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GUINEE :

Date de publication:2008-04-14 21:07:15

C'est le titre du roman de J.H. Rosny aîné (1856-1940) que j'emprunte pour cette chronique, vous allez voir pourquoi.

Le sous-titre de "La guerre du feu" est "Roman des âges farouches" et Rosny aîné  précisait que c'est un "voyage dans la très lointaine préhistoire, aux temps où l'homme ne traçait encore aucune figure sur la pierre ni sur la corne. Il y a peut-être cent mille ans". Aux prises avec les éléments et les bêtes féroces, le primitif  fait l'apprentissage de l'angoisse et de la terreur, luttant de toutes ses forces inentamées pour ne point périr. Comment survivre avec seulement des massues et des pierres comme armes dans des éléments hostiles? La tribu des Oulhamr (tel est le départ du roman) se laisse ravir le Feu par une tribu rivale, les Dévoreurs d'Hommes. Va s'ensuivre alors une guerre sans merci, une guerre totale car qui possède  le feu ne doit pas se le laisser ravir sous peine de périr. 
En fait, dans le contexte glacial et désolé pour l'homme d'alors, le feu n'est-il pas la chose la plus terrible et la plus nécessaire à la fois pour la maîtrise de l'environnement (autres tribus, effrayantes bêtes féroces, intempéries)? Posséder et avoir le commandement exclusif et ininterrompu du feu dans la tribu devaient constituer avec la chasse et la pêche, le substrat de l'organisation sociale.

La guerre du feu constituait ainsi une des panoplies essentielles de la sauvegarde de la tribu (la nation).Comme affrontement, la guerre du feu des hommes des carvernes était rude et meurtrière. Mais les nécessités du temps l'imposait.
La guerre du feu a-t -elle disparu parmi les hommes avec l'évolution des temps? Non, mais sa forme la plus primitive ne se rencontre plus qu'en quelques rares lieux de la planète.
                   
De nos jours, des exemples du paradigme de la guerre du feu, dans sa phase la plus primitive, se rencontrent encore dans le domaine du pouvoir. Ceux qui arrivent à le conquérir, s'y accrochent pour de bon, à la  manière de  l'homme des carvernes, bien qu'ils sachent ( et le répètent d'ailleurs  en fabriquant des pseudo-lois fondamentales) qu'il existe des règles précises en la matière. Ceux-là s'installent mentalement et physiquement dans la philosophie de la guerre du feu. Dans la vie, il n'y a que le pouvoir, rien que le pouvoir, le pouvoir pour le pouvoir. Naturellement et surtout ce qu'il génère.

La possession du pouvoir politique en République de Guinée en constitue un cas d'école  qui évoque actuellement, avec bien sûr le recul du temps, la surveillance du pouvoir de deux tribus face à face. Celle de l'entourage présidentiel de Lansana Conté et celle du Premier ministre Lansana Kouyaté. Cela fait un an que ces deux tribus se guettent pour rien pendant que le pays continue de sombrer.
Depuis cinquante ans, notre pays n'a connu que deux Présidents de la République. Au constat de cette évolution, ceux qui ne connaissent pas du tout la Guinée s'écrient: "Mais c'est formidable, une telle stabilité politique avec tous les avantages qu'une telle situation comporte... etc." C'est un fait connu que les spécialistes de tous domaines qui s'intéressent aux pays en développement, notamment des économistes et des politologues, indiquent souvent  comme causes du sous-développement  et de la mauvaise gouvernance, l'instabilité politique. La Guinée, comme chacun le sait, a bénéficié de cinquante années de stabilité qui n'ont pas épargné au pays un sous-développement économique et social accentué et une gouvernance des plus catastrophiques du continent africain.

La classe politique au pouvoir ne semble même pas s'en apercevoir, puisqu'elle continue de s'exprimer sur ces questions avec une légèreté et un optimisme déconcertant comme l'homme préhistorique rivé au rougeoiement de son feu de bois et aux moindres gestes des tribus voisines qui pourraient tenter de le ravir; les dirigeants guinéens n'ont toujours veillé que pour le strict contrôle de leur pouvoir politique. 

