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Guinée : les mythes ont la vie dure

Date de publication:2008-04-02 23:17:18

Il faut que le Président Lansana Conté et le Gouvernenent du Premier Ministre Lansana Kouyaté entendent  les guinéens qui se posent la question du pourquoi de l'organisation de la célébration des cinquante années d'indépendance de la République de Guinée. Réfléchir à cette question et en discuter les grandiraient pour une fois car il ne s'agit pas,  sur cette question, de savoir qui a  raison ou  qui a tort.

Il s'agit de profiter de cette occasion pour repartir d'un bon pied.

Célébrer une indépendance qui a  déboussolé  la population du pays, l'a appauvrie et qui a, de par les conditions qui leur sont faites à l'intérieur du pays, poussé de nombreux jeunes guinéens à émigrer;une indépendance qui a amené d'autres à poursuivre sur place des études qui ne débouchent sur rien; que signifie  cette indépendance? Sont-ce les bourreaux qui ont réalisé  à grande échelle, des massacres, non pas à la tronçonneuse  mais à l'électricité et à la diète noire qu'on va fêter  ou bien les milliers de victimes innocentes qui ont perdu la vie pour rien? Ou encore peut-on fêter les deux catégories à la fois:les tranche-têtes et les martyrs? Célébrer un cinquantenaire qui a conduit  au colossal gâchis guinéen semble être un défi pour  l'entendement humain normal. 

Serait-ce encore là une manifestation de l'implacable Malédiction qui poursuit la Guinée de sa haine depuis 1958?

Il faut que les guinéens réagissent. C'est possible de conjurer le mauvais sort qui s'acharne sur eux. C'est pourquoi je vais (comme le font d'autres guinéens), je vais donc renouveler ici, ce que j'avais écrit dans un article de juin 2007 à l'attention des jeunes générations de guinéens en ajoutant que je suis de l'avis d'El Hadj BA Mamadou quand il écrit que les jeunes doivent connaître la vérité à propos de Sékou Touré, dans son article "26 mars 1984-26 mars 2008 - Sékou Touré, le héros devenu tyran sanguinaire et dictatorial".

Dans mon article de juin 2007: "La République de Guinée doit-elle devenir le p ays du triomphe de la rhétorique ?", je disais quelque sorte que la répétition, aux jeunes, des faits de chez-nous  qui semblent devenus des évidences  s'impose aux aînés. Je sais qu'il  y a toujours  quelque chose de désagréable  à se sentir obliger de répéter ce qui semble connu de presque  tout le monde. Cependant, à  voir ce qui se constate et ce qui s'entend en Guinée, quelques uns doivent s'obliger à un devoir de mémoire.

Avoir la mémoire courte a joué de tragiques déconvenues à des nations dans l'Histoire. Entretenir la mémoire collective dans notre pays n'est pas  entretenir les méfiances. C'est au contraire, une fois le mauvais passé épuré par une réconciliation , que les  jeunes pourront regarder l'avenir avec  d'autant plus de  confiance qu'en général les populations guinéennes ne sont pas rancunières. Ceux qui ont voyagé à travers le monde ont dû constater, qu'ici en Guinée partout , reconnaître ses torts est toujours suivi de pardon, sans arrière- pensée. Je le pense et le crois.
 Les aspects négatifs de notre indépendance (la falsification des faits, la  manipulation)  ne concernent pas que les seuls anciens guinéens mais aussi et surtout les jeunes. Dans un monde en évolution  accélérée, il faut que nos compatriotes voient ce qui se passe autour d'eux.

Un demi-siècle après notre indépendance , que nous a-t-elle apporté,  telle qu'elle a été vécue jusqu'ici  par lés guinéens ? La question fondamentale est là. Et n'allez pas vous entortiller dans des gesticulations sur la signification de l'indépendance pour un pays. On est tous d'accord qu'un  peuple doit  disposer du droit naturel à être indépendant. Si celle de la Guinée n'était pas intervenue en 1958, elle serait irrémédiablement intervenue les années suivantes. Ce n'est donc plus à ce niveau que se situe la question. La question est que l'indépendance acquise en 1958, qu'en a-t-on fait? Elle a été totalement dévoyée et c'est ce qui doit être dit et répété pour signifier que le peuple de Guinée n'est plus dupe.

