Guinée : l’indécente célébration de Lansana Conté.

Douze ans après sa mort, Lansana Conté, une des tristes figures de notre histoire fait l’objet d’éloges sidérants.

Les cadres qui mènent les célébrations se font passer en même temps en hérauts de la démocrate en Guinée. Si cette démagogie ne trompe que ceux qui s’y adonnent, elle pose quand même questions. Est-ce de l’amnésie volontaire, des calculs ethnocentriques ou de nostalgies non moins scabreuses de privilèges perdus ?

À ceux qui veulent oublier ou croient qu’on a oublié, un bref rappel sur ce que l’héritage catastrophique de l’homme.

Les vingt-quatre ans de pouvoir de Lansana Conté furent marqués par tout ce qu’on dénonce aujourd’hui avec Alpha Condé : kleptomanie à grande échelle, inégalités sociales, ethnocentrisme à outrance, violence de l’état avec impunité des criminels.

Lansana Conté fut chef des services des renseignements militaires de Sékou et intendant du Camp Boiro. Il gravit les échelons quand Sékou purgea l’armée de toutes ses compétences, n’épargnant que les bidasses qui brillaient par leur pauvre intellect et leur cruauté. En matière de cruauté, Lansana Conté ne s’en cachait pas du reste. Acculé en 2007 lors des manifestations populaires, il menaça :« Je vais les tuer... Je sais comment tuer... j’ai déjà tué... » 

A la cruauté, Lansana Conté ajoutait le cynisme. Avant la consolidation de son pouvoir, il fit une fumeuse promesse pour dorloter les guinéens : « Nous sommes arrivé pauvres au pouvoir. Si un jour on est riche, c’est qu’on a volé ». Après avoir liquidé ses compétiteurs, il ravala le credo de transparence économique et instaura un régime de concussion généralisée. Le leitmotiv de son règne était : « bouffez mais pas trop... ». Son principe cardinal : « il ne faut pas faire honte à ceux qui profitent. ». Ainsi il tint en laisse les cadres de l’administration.

Lansana Conté ne s’embarrassait point des règles de fonctionnement de l’état. Il se proclama ignare pour excuser ses outrances d’autocrate ; notamment des raides personnelles à la banque centrale pour s’emparer de devises quand le besoin le rongeait. L’état était un fatras à ignorer ou à manipuler. Le vrai pouvoir s’appuya exclusivement sur le fusil et les prisons pour les adversaires. Bah Mamadou et Alpha Condé en firent l’expérience. Comme il l’avait appris sous Sékou Touré, Lansana Conté démantela la discipline au sein de l’armée. Il y infiltra des assassins à sa dévotion ; Daddis et Pivi sont les plus connus...  Ses escouades perpétrèrent de nombreux crimes. Le bilan reste à faire :  des centaines d’assassinats en 1994 en Guinée-Forestière, en 2006 et en 2007 (plus 236 morts, 400 blessés et un nombre inconnu de femmes violées). Lansana Conté démolit de milliers d’habitats sans préavis, sans compensations et avec des meurtres. Alpha Condé poursuit l’entreprise avec résolution, pour donner à penser à ceux qui osent militer dans une certaine opposition.  

Affubler Lansana Conté du titre de « père de la démocratie » (sic) est un oubli bien commode. À l’instar de Alpha Condé, il manipula la constitution pour se maintenir au pouvoir. Des guinéens qui aujourd’hui s’offusquent du coup d’état constitutionnel de Alpha participèrent à pleins feux dans celui de Lansana Conté.

Lansana Conté mourut comateux dans la luxure et la corrosion du pouvoir usurpé. Le système autocratique sur lequel il avait caracolé chuta quelques heures après. Comme Sékou fit avec lui, la nation exsangue fut livrée à ses tueurs...

Avant sa mort, Lansana Conté était devenu une honte pour l’Afrique. Un hebdomadaire international titra :« Comment s’en défaire ?». Mais ce que l’auteur de l’article ne pouvait savoir, et que l’avenir montra, c’est que Conté n’était que l’arbre qui cachait la forêt délétère de la politique guinéenne. Dans cette forêt les crapules poussent comme du champignon sur du fumier. Elles se succèdent au pouvoir au point de donner le tournis.

Le journaliste ne pouvait savoir que Lansana Conté n’était qu’un condensé de Sékou avec les tares de l’ignorance épaisse dont il se vantait et un cynisme animal. Daddis qui succéda Conté fut un double condensé ; l’instabilité mentale en plus. Alpha Condé est le triple condensé avec une éducation douteuse et un déficit moral sans limites. Mentionnons Konaté dans cette cascade lugubre comme ultime illustration de nos mœurs politiques qu’un étranger aura du mal à comprendre : la systématique promotion des médiocres et l’exclusivité du pouvoir aux crapules. Ce capharnaüm procède de la démission des intellectuels passés maîtres dans l’art de la survie à tout prix, jubilant en silence d’espérances infondées de libération avec les jacqueries des jeunes laissés pour compte.

Ourouro Bah


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