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Indépendance où es-tu

Date de publication:2008-03-20 11:50:50

La question n'est pas saugrenue car de nombreux guinéens doutent de ton existence et voilà qu'on remue ciel et terre de Guinée pour fêter tes cinquante ans. Cinquante ans, ce n'est pas rien. C'est l'âge d'un homme ou d'une femme mûrs. Donc te demander: " où es-tu, Indépendance ?" est, à défaut de convenance, presque  un affront. C'est vrai, mais si la question est posée c'est que tu ne t'es pas beaucoup manifestée aux  lieux  où un grand nombre de mes compatriotes guinéennes et guinéens souhaitaient te voir briller. Il s'agit, tu devines, des lieux de la Liberté et de la Dignité humaine, concepts sans lesquels il n’a pas d'indépendance. Un pauvre bougre n'est pas libre et il manque souvent de dignité devant celui à qui il doit tendre la  sébile pour survivre. C'est la situation connue des milliers de guinéens depuis 1958 alors qu'il suffit de regarder la mine grassouillette de bien des dirigeants guinéens pour se dire " voilà des hommes qui vivent bien! ". Il se trouve, cependant, d'autres guinéens qui ne veulent,  à aucun prix, ni entendre ni voir cette constatation. Ce qu'ils veulent entendre, ces braves concitoyens, c'est qu'on leur chante que tous
les malheurs de notre pays y compris son sous-développement accentué ont été dus, au long des années, aux comploteurs extérieurs aidés de complices sataniques guinéens. Sans eux, avec ses fabuleuses potentialités minières, la Guinée serait, aujourd'hui, plus avancée sur la voie du développement économique et social. Cette justification n'est pas entendue sur la seule sphère des responsables directs de la dérive de l'Etat guinéen. Des escouades de séides et d'affidés liés aux hommes du pouvoir, au cours des cinquante années de la République de Guinée, répètent comme atteints  de psittacisme que la Guinée est un "scandale géologique" et que ses potentialités économiques devraient faire envie.

Le raisonnement qui conduit ainsi à confondre  potentialités  et richesses a fini par plonger des gens dans une médiocrité de jugement dont on n'évalue pas  encore tous les effets pervers. Aux louangeurs des dirigeants des deux républiques successives, ne parlez surtout pas de répressions féroces qui ont détruit pour longtemps, moralement et matériellement, le tissu social guinéen. La destruction psychologique et intellectuelle qui en a résulté (même sur des générations nées après 1984) marquera encore longtemps notre pays. Autrement comment expliquer qu'à part la Guinée, quand des populations africaines ont senti que leurs dirigeants n'étaient plus  à la hauteur de leurs missions, ceux-ci ont été remplacés comme par exemple au Mali ou en Mauritanie. Chez nous, en Guinée, il s'est toujours trouvé des hommes ou des femmes (marabouts, féticheurs et autres diseurs de bonnes paroles ) pour justifier que si le syndicaliste puis homme politique Sékou Touré, le sous-officier  des troupes coloniales  Lansana Conté sont devenus Présidents de la République de Guinée, l'explication ne peut  en être que la volonté divine. Sur cette  lancée, les zélateurs de nos deux premiers présidents  vont jusqu'à les absoudre de tous les crimes commis sous leur régime en les expliquant par la volonté divine. C'est extraordinaire comme rouleau compresseur d'obscurantisme  dans un pays de croyants, où, de surcroît, le niveau moyen de raisonnement  est peu élevé. En effet, les concepts de BIEN et de MAL, très présents aussi bien dans le Coran que dans la Bible sont du coup écartés par nos zélateurs qui ont toujours eu une réelle influence sur les hommes au pouvoir. D'où l'insistance ici à dire que pour  les vrais croyants, l'Ecriture sainte explique à l'homme la voie du Bien et celle du Mal et il demeure comptable de la voie qu'il aura choisie. Dire comme on l'entend souvent de la part de certains que tous les crimes commis de 1958 à 2007 l'ont été de la volonté divine est un acte de non-croyance en Dieu. Au reste, dans ses nombreux discours, le premier Président qui se disait croyant ne manquait aucune occasion pour fustiger Cheytane (Satan), l'incarnation du Mal absolu.