Ce sont les deux têtes de l'exécutif guinéen actuel qui illustrent à merveille la phase sommaire d'une guerre du feu avec en moins des munitions de massues ou de pierres ... du moins jusqu'ici. Le théâtre de cette guerre se joue dans le cadre d'un décalage temporel et culturel stupéfiant.
   
Décalage temporel et culturel? Oui puisque, des évènements dramatiques se sont succédés en Guinée en juin 2006 et en janvier-février 2007. Ces levées héroïques semblaient avoir montré que le caporalisme hérité de l'ancien régime était mort. Lansana Kouyaté à son accession à la Primature et muni d'un tableau de navigation  (La feuille de missions) a fait comme si de rien n'était. Pour lui les temps n'avaient pas changé. Sa formation culturelle de l'ancien régime aidant, il s'est lancé dans des promesses inconsidérées en pensant que l'essentiel était ailleurs. Cet ailleurs, c'était la soumission et l'allégeance totale au Président Lansana Conté qui n'avait pourtant pas été le seul à l'origine de son accès à la Primature. Le culte du chef est une caractéristique culturelle des régimes totalitaires, c'est connu. Du temps du PDG, une nomination même à un niveau peu élevé dans l'échelle de la fonction publique ou des entreprises publiques, était suivie d'un déplacement de l'impétrant  pour remercier le Président en personne.

Malgré son "tour du monde" du Caire  à la CEDEAO et à l'OIF, qui aurait supposé des contacts intellectuels et culturels fructueux avec d'autres et utiles au management d'une Primature, la culture reçue dans le moule du PDG quant à l'approche du pouvoir a été la plus forte. D'où l'accumulation d'erreurs commises depuis avril 2007.

Avec les évènements de janvier-février 2007, la culture et le temps étaient en train de changer pour la Guinée mais Lansana Kouyaté ne l'avait pas remarqué. Partout où des gouvernements de transition ont été installés en Afrique, leur rôle  avait été de remettre de l'ordre  pour un nouveau départ. Même si des points relatifs au Gouvernement de Kouyaté ont été biaisés par le mauvais ficelage de l'accord tripartite auquel n'avaient pas participé les partis d'opposition qui y auraient sans doute apporté plus, le Premier ministre non assoiffé de pouvoir et en "diplomate chevronné“, aurait dû s'auto imposer des limitations pour la clarté de la suite des choses. Sentant que son président n'avait plus pour longtemps en raison de son état de santé et que d'autres lorgnent la place (peut-être) bientôt vacante, Kouyaté a sans doute pensé que ça serait bête et peu combatif de la leur laisser. Dans cette affaire, les uns et les autres ont oublié que des vieux grabataires ont parfois enterré tous les héritiers présomptifs.
Les tentatives récentes du Premier Ministre d'effacer, un an près, les effets désastreux de son décalage temporel et culturel par rapport aux faits, semblent venues un peu tard et ce n'est pas l'organisation du cinquantenaire de l'indépendance ( surtout si cela ne doit être que des festivités pour magnifier des mythes au rancart au lieu de la recherche d'une réconciliation nationale), ce n'est donc pas, dis-je, une telle organisation qui adoucira l'image qu'il s'est confectionnée.
Tous ceux qui abordent ces questions se retrouvent dans la même impasse et certainement le principal intéressé: que faire d'autre?
Ici, le drame en Guinée comme ailleurs en Afrique, est que la profession de politiques est très souvent truffée ( il y a heureusement des exceptions) d'hommes n'ayant jamais pratiqué une autre profession. Ne sachant donc rien faire de concret que peut-on devenir quand on a goûté à la politique et à ses délices? C'est une question métaphysique sur laquelle il faudrait qu'on se penche, une fois les beaux jours revenus. Cela contribuerait peut-être à apaiser "l'angoisse"de ceux qui sont arrivés au pouvoir et qui s'enferment dans la seule position  tenable pour eux: "J'y suis, j'y reste".