Doit-on rester à la constation des faits que:
                    - l'indépendance a été acquise par Sékou Touré qui, en outre a aidé les mouvements de libération de différents pays africains avec la manne tirée de l'exploitation minière  au détriment de la Guinée qui se retrouve aujourd'hui bien derrière certains de ces pays. Il faut d'ailleurs ajouter que le désir de puissance n'était pas toujours  absent  de cette manifestation de panafricanisme;
                    - C'est sûr aussi que Sékou Touré a contribué   à la réhabilitation de la culture africaine notamment de la musique où il était souvent le héros célébré.
                    - Il a aussi contribué à faire briller un moment le nom de la Guinée . La chute de ce brio n'en été que retentissante car ne dure que ce qui a été construit sur du solide et non sur du toc.La Guinée est , aujourd'hui, je  le dis  avec tristesse, un des pays du monde à la mauvaise image.

L'autre interrogation est alors de savoir si  les apports de Sékou Touré à la Guinée, justifient  les monceaux de cadavres de guinéens, les tonnes  de souffrances de tant de familles disloquées? Qui peut montrer en Guinée des résultats tangibles de tant de sacrifices humains?
Hitler , après son ascension au pouvoir au début des années 30, avait hissé en quelques années, l'Allemamagne disloquée des suites de la Guerre de 1914-1918, au premier rang des puissances européennes . Après sa folie meurtrière de 1939-1945 et la débâcle du IIIe Reich, les allemands l'ont voué aux gémonies, après l'avoir porté au pinacle des années durant. Bien que l'Allemagne réunifiée dispose d'importants équipements d'infrastructures datant du temps d'Hitler, l'Allemagne officielle a cessé, dès 1945, d'évoquer le Führer. Est-ce l'une des raisons du spectaculaire relèvement de l'Allemagne, tant à l'Ouest qu'à l'Est dès les années 60 ?

Les officiels guinéens eux, avec les séides du dictateur guinéen qui a détruit la Guinée et les guinéens  continuent de faire comme si rien de grave ne s'était passé dans ce pays. Les maux et  la misère dont souffrent nos compatriotes leur apparaissent comme imaginaires. Les thuriféraires de l'ancien régime, insensibles au calvaire du peuple continuent d'évoquer comme atteints de psittacisme , l'Attila guinéen qui n'a laissé comme héritage  à la Guinée que la montagne de calamités que tout le monde peut constater. Il faut demander aux défenseurs de ce système de néant ce que  la postérité  retient tout au long de l'Histoire d'un bâtisseur de nation. N'est-ce pas ce qu'il a laissé de concret  aux générations futures? En tout cas ce ne sont pas que des mots, des mots creux sans signification pour le citoyen lambda, des intentions toujours proclamées , jamais réalisées. L' enfer n'est-il pas pavé de bonnes intentions, comme on le dit ?

De la vie du dictateur du Parti-Etat, les bonnes intentions n'ont jamais fait défaut au bon peuple qui  n'a connu que  le contraire de ces bonnes intentions. Malgré ce constat, certains de nos concitoyens se sont  fossilisés sur le coup d'éclat de 1958 et estiment qu'il faut  arrêter les aiguilles de l'horloge de l'histoire guinéenne à cette date et chanter pour l'éternité et à l'unisson Sékou Touré et ses prouesses dans la destruction de notre pays.

Cette destruction a atteint dans l'encadrement politique du pays des proportions que les historiens et des témoignages comme celui d'Alsény René Gomez: ("Camp Boiro -parler ou périr" , L'Harmattan ,2007), arriveront peut-être ,un jour à estimer. 
Je profite  de ce mot pour saluer Alsény René Gomez et l'importante contribution à "La littérature de douleur" , comme le dit avec justesse , notre compatriote  Djibril Tamsir Niane dans la préface du livre. Gomez apporte son témoignage de prisonnier à Boiro   à la connaissance de cette période de l'histoire guinéenne.
Je me souviens avec reconnaissance, de l'accueil fraternel qu'Alsény René Gomez , alors Ambassadeur de Guinée à Monrovia (Libéria) , m'avait réservé en février 1988, quand je me  rendais en Guinée pour le décès de ma mère.

