieur   étaient mobilisés.

Deux questions  d’un  étudiant  de  première  année  en  Droit  auraient  suffit  pour  pousser  M. SIDIME  dans  ses propres  contradictions.

Mes chers compatriotes, vous vous  demandez  pourquoi  je  n’ai pas posé ces questions ? Je vous dirai  tout simplement  qu’on ne m’a pas laissé  parler. Ce n’est pas faute d’avoir demandé la parole à plusieurs reprises. Il ne fallait pas que je parle  car, n’étant  pas  cette personne agissant  sans conviction  avec  un chapeau de démagogue, mes propos risquaient de déranger le conférencier. Je suis de nouveau convaincu que la longévité de la dictature guinéenne  n’a  aucune  autre cause que l’attitude  que nous  adoptons face à nos oppresseurs.

Il est regrettable que des tribunes  d’autopromotion  soient  données  sans contradiction possible  à des personnes  comme  M. SIDIME qui ont  saboté  tout progrès démocratique dans notre pays. Désormais, je saurai faire la différence  entre  des rencontres  d’autopromotion  et  des rencontres  constructives.

Je pose ces questions à M. SIDIME  avec espoir  de réponse  même par voie de l’internet : pourquoi dit-il que  les accords tripartites  sont  syndicaux  alors que les trois parties  aux accords n’étaient pas toutes  syndicalistes  et  que les revendications qui ont abouti à ces accords étaient politiques et non syndicales ?  Comment un accord syndical peut porter sur l’exercice des pouvoirs constitutionnels qui sont réservés exclusivement  aux hommes  politiques par la constitution guinéenne  dont  il est l’auteur ?

Pour  soutenir le contraire des propos de M. SIDIME  sur le rôle des syndicalistes, je dirai que  les syndicalistes avaient  porté  deux revendications. La première,  concernant  l’augmentation des  salaires et les meilleures conditions de travail, était  une   revendication  syndicale.  La deuxième qui portait  sur la nomination d’un Premier Ministre après la violation flagrante de la constitution par le Président Conté  du  fait  de  soustraire  ses  amis de la justice guinéenne,  était  une revendication politique  au plus haut  niveau.   

  C’est  dans la Loi fondamentale en son article 19, alinéa 4 que  les revendications politiques des syndicalistes trouvent  leur  source.  Cet article dispose que : « Il (le peuple) a le droit de résister à l’oppression ». Il  attribue  ce droit  au peuple  tout  en  laissant  son exercice à sa discrétion totale. Le choix du peuple s’agissant : des voies et moyens à mettre en œuvre, l’objectif à atteindre ou les personnes qui parlent à son nom et pour son compte  dans  cette résistance  à l’oppression  est  laissé  à sa discrétion totale. Peu  importe que le peuple choisisse des maçons, des mécaniciens, des intellectuels  ou des syndicalistes, c’est  son  droit le plus absolu. N’ignorons pas que les syndicalistes sont  avant  tout des citoyens guinéens. C’est  en tant que citoyens et non syndicalistes que les partenaires  sociaux  ont porté  les revendications politiques  sur le fondement de l’article 19, alinéa  4 de la Loi fondamentale citée ci-dessus, qui n’exclut  aucune couche  populaire  de cette résistance. Cet article parle du peuple, de tout le peuple, donc les syndicalistes aussi.

Dans un pays où les représentants du peuple se sont retournés contre lui, l’armée au service d’un clan, la justice n’existant que de nom, le peuple ne pouvait  que choisir ses représentants en dehors des institutions dites républicaines qui sont plus que défaillantes. Il faut noter qu’un mandat  tacite de représentation s’est formé entre le peuple et les partenaires sociaux. Pour s’en convaincre, il faut se souvenir que le nombre de salariés  syndiqués n’est pas considérable en Guinée. Pour autant, tous les Guinéens, travailleurs ou non, obéissaient aux ordres des partenaires sociaux sans aucune contestation. Ce fait est une expression de la confiance que le peuple fonde sur  les  partenaires sociaux  (syndicalistes  et  société civile) au lieu et place des institutions dites républicaines.  Ils peuvent légalement continuer à représenter le peuple tant que nos institutions dont le peuple n’a plus confiance ne sont pas renouvelées et l’oppression terminée.

M. SIDIME, votre tentative d’autopromotion a échoué. Les absents ont eu raison de s’occuper de leur famille.

Makanera Ibrahima Sory,  Juriste
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Membre du club DLG. Membre de la rédaction de guinéa-forum, chargé des questions juridiques.

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