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„Chemin d’exil’’ : l’œuvre poétique de Mohamed Lamine KEITA préfacé par Siaka BARRY


 2017-11-14 16:04:57

« Pauvre pauvreté quand tu rends visite… ! Ton péché est lourd. Tout se meurt dans ton Empire. Crache et se fane. Ô fleurs ! ».

Et le jeune Kéita, poète d’un âge nouveau lâche enfin le mot au détour d’une strophe rimée dont lui seul garde l’étonnant secret. Cette hideuse et immonde créature qui enveloppe de son lugubre linceul le corps frêle et chancelant de toutes les sociétés africaines, n’échappera donc pas à l’œil espiègle mais non moins inquisiteur de Mohamed Lamine Kéita.

Mais, comment aurait-il pu en être autrement ? Le jeune Keita sait que sa patrie à lui est le fruit d’une gésine douloureuse, celle d’une Afrique endolorie et exténuée par tant d’efforts sysiphiens pour le bonheur et la prospérité.

Oui « tout se meurt dans ton empire » ! C’est la complainte mille fois chantée par le jeune africain errant dans son lugubre voyage à travers un désert intérieur (refuge de son désespoir) et à travers cet autre désert extérieur, qui lui servira (dans bien de cas) de linceul et de mouroir.

Cet « Exil », l’auteur le déclame si bien quand il dit : « Ce mal de vivre que je vaincs par ce fameux voyage à l’intérieur de moi-même m’est qu’épine entre l’ongle et le doigt. Et mon âme aimée ressent la même douleur que moi. »

La nouvelle poésie guinéenne dessine peu à peu ses contours pour le moment certes informes mais bien perceptibles sous la plume balbutiante mais non moins alerte de cette génération naissante qui, tout en alliant le beau au vrai, sait rester dans les limites du sensuel et de l’humain. Que de mélancolies exprimées çà et là à travers cette œuvre qui vous fait explorer langoureusement le royaume perdu de votre enfance en vous mettant, avec l’auteur lui-même crûment en face de vos doutes, de vos hantises, mais aussi de vos espoirs et de vos espérances.

Tenez : « En ce petit matin d’été, le bruit du silence me fit repartir sur les traces de mes pas d’enfant. Je revis mes terres souriantes comme les aubes jadis étincelantes de ma tendre enfance… …traverser mes souvenirs d’enfance sur les rives poussiéreuses de mes talons à cran, me projette sur le lit de ton avenir précieux et inspirateur de grands défis d’avenir. »

De « L’aube africaine » de Keita Fodéba à cette belle description d’une aube nostalgique dans « Chemin d’Exil », le « Poexil » de Keita Mohamed Lamine, que de souvenirs ! Que de promesses d’avenir pour la jeune poésie guinéenne d’expression française, dont notre auteur est, sans exagération, une nymphe déjà chatoyante et bariolée qui éclot bientôt au soleil de la littérature.

Kéita donne raison à ceux qui pensent que notre pays, creuset d’une multitude de cultures séculaires, est et demeure un réservoir inépuisable d’art, trouvant un ancrage dans l’oralité, dans l’écriture ou dans l’oraliture.

Car la prodigieuse potentialité poétique et littéraire de notre pays est encore loin, très loin d’être épuisée, et plus que de ses ressources minières, la Guinée est tout d’abord riche de sa culture, source intarissable d’inspiration artistique.

Keita n’est pas un barde, ni un scalde encore moins un aède. Il n’est non plus un nyara, ni un gawlo ni un farba, il est tout simplement un amoureux des vers, des rythmes et des rimes dont il enveloppe la narration lancinante de son propre vécu et dont il fait une mélodie accompagnant parfois la crudité d’une vérité imparable.

Cher lecteur, ouvre donc ce recueil, laisse-toi entraîner subrepticement dans les dédales de ses poésies suaves et nostalgiques, elles t'envoûteront frénétiquement, oui elles envoûteront littéralement et surtout n’en sois pas atterré ! Car que serait cette poésie africaine sans l'envoûtement et la frénésie ?

https://www.edilivre.com/chemin-d-exil-mohamed-lamine-keita.html/

Siaka BARRY
Ancien Ministre de la Culture, des Sports  et du Patrimoine Historique (Guinée)


 

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