Revenons aux festivités du cinquantenaire . De quel que côté qu'on examine  la Guinée: la population totale et son évolution, l'agriculture,  la petite industrie légère  du début des années 60, la monnaie , le sérieux de l'administration, la rage destructrice du Parti-Etat et de son Responsable suprême a laissé une empreinte indélébile plus de vingt ans après la chute officielle de  ce système satanique.

C’est au regard de tous ces méfaits qu'il n'est pas souhaitable d'organiser  des fêtes du cinquantenaire dans l'optique de réhabilitation du système abominable de Sékou Touré; à moins que ces fêtes donnent l'occasion à l'organisateur principal de vouloir se tailler un manteau politique sous les lambris de ces festivités. L'habillage sera  alors de rappeler le mythe du NON du 28 septembre 1958 qui a conduit à la proclamation de l'indépendance, le 2 octobre suivant. Or ce mythe doit être balayé, ça n'a été qu'une coquille vide depuis le 2 octobre. Quitte à égratigner notre fierté de  guinéens d'avoir tant entendu que l'indépendance de la Guinée avait sonné le glas de l'empire colonial français. Il n'y a rien de plus faux. Voici, rappelée , pour les plus jeunes, la réalité des faits historiques relatifs à l'empire colonial français:
                    - La Guerre d'Indochine (1946-1954) en Indochine française  s'était terminée en mai 1954 par l'indépendance de cet ensemble ( Cambodge, Laos, Vietnam du Sud,Vietnam du Nord qui seront tous deux réunifiés plus tard);
                    - Les cinq territoires des Etablissements français de l'Inde (Pondychéry, Chandernagor, Yanaon, Mahé, Karikal) fondés de 1674 à 1738, sont récupérés par l'Inde  de 1949 à 1954;
                    - Entre-temps, la Conférence du Tiers-Monde, réunie à Bandung (Indonésie) en 1955,par vingt-neuf  pays africains et asiatiques avait pour objets, entre autres, la libération des territoires coloniaux, dans le contexte international de Guerre froide Est-Ouest;
                    - Le Maroc et la Tunisie étaient devenus indépendants en 1956;
                    - L'Algérie en Guerre d'indépendance depuis novembre 1954, s'avançait vers son indépendance (1962);
                    - Hors de l'empire colonial français, pour ne citer qu'un exemple géographiquement proche  de la Guinée, la Gold Coast britanique  était devenue indépendante en Afrique de l'Ouest, le 6 mars 1957, sous le nom de Ghana.
Si la France n'avait pas apporté de changement à son dispositif colonial, c'est l'exemple ghanéen qui aurait servi de détonateur en Afrique de l'Ouest.

On voit donc qu'avant l'année 1958, l'empire colonial français était déjà bien ébranlé. La France, fatiguée des guerres coloniales  et ne voulant pas voir des foyers s'allumer en Afrique noire , offre , par référendum aux territoires qu'elle contrôle encore, le maintien du statu quo ou l'indépendance. La Guinée a été le seul territoire  à choisir l'indépendance. C'était un coup d'éclat qu'on devait saluer même s'il faut préciser que pour qui a connu l'atmosphère de cette époque, si aucun territoire n'avait choisi l'indépendance, celle-ci  serait intervenue quand même à brève échéance, tellement était forte la pression de la puissante Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France (FEANF) qui regroupait tous les étudiants de la Mauritanie au Congo (Brazzaville) et aussi la pression du Tiers-Mondisme naissant (Bandung, 1955). C'est d'ailleurs ces pressiuons syndicale étudiante et tiers-mondiste  qui expliquent  pour partie que tous les leaders politiques africains qui n'avaient pas  fait voter au Référendum de septembre 1958 pour l'accession de leur pays à l'indépendance  s'y sont engouffrés  en 1960 ("l'année de l'Afrique"). Ce ne fut donc pas le seul exemple  guinéen qui a conduit les autres Etats francophones à  l'indépendance.

Voilà une part de faits historiques  qui a été délibérément escamotée dans notre pays pour magnifier le mythe qui entoure son accès à la souveraineté internationale.