La déification du Président de la République est une des raisons de la confiscation de l'indépendance par un petit groupe, avec la complicité tacite de beaucoup d'autres. C'est la raison pour laquelle, mes compatriotes, nous devons bien nous regarder dans les yeux et nous dire des vérités  pour éviter les faux-fuyants car il faut reconnaître qu'un nombre non négligeable d'entre nous n'a jamais aimé que des vraies questions soient posées. On retrouve d'ailleurs ce type de comportement,  quoiqu'en moins figé, dans d'autres pays africains. La conséquence, dans ces cas a été de voir s'installer aux commandes de ces pays des hommes qui n'avaient pas la capacité de transformer les indépendances en Liberté et en Dignité pour des peuples  longtemps colonisés par d'autres peuples. A part quelques rares cas sur notre continent, nos indépendances se sont transformées en zones de soumission à l'extérieur dont les bailleurs de fonds sont la partie très visible. Sur le planisphère, nous sommes la zone de médiocrité dont les dirigeants sont contents d'eux parce qu'on les désigne de l'incontournable attribut d' "EXCELLENCE". Il faut dire que le ridicule et l'ignorance n'étant pas des maladies qui tuent, l'usage abusif de cette expression déjà désuète au XXe siècle, de "Son Excellence" (S.E), est une des marques frappantes de la médiocrité et de l'insignifiance de nos indépendances. Ni en Amérique, ni en Asie, ni en Europe, ni en Océanie, des dirigeants politiques ne se sont aussi affublés qu'en Afrique de qualificatifs et de titres surfaits pour camoufler leur vacuité. 

C'est ainsi que des sous-officiers issus des troupes coloniales se sont proclamés par la suite en  généraux, puis  en généraux de corps d'armées puis en maréchaux, titres obligatoirement précédés de l'incontournable "Son Excellence". En Guinée, le premier Président de la République avait constaté que ce titre de président n'était  pas assez flamboyant : Responsable suprême de la Révolution, Grand Capitaine du Hafia F.C, etc. Le paradoxe de cet exemple est que les héritiers spirituels du Responsable suprême de la Révolution guinéenne  ne veulent plus qu'on évoque cette responsabilité dans la suite du naufrage du pays Les divers titres des Présidents africains font  penser à la légende colorée des caudillos latino-américains des XIXe et début XXe siècles qui a longtemps handicapé l'évolution de l'Amérique Latine. Après la fin de la domination espagnole et les guerres d'indépendance, il se produisit un vide politique immédiatement suivi par une levée hétéroclite de caciques, de caudillos  mi-guérilleros, mi-chefs de bandes et de dictateurs extravagants. On cite l'un d'eux qui enterra sa jambe perdue à la guerre dans la cathédrale, un autre fit fusiller sa chemise, un troisième interdit (par décret) aux abeilles de s'approcher des routes etc.

Nos indépendances africaines sans avoir atteint les sommets de ces extravagances intervenues plus d'un siècle avant nous, auraient tout de même pu éviter quelques cas ubuesques comme ceux de Bokassa (voir Bernard Loubat:" L'Ogre de Bérengo - Bokassa m'a dit", Collection témoignages, Editions Alain Lefebvre, Nice, 1981); d'Idi Amin Dada (voir "Général Idi Amin Dada - autoportrait", film-documentaire de Barbet Schroeder, 1975) ; de Samuel K. Doe ( voir "Liberia , the road to democraty under  the leadership of Samuel  Kanyon Doe" , Edit. Willie A. Givens, London, 1986 ) etc.
Ces exemples auraient dû inspirer des intellectuels africains vers des axes d'éducation des masses africaines à ne pas tomber dans l'adulation de leaders politiques sans envergure qui les maintiennent dans l'obscurantisme, l'ignorance et la misère.

