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L’ESPOIR

Date de publication:2008-04-07 13:02:29

On nous avait annoncé une date butoir, sans cesse repoussée, chanté depuis des lustres, plus précisément depuis l’avertissement de novembre 2005, que la grève n’était que suspendue. Au fil des journées et des nuits sans sommeil à la Bourse du travail ou dans les rues qui sentent encore le sang des martyrs de janvier-février, on avait continué l’incantation : « la grève n’est que suspendue ». Et les journées et nuits de veille ont accouché comme il va de soi, d’un comité de veille chargé de veiller la souris, je veux dire le rejeton de la montagne de deux années de grève, de parlote, de fuite en avant, en arrière, de pirouettes verbeuses, de langue de bois entre responsables des syndicats et représentants des institutions républicaines dont on est sûr maintenant que si les uns parlent la langue Nko, les autres ânonnent le kokolala de leurs enfants qui jouent à cache-cache..
 
Mais la Guinée n’est pas peuplée seulement d’enfants qui jouent à la marelle

Ils meurent beaucoup, dans les hôpitaux, dans les entrées-couchers, grillés par des bougies, commerce florissant depuis l’incurie d’E.D.G dont certains devraient trouver là-bas leur compte.. Ils meurent pour que leurs camarades ne crament plus à cause du pétrole lampant  devenu inaccessible à leur bourse.
N’est-il pas devenu obscène de ressasser les misères des Guinéens ?
Il suffit de noter deux ou trois petites évidences qui doivent nous amener à changer de fusil d’épaule, si l’on veut le changement.

Il faut en finir avec ces préavis de grèves qui n’ont pas lieu, ces accords signés par-dessus la tête des morts. Il faut en finir avec ces comités de veille qui passent le temps à bâiller et à bâillonner les masses dans cette verbosité où
depuis les «  sadaqas », les miettes de 50 000 fg obtenus après la grève de mars ( ou juin 2006, on se perd dans les dates.. ), avec des accords qui prévoyaient le sac de riz à 85 000 fg, sac qui se vend aujourd’hui à plus de 150 000 fg, accélérant la descente aux enfers. Il faut laisser dans la corbeille à papier où il moisit en ce moment,   cet  accord qui a mis en place un gouvernement de consensus et un  Premier ministre chef de gouvernement, qui entraîne l’aggravation de la mal-gouvernance.
On a parlé de dyarchie. C’est pire. Il s’agit d’un déchirement en lambeaux du couvre-chef de la magistrature suprême où il n’y a personne, en vérité. Il y a pis : ils sont une dizaine la-haut à se déchirer et à écarteler le premier magistrat du pays qui depuis 2003 n’est plus le même, pour ne pas dire plus.

Qui peut dire aujourd’hui entre les personnalités qui font la une des médias à cause de leurs frasques qui coûtent des milliards au pays, comment se font les alliances et les ruptures qui ponctuent la vie de la nation et le sort de l’Etat ; qui peut dire de Mamadou Sylla, Chantal Colle, Fodé Bangoura, plus récemment Sam Soumah, Idrissa Thiam, Lansana Kouyaté, qui est avec qui, qui est contre qui ? On en est arrivé à une telle confusion qu’on a remis aux calendes grecques un préavis de grève parce qu’on ne savait pas si ce faisant, l’on servait Lansana Conté ou l’autre Lansana !

Depuis que les syndicats ont conduit la lutte, et qu’un Premier ministre a pris une partie de l’Exécutif, la monnaie ne glisse plus, l’inflation ne galope plus. C’est le naufrage, alors que le panier de la ménagère lui s’en est allé dans les nuages. Depuis l’avènement de « nos lutteurs de classes »,  à la tête du changement, l’euro qui tournait autour de 5000fg, a fait sombrer le franc guinéen à près de 7000 milles marins au-dessous de la mer..
Pour bien faire comprendre au peuple de Guinée combien il est moutonnier, prêt à avaler toutes les couleuvres, on se prépare à faire la fête pour les cinquante ans du cimetière de ses rêves.

Une vingtaine de milliards nous annonce-t-on.
Injure à la mémoire de nos martyrs des camps du tortionnaire Sékou Touré.
Lavage de cerveau des vivants sur l’honneur de qui on veut cracher les hauts faits d’un génie malfaisant.
Au total, tentative mégalomaniaque de revivifier un système dont l’horreur n’a d’égale que la médiocrité de ses performances dans tous les domaines de la vie de la nation.
Somparé avait génialement nommé l’héritage,«  Le P.D.G. plus le libéralisme ». Voici ressuscité le Grand Sily avec en moins son incandescence mortifère. Mais qu’on prenne garde de laisser faire ce mammouth qui nous fait danser au-dessus de l’abîme.

