FNDC et anti-3e mandat, un combat à quitte ou double


Fatalement, à l’épreuve du désastre socioéconomique et politique dans lequel il végète depuis des lustres, le peuple de Guinée a fini par se réveiller, pour faire front à la fumisterie d’AC.

Bien cette fois, le ras-le-bol, généralisé, s’est étendu au-delà de l’axe des éternels souffre-douleurs Hamdallaye-Bambeto-Cosa-Cimenterie. Bien une fois la déconfiture nationale, la « hogra » (dédain, mépris, injustice, excès de pouvoir), cette constipation générale aveulissante, ont été dépassées.

Ne serait-ce que le temps de la marche inédite, nous avons donc pour une fois réussi à transcender nos mesquineries politiques insensées et nos querelles de clocher, esquissant furtivement la nation telle que l’on aimerait qu’elle fût. Tôt ou tard, à force de rebuffades, cela devait inéluctablement arriver.

Faut en convenir, dans une société martyrisée et émiettée, aussi paradoxale que la nôtre, au vivre-ensemble alambiqué de surcroit, seul parfois le sentiment de naufrage collectif génère un sursaut patriotique. Hélas !

Mais de part en part de l’insurrection salutaire, à travers le slogan de contestation d’une révolte ô combien cruciale, le temps dune pinte, en lame de fond de nos consciences militantes transparait la vision de l’indignation sélective ; hantent les démons de la division et des réflexes ethnocentriques.

Clairement, faut-il réduire le combat politique en Guinée à un combat exclusivement anti-3e mandat ? à celui d’une lutte axée essentiellement sur la gestion du pouvoir, qu’on érigerait en alpha et oméga de l’activisme politique dans notre pays ?

Une tradition ancrée de violence, d’injustice, d’impunité et d’indifference

L’histoire de la Guinée est jalonnée de violences politiques et d’injustices de toutes sortes exercées par des acteurs bien connus. Et ce, de la période précoloniale à la colonisation, en passant par l’indépendance jusqu’à l’époque contemporaine. Ces exactions chroniques comportent une caractéristique commune : l’impunité doublée de l’indifférence. Ce qui sans doute explique la propension à la barbarie chez nous et le fait que cette dernière y ait la vie dure.

Le temps fait effet de cicatriser les plaies, sans réussir à geler les mémoires et à combler la soif de justice, a fortiori instiller l’indignation générale. L’on a ses yeux pour pleurer ou s’organiser en corporations victimaires en faisant le pied de grue dans l’expectative d’une justice divine.

Du reste, l’analphabétisme prépondérant, le manque d’altérité, les querelles partisanes et les antagonismes ethniques que cristallisent de gérontocraties obsolètes grimées en coordinations régionales, le tout amarré à l’autoritarisme écrasant de l’État néo-patrimonial guinéen, se sont jusque-là érigés en obstacles rédhibitoires.

Au fond, les soubresauts sociopolitiques récurrents dans un contexte ambiant de défiance sociale et sociétale, somment sur la nécessité de gages démocratiques viables, de l’État de droit et d’un motus Vivendi. La bonne centaine de morts du régime d’AC, restés inelucidés à ce jour, réclament cette urgence.

Des enjeux sociopolitiques cruciaux

En revanche, si le mobil fédérateur s’avère la lutte autour du contrôle du pouvoir, c’est après tout un combat de vie ou de mort (pour la nation) que le FNDC et les activistes politiques de tous bords devraient s’aviser de ne point perdre ! D’autant plus que l’autocrate nous promet « du sang, de la sueur et des larmes » (W. Churchill). AC a eu le toupet de déclarer récemment au journal le Monde :

« N’y a-t-il pas d’autres pays où il y a de nouvelles Constitutions ? Où les présidents peuvent faire un troisième mandat ? (…) Dans les autres pays où il y a de nouvelles Constitutions, il y a eu beaucoup de manifestations, il y a eu des morts, mais ils l’ont fait. » [Sic]
Par habitude, les dictatures ne tolèrent pas l’humiliation. L’échec à les renverser finissent dans le sang. Mieux vaudrait en être prévenu !!!

La lutte contre un 3e mandat en Guinée est vitale, virale même, loin de représenter une fin en soi, mais plutôt un tremplin pour édifier les bases d’une gouvernance crédible, transparente et pérenne. D’où toute l’importance d’en saisir l’entièreté des enjeux.

Pour l’instant, AC et sa satrapie procèdent par à coups et ballons de sonde, histoire de voir ce que le peuple a dans le ventre. Le scénario machiavélique de la présidence à vie entre progressivement en action. Implacablement, « la bête immonde » rependra davantage la terreur (arrestations arbitraires, menaces, intimidations, diversion, propagande), et déploiera ses serres mortifères quitte à verser dans la boucherie à grande échelle.

L’amalgame politico-ethnique à dessein ou par illetrisme

 Au surplus, le réflexe curieux d’une frange nationale d’opposer FNDC et opposition républicaine, principalement l’UFR et l’UFDG, dont le capital confiance parait émietté à force d’échecs répétitifs face au pouvoir, s’avère contre-productif et inopportun. Tout autant que soit pernicieux l’amalgame ethnocentriste fait à dessein autour de cette contestation populaire des plus légitimes. 

Quand bien même l’obstruction à un 3e mandat arrangerait en premier lieu Sidya et CDD, un brin de discernement suffirait à comprendre qu’imputer les ratés du FNDC au manque de crédibilité supposé des leaders politiques (UFDG et UFR notamment), ou vice-versa, ou y voir encore systématiquement de l’ethnicisme, revient à se tirer une balle dans le pied au milieu du gué.

La manifestation contre le 3e mandat en Guinée reste et demeure politique, et non  ethnique. Qu’on se le dise !

Puis une fois le diable extirpé, qu’on lave le linge sale entre les divers courants sociopolitiques, le peuple en juge souverain quant aux aptitudes du prochain présidentiable. Pour peu qu’on résistera à nos travers habituels…

Conclusion

In fine, la lutte contre un 3e mandat comme on le vilipende, reste bien fort réalisable en Guinée. Il est en effet effectivement possible de défendre notre Constituion contre vents et marrées voire, seulement alors ce combat pour la patrie ne devrait occulter les autres conquêtes de droits citoyens qui, tout autant, priment et nous interpellent.

Vu les moult exactions (‘’l’eau empoisonnée’’, Siguiri, Wanindara, Cosa-Bambeto, Womey, Zowota, Zakariaou, Kaporo-Rails, j’en passe et des belles) sur lesquelles nous nous sommes assis depuis, à vrai dire la protestation anti-3e mandat nous snobe à l’aune de nos défis et de nos responsabilités, de nos turpitudes et de notre culpabilité.

Alors en avant, camarade compatriote, le poing haut levé, sur le pavé, contre toutes les formes de discrimination, contre l’indignation sélective, la pugnacité en demi-teinte, la morale à double vitesse, le sadisme ethnique ;   de sorte à se donner bonne conscience, de sorte que le FNDC instille désormais un front de lutte pour tous les droits civiques, un combat global contre toutes les formes d’injustice et d’oppression. Tel est le gage d’une Constitution fiable, inaltérable et progressiste.

Oury Baldé

P.S. — Cet article, ainsi que plusieurs autres de mes ecrits et lectures, est également disponible sur  ma page Facebook, L’amphigouri de Oury, au lien suivant : https://www.facebook.com/www.lamphigourideoury/.


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