Au lieu d'une telle orientation, des intellectuels africains estiment primordial de s'indigner sur des sujets comme le discours du Président Sarkozy à Dakar en juillet 2007. Ce discours était certes une provocation adressée aux africains mais de là à procéder à des levées de boucliers, donne  l'impression d'un manque d'imagination quelque part. Il y a longtemps que des dirigeants politiques ou des intellectuels africains auraient dû prononcer ce type de discours. Car quoi de plus injurieux, de plus accablant pour l’Afrique  que de voir près de cinquante ans après les indépendances, le degré de dépendance de nos pays aux anciennes métropoles coloniales, les incessants salamalecs auprès des bailleurs de fonds extérieurs (voir l'article suggestif d'Ibrahima Kylé Diallo: "La mendicité: une institution républicaine?"), les flux migratoires massifs  vers l'Europe et l'Amérique, de jeunes actifs africains qui auraient pu être utiles à leurs pays? Dès qu'une mesure d'expulsion est prise dans ces pays contre des migrants, cela a un nom pour des milliers d'africains et non des moindres : c'est du racisme. Où est la dignité de ceux qui s'élèvent contre le fait qu'on reconduise quelqu'un dans son pays? Certes s'il s'agit de réfugiés  politiques, c'est autre chose. Autrement où est l'indépendance de ceux qui s'indignent d'être expulsés d'un pays étranger? Ceux-là considèrent-ils encore leurs pays comme une colonie dont la métropole  coloniale n'a pas le droit d'expulser un ressortissant ? C'est sur ces points qu'on voit le manque de cohérence et d'honnêteté de ceux qui n'ont cessé de condamner ce qu'ils appellent la Françafrique et dont ils s'accommodent parfaitement dans leur fort  intérieur. Si cette Françafrique venait vraiment à se disloquer dans l'immédiat (nul ne sait ce que l'avenir  en sera), on peut sans risque de se tromper penser que certains de ses détracteurs seraient les premiers à voir leur inspiration vengeresse prendre des accents épiques sur l'abandon sans égard pour le passé historique commun.  Qu'une vigilance et des critiques des dysfonctionnements de cette Françafrique soient faites pour qu'un certain équilibre des échanges en tous genres s'y réalise, quoi de plus normal.

Tout ce que je viens d'écrire me semble devoir être dit de plus en plus pour nous sortir de notre peau d'enfants colonisés et atteindre enfin  l'âge d'adultes indépendants. Je disais plus haut que l'indépendance de la Guinée est invisible mais que le Premier Ministre Lansana Kouytaté et son gouvernement en préparent fébrilement le cinquantenaire pour cette année 2008. J'avoue que je n'ai; à l'heure où je trace ces lignes, rien compris, ni aux motivations ni à la logique de cette commémoration. J'ai déjà écrit ailleurs que le penchant trop prononcé des commémorations, la propension à faire la fête à tout propos étaient des marques de sociétés décadentes. La Guinée est une jeune nation qui a besoin de travailler et qui doit travailler  pour l'avenir de ses enfants afin qu'ils soient fiers de leurs devanciers et de ce qu'ils ont  laissé pour eux. Les Guinéennes et guinéens  d'une vingtaine d'années, aujourd’hui, peuvent-ils être fiers de quelles réalisations de taille  intervenues dans leur pays depuis cinquante ans? Pourquoi fuient-ils toujours autant à l'étranger pour pouvoir un peu mieux vivre? Malgré ces interrogations, il se trouvera des gens pour justifier les fêtes des cinquante ans d'indépendance   de la Guinée. Ils en font comme s'il s'agissait d'une question personnelle. Or pour des vrais patriotes, pour des vrais hommes d'Etat, tout ce qui concerne la vie de la communauté nationale doit transcender leur personne et leur propre désir. Dans notre pays, le leader politique en place a  toujours agi comme s'il s'agissait de pari personnel  et non de pari national, d'où à chaque fois l'entêtement de se maintenir contre vents et marées. On voit ce que cela a donné.