Pour ce qui  a rapport à l'opposition politique guinéenne, peut-on penser à la stratégie de la guerre du feu? Franchement, je ne le pense pas pour la simple raison qu'elle n'a pas encore accédé au pouvoir. Cependant, au début des années 90, après la légalisation des partis d'opposition, il y a eu comme une sorte de guerre de feu entre les tribus qu'ont semblé former les leaders politiques. Avec l'expérience qu'ils avaient acquise à l'extérieur, ils ont eux aussi paru décalés par rapport aux réalités. Celles-ci devaient leur commander une synergie d'actions sans laisser à Lansana Conté le temps de consolider son parti avec les moyens et toute la logistique de l'Etat. En outre une demande potentielle importante de renouvellement de l'encadrement sociopolitique existait dans le pays réel. Le pays légal constitué alors des débris du CMRN en avait conscience et était un tantinet réticent sur l'instauration du multipartisme. Mais ayant vite compris que cette évolution allait conduire à un extraordinaire émiettement du champ politique qui ne pouvait qu'arranger les affaires de ceux qui disposaient de l'appareil d'Etat, la légalisation des partis eut lieu. La Guinée en compte aujourd'hui 49. On a l'impression, bien sûr après coup et à distance, que ce piège de l'excessif émiettement des partis politiques de l'opposition a retardé les nécessaires changements qui doivent intervenir en Guinée. La question ici n'était pas le multipartisme en soi mais des nécessaires alliances ou ententes dès le départ. Voilà pourquoi, j'ai parlé  de décalage : décalage vis-à-vis de l'attente de changement souhaité par les Guinéens et de  décalage quant à la soif de pouvoir d'un certain  nombre de ceux qui se sont lancés dans la création de partis comme d'autres se lancent dans la création d'entreprises.

On ne peut, cependant pas rester à ce constat qu'il faut  maintenant dépasser pour reconnaître que les jugements à l'emporte-pièce, portés parfois sur l'opposition et ses leaders sont excessifs. Ils ne tiennent pas compte de la réalité de l'environnement où travaillent les leaders de l'opposition et leurs militants.

Il faut se rappeler que c'est tout de même grâce à l'action militante de ces partis qu'est entrée en Guinée une certaine libéralisation du régime issu du coup d'Etat de 1984. Jusqu'à cette libéralisation, le comportement dominant des gouvernants vis-à-vis des gouvernés était celui hérité du PDG à système mono partisan et qui s'est poursuivi avec les trucages électoraux même après l'instauration du multipartisme.
La libéralisation qui doit beaucoup à l'existence de l'opposition, a sur le plan institutionnel des résultats visibles comme la CENI obtenue avec le concours de toutes les institutions républicaines. Souhaitons qu'elle aille jusqu'au bout de sa mission. De tout cela, il faut se souvenir avant de se lancer dans des philippiques contre l'opposition guinéenne. Pour tout guinéen qui se donne la peine de réfléchir un peu, sa tache n'est facile  dans un pays déboussolé, ruiné économiquement et socialement. Les leaders de l'opposition devaient, je devine, supporter, pour l'essentiel, le  financement de leur parti. On peut aussi imaginer que ceux qui ont bénéficié, au départ de soutiens financiers de "mécènes", ont vu s'évanouir cette source au long des années surtout quand le "mécène" se confond sans le dire avec "l'investisseur dans l'avenir". Dans le même temps, contexte économique jouant, des militants émoustillés par la rumeur guinéenne sur l'étendue des richesses du patron du parti, finissent par croire qu'il doit être pour eux comme une rivière  dans laquelle on peut aller  puiser  à volonté.

La déception de constater que les rivières tarissent aussi doit avoir conduit au relâchement, voire à l'abandon du militantisme de certains. Or les chefs de l'opposition ne sont ni des rivières qui coulent avec le tirant d'eau qui ne baisse pas, ni ne disposent de caisse d'Etat dans lesquelles aller puiser comme cela a pu se passer dans les rangs du PUP. On peut donc imaginer les difficultés ( seulement existentielles) de certains chefs de petits partis face au quotidien du parti et des militants.