Or les syndicats viennent de nous faire faire un pas en avant vers le gouffre, en tournant en rond autour d’une date

Depuis la publication de notre manifeste où nous demandions la tenue d’assises nationales de la société civile, car nous n’osions pas parler de Conférence nationale, mot tabou en Guinée, et pour cause, ( tout le monde se sent coupable d’avoir transformé ce beau pays en cimetière ), depuis donc 2004, j’ai écrit une vingtaine de papiers qui ne parlent que de cela.( 1 )

Voilà que trois de nos personnalités parmi les plus respectables viennent de conjuguer un même verbe, de façon presque solennelle cette fois. Et pour cause !

A près Ba Mamadou et Alpha Condé qui chacun dans leur style et leur angle propose une large concertation, Ansoumane Doré, qui n’est pas seulement un de nos maîtres universitaires, nourri d’une longue carrière pratique auprès de plusieurs gouvernements et de pays de notre continent, ce sage respecté de tous, de quelque bord qu’on soit, vient, comme personnalité de la société civile, d’élargir le débat en abondant dans leur sens.

Alpha Condé insiste d’avantage sur le but : le changement radical auquel la concertation devrait aboutir. Ba Mamadou s’attache à faire l’inventaire des maux qui minent toutes les composantes de la vie nationale. Pour l’essentiel, ils disent tous les deux la même chose. Là où Alpha Condé parle d’un nécessaire «  changement de régime avec l’ouverture d’une nouvelle page politique.. dans un espace de dialogue.. ouvert à tous  », où serait inscrite «  une nouvelle plate-forme », Ba Mamadou propose « ..une concertation ouverte à toutes les forces vives, avec des facilitateurs étrangers »,non sans avoir noté au préalable que la fameuse feuille de route restera lettre morte «  sans la pression de la rue pour obliger .. » qui vous savez !
 
Et voilà que Ansoumane Doré renchérit, en faisant une remarque qui me semble capitale. A ceux qui seraient enclins à trouver que cette plate-forme proposée devrait d’ores et déjà nous détailler son contenu, il rétorque par avance :
   « C’est généralement autour d'une table ronde  ou dans un séminaire de parti politique  ou encore dans des commissions spécialisées  où des débats permettent des échanges que s'élaborent des propositions solides. L'auteur d'un article de  réflexion générale ne doit pas forcément se croire obligé de présenter des listes de propositions. C'est déjà une avancée s'il réussit à pousser  le lecteur à la réflexion ».
Je me suis laissé dire que les représentants de Sidya Touré n’étaient pas hostiles à cette idée de concertation nationale, ardemment accueillie par le Président de l’Assemblée Nationale soi-même ! Un comité mixte est mis en place comprenant toutes les composantes des forces vives. Il paraît qu’un strapontin est prévu pour les Guinéens de l’extérieur !

Je dirai tout de même très respectueusement à mes éminents prédécesseurs que l’objectif principal de cette concertation, que devrait expressément  mentionner la plate-forme dont ils parlent en des termes différents, est et demeure le démantèlement d’un appareil d’Etat incarné par quelque deux cents corrompus-corrupteurs, hautes personnalités commises aux tristes besognes qui continuent de ruiner l’Etat et la nation. Question de fond, que la plate-forme aura à poser au sommet bicéphale, responsable principal de l’impasse actuelle.

Cela pourrait partir de la rue, mais doit être d’abord inscrit à l’ordre du jour de cette table ronde préparatoire de la grande Concertation nationale.
On devra ici, une fois n’est pas coutume, user de la langue de bois qui serait opportunément pédagogique en ces circonstances où l’on brandit la rue comme épouvantail, pour anesthésier  à nouveau les masses de janvier-février. Mais cette impasse faite d’un mur en béton armé, sourd et muet à toutes les lamentations, face auquel « toutes les solutions ont échoué » ( Ba Mamadou ), il faudra bien la franchir. Et ce n’est pas un comité de veille qui nous y aidera.

Le seul comité de veille qui vaille, c’est « le peupledebout » ( F Eboussi Boulaga ). Lui qui a soulevé ici et là dans l’Histoire, des montagnes, et fait voler en éclats des murs sans y toucher ! N’est-ce pas, l’autre nom du peuple debout c’est l’Espoir. C’est lui qui a abattu le mur de Berlin. Sans bruit ni fureur. Ce sera là, la mission historique dévolue à  la plate-forme élaborée lors de cette table ronde qui dira les voies et moyens de réveiller le peuple qui sommeille mais qui n’est pas mort.

El Hadj Saïdou Nour Bokoum

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