Présentation de Ourouro Bah : "Bassamba ou les ombres d’un rêve."

Bassamba ou les ombres d’un rêve : le titre du roman ferait croire à une simple œuvre poétique. La postface aussi en parle comme le parcours d’un fonctionnaire, qui, tiraillé entre des amours polygames, sa conscience et la corruption ambiante, finit par trouver la rédemption dans une vie communautaire.



Ce parcours serait bien trop classique si tout ne se passe pas dans la république de Kalabanté. Existe-t-il une traduction française directe du mot pular de Kalabante ? Kalabante signifie une ruse doublée d’un manque total de scrupules, du banditisme nu et sans remords.

À cela, ajoutons le nom de la capitale de la République de Kalabante, Mamaya. Mamaya est le nom d'une danse prisée. Elle est devenue synonyme de propagande débridée et perpétuelle au service d'un système qui a érigé la mascarade et le mensonge en règle de conduite.

La trame du roman se joue dans ce carcan singulier. Elle s’ouvre sur l’incroyable mort de l’immortel « Chef Supérieure de la Grande Question ». Surgit alors sur la scène politique le « Président Calme de Crocodile » dans les « enthousiasmes délirants de la chute de l’ancien régime...de la recherche effrénée, débridée de plaisirs faciles, de jouissances hier interdites, de bonheur factice, de compensations des immenses frustrations de plus de vingt années de mise en coupe réglée.»

Rétrospectivement, Bassamba, revit l’angoisse des années de la Grande Question. Le ton fluide, désabusé et empreint de l’humour des résignés dépeint la précarité économique - des hauts fonctionnaires en particulier – doublée de la psychose de la répression. Omniprésente, la répression frappe aveuglément. Le frère de Bassamba qui fut prisonnier au camp Pitiyata, en sort presque mourant.

Pour avoir découvert par accident un sacrifice humain dans des règlements de comptes entre les nouveaux bandits au pouvoir, Bassamba aussi sera arrêté. Il se tirera d’affaire du fait qu’il avait aidé par inadvertance la clique triomphante du nouveau régime à neutraliser un adversaire. Il sera nommé directeur national des investissements. S’ouvrent alors les vannes de la corruption.

Le roman rend compte et fait la sociologie de la crasse bureaucratie, de la corruption normalisée et rampante comme seule peut le faire la bonne littérature. L’auteur révèle les ambivalences de l’argent facile, il contextualise les complexités des amours compensatoires et de la polygamie etc... Il fait une peinture lucide de la politique exclusivement vouée à l’auto-préservation, la misère qui en résulte et le rejet des citoyens dans les zones suicidaires de la débrouillardise. Dans cet univers perclus, les choix consistent à survivre dans la résignation ou à vivre de vols à ciel ouvert – avec l’acclamation des victimes.

En arrière fond de cette sociologie du mal, d’une administration inepte et concussionnaire, du diktat des institutions multilatérales de développement sur une république en faillite, le roman touche l’inertie de la petite-bourgeoisie qui, ayant décidé de vivre à tout prix, se réduit en une masse de victimes au service de dictateurs sans vergogne et d’un autre âge.

En filigrane et explicitement dans certains dialogues, le parcours de Bassamba invite à réfléchir sur des questions essentielles : la culture, la langue. Il réitère la problématique de la société à plusieurs vitesses, particulièrement aigue dans les nouvelles nations africaines : les valeurs ancestrales éprouvées, leur accommodation avec les exigences - qui ont prouvé être totalement désadaptées - d’intégration mondiale. Seule la fiction romanesque peut poser ces questions, non sous forme de slogans, mais avec leurs imbrications et leurs mutations dynamiques. En des termes humains, le roman pointe du doigt les douleurs et les questions qui décident des comportements de rédemption.

Bassamba, revenu de ses illusions (dont il n’était dupe que par l’attrait du matériel), décide de se tourner vers la vie communautaire. Il est encouragé par sa deuxième épouse, une « Diaspo » métis, qui avait eu son lot de rejets et qui avait décidé- vaille que vaille- à vivre en affrontant les problèmes avec les moyens de bord.

Au moment de prendre congé de l’univers qu’il avait contribué à maintenir, la contemplation est criante : les « bicoques, des montagnes des détritus, des rigoles d’eaux usées débordant dans les rues, des victuailles vendues à la criée à même le sol, des pleurs des enfants affamés, des rires désabusés des fous, des gémissements des malades, des cancrelas qui rongent les êtres, les choses et les panoramas [où] on dansait la Mamaya à Mamaya à la gloire du roi ». Il regarde avec détachement le « panneau au bord de la route accrocha mon regard. Un poster géant du Président Calme de Crocodile qui avait remplacé celui du Chef supérieur de la Grande Question » . Il décide de confronter, à sa façon, une question plus fondamentale ; celle de la culture comme assise de tout progrès et de défricher ce champ prometteur d’analyse.

Cette question est chère à Professeur Ousmane Paraya qui, rappelons-le, est linguiste et spécialiste du Pular. Joignant l’acte à la conviction, il a pris l’initiative heureuse de traduire son roman en Pular :

BAASAMMBA MAA NIBE NDER KOYDOL:KEBBITOL

En outre, Professeur Ousmane Paraya est l’auteur d’un Dictionnaire français-pular (SAGGITORDE-FARANSI-PULAR)

- Il est membre fondateur de 

L’Association Guinéenne pour la Promotion de l'Écriture et de la Lecture en Langues Nationales- AGUIPELLN

--- > Acteur enfant dans le film « La plus belle des vies » <---

À l’âge de six ans, Ousmane Paraya fut recruté dans le tournage de ce film de référence dont malheureusement peu de copies sont disponibles. 

Il décrit succinctement les circonstances de sa participation dans le film.

https://webguine.site/bibliotheque/literature/ousmane-paraya/index.html

 


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