Bref un parti se gère comme une entreprise, il faut des moyens que n'ont pas tous les partis de l'opposition. Il ne faut donc pas  attendre des miracles.
C'est, du reste, au regard de ces difficultés qu'on a pu regretter le manque d'union entre eux, sans d'ailleurs souhaiter la reconstitution de parti unique. Sidya Touré a cependant tenté récemment une alliance de sept partis dans le cadre de l'ANAD qui, semble-t-il présentera des candidats sur tout le territoire national.

L'autre critique, à mon avis également excessive, à l'encontre de l'opposition a été de stigmatiser certains partis   en les désignant  de  partis  ethniques. Je pense qu'il est tout à fait normal voire responsable que des analyses attirent fortement l'attention et mettent les leaders en garde contre la tentation ethnocentrique, sans pour autant tomber dans le pamphlet. En fait, je ne connais pas de grands partis dans le sigle duquel apparaît une référence ethnique ou régionaliste. Tous visent l'unité de la nation guinéenne en formation. A ce qu'on constate et en dépit des mille et une vilenies endurées  depuis des années tous les Guinéens sont attachés à la Guinée en tant qu'entité politique unique. Puisque je parle de nation en formation, il faut qu'en considérant les partis politiques comme vecteurs de premier plan dans  cette formation, on adopte une approche multicritère dont celle-ci.

Si l'on veut une constitution durable et solide de nos partis politiques, il faut partir de la réalité des régions nodales, c'est-à-dire des régions perçues comme nœuds de toute une série d'interactions (humaines, géographiques, historiques économiques etc.). Perçues comme nœuds dans l'espace national guinéen, les quatre régions peuvent servir de point de départ à des partis politiques sans être catalogués d'ethniques. A long terme, elles peuvent réciproquement irradier les unes sur les autres. Ces irradiations multipolaires des régions nodales finiront sous l'impulsion de l'administration et des partis politiques et d'autres acteurs institutionnels par former un tout national homogène institutionnellement. On voit donc que de l'hétérogénéité des partis  et des régions dites ethniques  on finira par obtenir une homogénéité nationale. Le parti ayant démarré dans tel point du territoire national verra son audience (proportionnelle) étendue à tout le territoire national.
  
Il faut du temps, mais c'est le schéma d'évolution que j'imagine pour l'évolution de nos différents partis politiques. Si les leaders ont la fibre nationale et sont, en puissance, de véritables hommes d'Etat, il n'y a pas de raisons valables de les accabler d'ethnocentrisme. Avec la mobilité géographique qui a caractérisé les populations guinéennes depuis les années 50, toutes les quatre régions naturelles du pays comportent, c'est selon, de fortes minorités résidentes durablement, originaires d'autres régions. Dans cette configuration, même des partis que certains qualifient d'ethniques comptent déjà dans leur rang des compatriotes venus d'ailleurs et c'est là que réside le ciment de l'unité nationale qui se construit.
Donc de grâce, cessons de désigner tel ou tel leader d'ethnocentrique. Des hommes et des femmes politiques éclairés, une politique d'écoles répandues aux quatre coins du pays pour l'éducation des jeunes,   nous aideront à consolider notre unité nationale. Il faudra du courage à chacun et à chacune pour épurer le passé.
          
J'étais parti de " La guerre du feu" pour illustrer cette chronique. Je crois que ceux qui ont effectivement exercé le pouvoir politique en Guinée, jusqu'ici se sont comportés comme des hommes primitifs. La possession du pouvoir politique a tout annihilé dans leur tête, y compris le pourquoi du pouvoir: "Qui y touche, crève", voilà la devise inscrite sur leur blason.

En dehors de cette conception de la politique, le combat qui se déroule dans ce domaine existe bel et bien et il est parfois rude, on le sait, mais pour que les Guinéens deviennent comme dans  les autres pays d'Afrique et d'ailleurs, il faut qu'ils rompent avec les faux mythes qui entourent une indépendance dont on peine à trouver  des traces positives.

                      Ansoumane Doré

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