Presse en peine: voudrait-on aveugler "Le Lynx" de Guinée?


La liberté d'expression est un signe cardinal de toute démocratie. L'expression d'une opinion libre devient vite un délit en Guinée. Dans ce pays, très avancé dans une voie de sous-développement chronique, un journal satirique, "Le Lynx", fait encore l'objet d'intimidation de la part du pouvoir satanique en place.

En effet, le 19 août 2019, M. Souleymane DIALLO, Administrateur Général du groupe de presse "Le Lynx-La Lance" et de la radio "Le Lynx FM" a été placé sous contrôle judiciaire pour - je résume - complicité de diffusion de données portant atteinte à la dignité humaine par le biais d'un système informatique. Un fait qui serait puni par une loi portant sur la cyber-sécurité.

Le plaignant est un double ministre, le Dr Mohamed Diané, en charge d'Affaires Présidentielles et de Défense. Le délit serait l'émission radio "Oeil de Lynx" du 31 juillet 2019 organisée avec Mme Doussou Condé.

Ne connaissant pas tous les dessous de cette affaire où tout parait con, je ne me prononcerai que sur quelques aspects.

Dans l'arsenal juridique guinéen il y a, semble-t-il, deux lois dont l'une encadre le métier de journaliste et l'autre, la cyber-sécurité.

M. Diallo, qui avait initialement convoqué pour audition par des policiers zélés, a bien souligné un vice de procédure puisque c'est au juge d'instruction, sur recommandation du procureur, et non aux "gens d'armes", de l'entendre.

Dans sa fébrilité, le Dr Diané ( qui serait bien inspiré de s'auto-administrer des calmants) a reçu mandat (pas le "troisième" !) de frapper fort pour plaire à son chef des armées.Un coup mal exécuté. Ce plaignant est à plaindre. C'est comme si, de sa boite à outils, un électricien sortait un gros marteau au lieu du tournevis désiré !

Toujours cette volonté permanente datant de la super-criminalité "sékoutourienne" qui consiste à intimider et à mater tous ceux qui refusent l'embrigadement.

"Le Lynx" n'a jamais été apprécié des autocrates. Ce journal crédible a, comme son symbole le montre, toujours vu clair et les Guinéens "entendent" bien ses écrits non complaisants. C'est d'ailleurs un petit miracle qu'il continue à survivre dans une "démocrature" où fleurissent la démagogie stérile des courtisans et les ovations niaises des partisans.

Au "Lynx", son directeur est tellement démocrate qu'il n'hésiterait pas à tendre le micro même à un macro !

"Avoir un oeil de lynx" est une expression populaire bien connue. L'animal dont il est fait allusion a une acuité visuelle telle qu'il perçoit tout, même lorsqu'il est borgne.

En Guinée, le pouvoir en place préfère un autre mammifère, la taupe, qui voit très mal mais qui creuse des galeries. Voyez comment on exploite la bauxite du pays, sans se soucier de l'environnement, au mépris des populations locales ! Entouré d'"escrocs sans frontières", ce pouvoir arrogant, cupide et inique sait très bien où cacher les recettes minières volées mais cherche toujours à bander les yeux des Guinéens. Faute de cerveau, il intimide par ses muscles ! Ce qu'il ignore, c'est que le monde change rapidement et en permanence. Nous sommes dans un "village" dont l'idiot se croit encore dans les années 60, oubliant que ses anciens alliés, aujourd'hui bien repus, le considèrent maintenant comme un fardeau répulsif.

Aucune volonté d'oppression n'est venue à bout de la liberté d'expression. C'est l'histoire qui l'enseigne.

Mme Doussou Condé et bien d'autres semblent avoir compris (mieux vaut tard que jamais) la nécessité de ne plus maintenir un "statu n'ko" qui pourrait, à tout moment, mourir d'un simple coup mou.

Je vous salue.

Kylé DIALLO

Imprimer   E-mail
17 novembre 2019
Alpha Condé déclare à la fin de son règne, qu’aujourd’hui nous avons deux Guinées. S'il avait été un chef honorable et respectait les lois du pays, serait-on en arrivé à cette division nationale ?
En Guinée, les forces de sécurité ont été reformées par le clan au pouvoir dont les principaux ...
<< Il est temps de passer à la barre supérieure, appeler le peuple dans son ensemble pour ...
Encore hier, le peuple a manifesté comme le FNDC l’avait fait savoir depuis une semaine.
Le jeudi 14 novembre 2019, à l’image des autres dates déjà historiques comme celle du 7 novembre, ...