Toutes ces remarques ne font pas de moi un opposant systématique du gouvernement  Kouyaté, ni d'ailleurs un partisan. Ce que j'ai critiqué jusqu'ici, ce sont des institutions vides de contenu et naturellement et ses serviteurs qui se prêtent à un jeu de théâtre qu'ils savent (ou devraient savoir) sans avenir pour la Guinée. Au fond, je crois que savoir qu'une situation est fausse mais  y participer quand même et faire semblant d'y croire  est la pire chose qui peut arriver à un homme ou à une femme libres. Le mensonge organisé ne mène nulle part. Souvenez-vous de l'expérience du Parti-Etat de Guinée. L'organisation et le fonctionnement de ce parti que ses dirigeants disaient d'adhésion populaire et que n'importe quel observateur étranger de passage à Conakry jugeait implanté solidement, n'ont pas empêché qu'il s'écroule un matin, le 3 avril 1984, à la surprise générale et dans la liesse populaire, sans la moindre résistance de quelle que fraction de guinéens que ce soit. Cette chute n'a pas été le fait d'une invasion  d'armées étrangères mais par des galonnés promus (avec la rigueur qu'on lui connaissait dans la promotion militaire) par le même Parti-Etat. Ce rappel pour souligner  que tout ce qui est bâti sur le mensonge s'écroule toujours au moment précis où personne ne s'y attend. Que des thuriféraires de ce système aillent après dire que ce sont des traîtres qui, au sein du Parti-Etat, l'ont renversé, c'est leur droit de libre expression mais qu'ils n'oublient pas qu'un tel évènement se serait produit n'importe où en Afrique ou ailleurs dans le monde, des militants convaincus   du système attaqué se seraient dressés face aux chars militaires au risque de leur vie. On n'a pas connaissance d'exemple de type d'héroïsme, le 3 avril 1984. De nombreux serviteurs zélés du PDG se sont précipitamment mis au service des putschistes. C'est humainement compréhensible: tout le monde avait peur du PDG et très peu de guinéens avaient foi en ce parti cousu de cynisme, de mensonge et de violence. On devrait tirer des enseignement de l'intermède de ce monstrueux parti qu'a connu notre pays de 1947 à 1984.Il faut s'efforcer d'en abandonner la culture politique pour que la politique devienne constructive en Guinée.

Il faut que la politique redonne à la Guinée son indépendance. Sous la première République, le pouvoir était personnel, l'indépendance était personnelle. Sous la deuxième République, les améliorations apportées dans le domaine de la libre circulation des hommes ont été ternies par le pillage économique du pays par ceux qui s'étaient chargés de son "redressement". Le Premier Ministre Kouyaté aurait dû, à son arrivée, examiner en profondeur tous ces aspects pour un nouveau départ. Il était arrivé avec une expérience internationale, dans un contexte particulier d'accession à la Primature, comparé à ces prédécesseurs. Il avait des chances potentielles d'annoncer une aube nouvelle pour l'indépendance de la Guinée. Certes la période de cohabitation qu'il devait entamer avec le Président Lansana Conté ne devait pas s'annoncer  facile mais fort du caractère exceptionnel de la période et du  contexte populaire de sa désignation, il pouvait se présenter en homme nouveau. Cela aurait pu commencer par dire la vérité, toute la vérité sur la situation économique que n'importe qui pouvait deviner. Il était nécessaire de dire cette vérité pour dissiper des malentendus sur les impatiences à voir résolus en un temps record des problèmes accumulés pendant des années. Mais ne fut pas cette voie qu'il a choisie. Celle  du louvoiement des problèmes comme on l'a toujours fait en Guinée,  eut sa préférence. Tout en ayant  toute la révérence qu'un Premier doit avoir avec le chef de l'Etat avec lequel il a accepté de travailler, Kouyaté devait se concentrer sur sa fameuse feuille de missions. En cas de conflit avec Conté, il pouvait, en toute logique, compter sur le soutien des guinéens qui avaient été à l'origine de sa nomination. Je crois que  cette hypothèse de conflit avec le Président ne lui a pas paru rassurante pour se maintenir en place même si les traquenards du camp présidentiel l'empêchent, comme disent ses partisans, de travailler.