L'indépendance de la Guinée  devait signifier , à ce  que clamaient  les hauts-parleurs  de la propagande du PDG: Liberté et Dignité  pour les guinéens, tous les guinéens. Or à part une minorité constituée de parents et d'affidés du Responsable suprême de la Révolution, tous les autres guinéens avaient, dans la république  qui s'apparentait plus à une monarchie absolue,  une condition plus proche de celle de l'esclave que du citoyen  libre. Et sous prétexte de cinquantenaire, on veut nous ressortir cette vieille lune? Pourquoi, faut-il donc que nous  demeurions englués dans les nasses du mythe qu'on entretient autour de Sékou Touré dont l'action prolongée par des héritiers a fait des guinéens ce qu'ils sont aujourd'hui:
                    - Au dedans, une misère que ne semble  pas percevoir la minorité des privilégiés  préoccupés  de pouvoir et d'enrichissement personnel. Cette misère est de niveau et d'ampleur probablement  inconnus  au cours du temps dans le cadre géographique du territoire actuel de la Guinée;
                    - Au dehors , des milliers de guinéens traînent leurs désespérances aux quatre coins du monde alors que leur pays est en friche. Situation surréaliste, c'est qu'il se trouve parmi eux quelques pauvres hères qui, bien qu'ayant préféré vivre ailleurs , en Afrique, en Europe, en Amérique plutôt qu'en Guinée, continuent comme des zombies  de défendre le mythe de l'ancien régime guinéen dont ils ont pourtant fui les méfaits sur le pays.

C'est pour toutes ces rasons que les guinéens doivent opérer une rupture mentale et psychologique avec le mythe d'un père de la nation qui n'a pas  fondé de nation, d'un libérateur qui a embastillé tout un peuple durant 26 longues années, d'un génie politique qui n'a engendré que des successeurs médiocres qui en sont , 24 ans après sa disparition, à se demander par quel caprice du Créateur, ils se trouvent à la place qu'ils occupent. Plus que d'autres, les jeunes doivent se préparer à réfléchir à toutes ces questions. Dans une note sur un site, Alpha Condé s'adressait  aux compatriotes, non pas en chef de parti  mais comme citoyen guinéen, précisait-il, en disant entre autres:"Il y a des moments dans l'histoire d'un pays où il faut s'interroger collectivement sur l'efficacité des solutions proposées, des moyens déployés et des résultats obtenus. Ce moment est arrivé car la Guinée ne peut plus continuer à fonctionner comme elle le fait depuis trop longtemps".

Cette interrogation collective est devenue vitale et elle serait sûrement bien accueillie par des guinéens de bonne volonté, dans le cadre d'une conférence de réconciliation nationale réclamée par tant de nos compatriotes. El Hadj Ba Mamadou en indiquait le synopsis  dans son article que j'ai rappelé plus haut. C'est le mieux que nous puissions faire pour un avenir commun de confiance et de fraternité. Bref, pour une unité solide de notre pays,  à laquelle aspirent les guinéens. Toute autre manoeuvre est petitesse et sans avenir.

NB: Il arrive qu'après lecture d'un texte, la réaction de lecteurs qui n'ont pas grand chose à formuler, soit de dire qu'il n'a pas été fait de "propositions concrètes". C'est pour cela qu'on lit sur le web des textes où abondent des "propositions" parce que les auteurs redoutent  la sempiternelle question:" Que proposes-tu?", et l'on se lance alors, parfois, dans ce qu'on considère comme  des propositions  mais qui ne reposent sur aucune base de réflexions sérieuses. Eh bien! je pense que tous les auteurs d'articles analytiques ne doivent pas forcément se croire obligés de faire un inventaire à la Prévert  de propositions; Un article de réflexion lu avec attention contient parfois matières à propositions qu'on pourrait en tirer. C'est généralement autour d'une table ronde, ou dans un séminaire de parti politique  ou encore dans des commissions spécialisées  où des débats permettent des échanges que s'élaborent des propositions solides. L'auteur d'un article de  réflexion générale ne doit pas forcément se croire obligé de présenter des listes de propositions. C'est déjà une avancée  s'il réussit à pousser  le lecteur à la réflexion.

Ansoumane Doré
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