Ce comportement d'un Premier Ministre désigné pour remettre l'Etat sur les rails, qu-on empêche de travailler et qui demeure néanmoins en place, appelle à se référer encore à la culture politique reçu du PDG. Une culture du totalitarisme politique imprégné de  mysticisme du pouvoir  qui marque fortement  tous ceux qui ont subi son influence. On demandait, un jour à Albert Speer, l'architecte  d'Hitler, pourquoi, il l'avait suivi jusqu'à la débâcle du IIIe Reich et il répondit "C'est parce que le pouvoir est délicieux". Ce côté délicieux du pouvoir a toujours fasciné des guinéens jeunes et vieux depuis cinquante ans au point de fermer les yeux sur  toutes les forfaitures commises dans ce pays, pourvu qu'on approche du pouvoir pour en jouir. Il faut préciser ici que la fascination du pouvoir sur les hommes est assez répandue sur terre, mais quand un peuple a été autant écrasé si longtemps, comme le peuple guinéen, par ses dirigeants, la fascination du pouvoir devrait  se transformer en répulsion.
C'est une chance d'arriver à une échelle   de son pays où l'on peut rendre des services durables à la collectivité nationale entière mais ce n'est pas non plus  une malédiction pour un citoyen de n'être pas arrivé à cette échelle. Dans le premier cas, il arrive  très souvent qu'on laisse  des souvenirs  amers et un nom honni, sinon maudit dans la conscience populaire parce qu'on n'a pas été à la hauteur de l'attente qu'on avait placée en vous.   Je n'écris pas ceci spécialement pour Lansana Kouyaté et son gouvernement. Il s'agit d'une constatation  dans la vie. Je ne porte même pas de jugement sur un gouvernement d'une année car ce temps est trop court compte tenu de l'ampleur des problèmes accumulés  mais j'ai insisté sur une clarification des problèmes guinéens pour s'en sortir. Si cette clarification n'intervient pas, j'ai, au constat de la situation actuelle une certaine conviction qui n'est pas un souhait que malgré les airs satisfaits de "bilan" qu'on peut dresser ici ou là sur des actions menées en seulement une année de gouvernement chaotique, les combinaisons ou les démonstrations de façade ne changeront rien de fondamental aux tristes réalités guinéennes. Et pourtant ce pays fut, jadis,  aux antipodes de la tristesse de par sa     population de nature gaie, de par ses paysages variés. Il est arrivé à l'époque coloniale que des voyageurs célèbrent la douceur de vivre dans notre pays. En témoigne ce livre de Pierre d'Espagnat  intitulé "Jours de Guinée", Perrin Edit. J'en extrais ce passage :"Nuit de Guinée" où l'on peut lire: "Le soleil s'est couché dans un éblouissant feu d'artifice... Des milliers d'oiseaux s'égosillent autour de notre demeure...On entend au loin la cadence précipitée des tam-tams... Quand la lune se lève toute l'Afrique danse. L'heure la plus délicieuse du ciel des tropiques, après ces écrasantes journées, s'emplit d'une sérénité vraiment sans pareille. Une tiédeur indéfinissable circule dans l'air...Quelques nuages d'argent flottent à l'horizon, tandis qu'au-dessus de nos têtes, si calme, si lumineuse, si souriante, resplendit la lune. Au fond de cette nuit de Guinée, il y a je ne sais quoi d'unique au monde, effluve des susurrements de la forêt, des buissons enflammées de lucioles, de tout ce qui respire et de tout ce qui meurt au fond de l'ombre chaude: que ce soit l'air, zébré, devant nous, de ces flammèches qui passent, les masses profondes, redoutables et charmantes des hauts arbres, l'appel sinistre et  répété de quelque oiseau lointain, les coups cadencés du tambour à l’extrémité du village". (P. d'Espagnat).

Voilà l'image de la douceur d'un pays que l'indépendance aurait dû développer pour la joie de vivre des guinéens et de visiteurs étrangers autour de l'estuaire du Rio Kapatchez,  des vues des Grandes Chutes, au pied de la Dame de Mali et du vallonnement des environs, sur les sinuosités du cours du Tinkisso, la source du Niger ou encore dans les luxuriances des contreforts des Monts Nimba. De ces joies de se s'épanouir et de développer leur pays, les Guinéens en sont encore loin à l'allure où vont les choses car la soif de pouvoir personnel et d'enrichissement personnel semblent  avoir été la préoccupation  dominante de ceux qui, jusqu'ici devaient donner un contenu concret au mot INDEPENDANCE.

Ansoumane Doré

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